Les postes, créées dans l’intérêt général, n’ont point cessé, depuis
leur fondation, de faire partie des institutions sur lesquelles la
société est établie. Toujours dirigées vers un but unique, invariables
dans leur marche, constantes dans leurs résultats, l’expérience n’a fait
qu’ajouter aux avantages qu’elles promettaient aux peuples chez lesquels
elles se sont successivement introduites. C’est par elles encore, comme
à leur origine, que les princes veillent au maintien de leur puissance,
les individus à la conservation de leurs droits, et les nations à
l’accroissement de leur prospérité. Tout ce qui se passe sur les points
les plus opposés du globe ne peut échapper à la connaissance des
monarques, aux vastes conceptions de l’homme d’état, et aux combinaisons
multipliées du négociant: la pensée franchit en peu de tems des espaces
immenses; et, rapportée avec la même vîtesse des extrémités de la terre,
elle vient instruire les rois au sein de leurs cours, éclairer les
ministres dans le silence du cabinet, enflammer le génie dans la paix de
la retraite, et seconder les entreprises hardies que dirige, de son
comptoir, l’actif et habile spéculateur.
Il n’est plus un seul lieu où l’on ne puisse former et entretenir des
relations. A peine voyons-nous paraître une société, ou s’élever une
colonie, que des correspondances aussitôt entamées, se répandent avec
une étonnante rapidité. L’intérêt qui d’abord lie les individus, fait
naître ensuite des sentimens d’amitié, de famille, d’affections et de
convenances, dont l’absence semble accroître la force et présager la
durée.
L’amour de la patrie, si touchant chez tous les êtres, nous rend le
bienfait des postes encore plus précieux. Nous résoudrions-nous à
quitter le sol natal et les objets si chers que nous y laissons, sans
l’espoir si consolant d’adoucir, par un commerce réciproque de pensées,
cet exil commandé par la nécessité.
_Je sçais_, a dit Montaigne, _que l’amitié a les bras assez longs pour
se tenir et se joindre d’un coing de monde à l’aultre_. C’est aussi par
le charme que nous inspire ce sentiment, que nous nous livrons à
l’illusion qui nous rapproche de ceux dont nous sommes séparés par des
distances incommensurables.
Mais, si l’action des postes, momentanément suspendue par l’effet de ces
crises politiques qui agitent les nations, a suffi pour jeter parfois
l’épouvante, de quelle stupeur les peuples ne seraient-ils pas frappés
si cet état se prolongeait, si, enfin, les relations arrêtées
tout-à-coup, cessaient pour ne plus exister?
Le renversement d’une institution qui facilite si admirablement les
moyens de correspondre comme par enchantement, ne tarderait pas
long-tems à faire disparaître toutes les traces de prospérité dont elle
est une des sources les plus fécondes, et à rompre l’harmonie qu’elle
établit entre les états et qu’elle entretient entre les individus. Le
corps social, menacé d’une entière dissolution, rentrerait bientôt dans
les ténèbres de la barbarie commune à l’origine du plus grand nombre des
nations.
Heureusement que cette marche rétrograde de l’esprit humain est
désormais impossible par l’état actuel de la civilisation, et les moyens
continuels que les postes fournissent de la reproduire et de la
répandre. Les empires, fatigués des grandes secousses qu’ils ont
éprouvées, sentent de plus en plus le besoin de consolider les
institutions bienfaisantes qui assurent leur stabilité, et les hommes,
celui de se communiquer leurs pensées pour s’éclairer et chercher à se
rendre réciproquement plus heureux.
Ces considérations générales, qui nous démontrent et l’utilité des
postes dans l’intérêt privé, et leur importance dans l’ordre moral et
politique, nécessitaient néanmoins quelques développemens pour prouver
l’influence directe que cette institution exerce sur nos besoins, nos
mœurs et nos affections. C’est ce que nous nous sommes proposé dans
l’aperçu rapide des faits qui s’y rattachent.
Découvrir l’origine des postes dans l’antiquité; indiquer l’époque de
leur introduction chez les modernes, et particulièrement en France;
exposer les diverses modifications qu’elles ont subies chez tous les
peuples; enfin, chercher à en rendre la pratique plus utile par la
connaissance des règles générales auxquelles elles sont assujetties: tel
est le plan que nous nous sommes tracé. Si nous ne l’avons pas embrassé
avec un égal succès dans toutes ses parties, nous pensons qu’on nous
saura du moins quelque gré d’en avoir tenté l’exécution, après nous être
livré à de longues recherches pour donner à notre travail l’ordre, la
clarté et l’intérêt dont il est susceptible.
En conséquence, la division en quatre parties, que nous établissons,
nous a paru la plus naturelle, et en même tems la plus favorable pour
soulager la mémoire dans une succession de faits dont la multiplicité
n’est peut-être pas rachetée par tous les charmes de la variété.
La première partie traite de l’origine des postes; la deuxième des
postes en France; la troisième, des postes chez tous les peuples; la
quatrième, enfin, de la pratique des postes.
Nous nous sommes abstenu de citer minutieusement les sources auxquelles
nous avons été obligé de recourir en composant cet essai; mais, en le
dégageant de tout appareil scientifique, nous avons pensé, néanmoins,
que nous devions indiquer les principales autorités sur lesquelles nous
nous appuyons, afin que l’authenticité des faits que nous rapportons ne
pût être rangée au nombre de ces assertions vagues et dénuées de vérité
qu’enfante malheureusement trop souvent l’esprit de système.