_Déclaration du marquis de Montausier au sujet de sa conversion._
«Il doit y avoir un juge toujours subsistant, visible et infaillible
pour décider des disputes, éclaircir les doutes, fixer les
incertitudes en matière de foy; ce juge ne peut être que l'Église,
c'est-à-dire que le concours des premiers pasteurs de l'église de
Jésus-Christ unis à leur chef. La nécessité de ce chef est si
constante, que dans la nouvelle réforme même, où l'on enseigne
que l'esprit particulier est la règle de la foy, on a agi
contradictoirement à ce dogme absurde, en établissant des synodes et
des consistoires pour décider des controverses en matière de foy.
C'est sans raison, et contre leur propre conscience, que les
protestants soutiennent que l'Église catholique et romaine
d'aujourd'hui n'est pas, du moins quant à l'essentiel, cette même
Église que Jésus-Christ établit sur des fondements inébranlables à
tous les efforts de l'enfer; cette même Église à laquelle il donna
pour chef Pierre, dont les successeurs devoient comme lui confirmer
leurs frères dans la foy; cette même Église enfin aux premiers
pasteurs de laquelle il promit d'être avec eux jusqu'à la consommation
des siècles. Un simple raisonnement tranche toutes les difficultés sur
cet article. Si l'Église catholique et romaine est corrompue, comme le
disent les novateurs pour justifier leur séparation, il faut convenir
qu'elle l'est depuis le IVe siècle; mais quel étrange paradoxe n'est
ce pas de dire qu'une religion sainte, établie par un Dieu, et à
laquelle Dieu a promis une assistance éternelle, en ait été
abandonnée, malgré ses promesses, et se soit corrompuë si près de sa
source! Il aura donc fallu quatorze siècles au Tout-Puissant pour
produire des réformateurs tels que Luther et Calvin, et, en attendant
la perfection d'un si excellent ouvrage, il aura laissé les hommes
dans les abominations de Babylone! Il y a plus, ces trois siècles de
l'Église tant vantés par les nouveaux réformateurs sont entièrement
contre eux. Malgré l'obscurité répandue dans les écrits des Pères qui
nous ont transmis la foy qu'ils tenoient eux-mêmes des apôtres, on y
voit clairement établis les dogmes qu'enseigne encore aujourd'hui
l'Église catholique et romaine. D'où il faut conclure que les
réformateurs et leurs partisans sont dans le plus épouvantable
aveuglement, ou que la religion de Jésus-Christ a été corrompue dès
son origine, et qu'un million de martyrs dont on admire le courage ont
versé leur sang pour la défense d'une doctrine erronée.»