NOTES ET IMPRESSIONS

Pour faire un bon secrétaire d'État, à Rome, il fallait prendre un

mauvais cardinal.

Talleyrand.

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Les moralistes disent à l'homme: «Abaisse, réprime, étouffe en toi

l'orgueil.» Moi, je lui dis: «Justifie-le: c'est le secret de toutes les

grandes vies».

Daniel Stern.

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En tout homme public il y a un metteur en scène.

Jules Lermina.

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Ce qu'on dit à l'être à qui on dit tout, n'est pas la moitié de ce qu'on

lui cache.

Comtesse Diane.

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Nous ne nous doutons souvent pas nous-mêmes de notre hypocrisie.

G. Tournade.

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Les grands chagrins de notre jeunesse deviennent parfois le charme de

notre âge mûr; nous ne pouvons nous les rappeler qu'avec un sourire.

Sarah Orne Jewett.

***

Il y a des oiseaux et des amis de passage. Le plus grand nombre nous

viennent avec la belle saison et s'en vont avec elle.

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Dans le tourbillon de la vie, il y a toujours des âmes qui

s'épanouissent et des intelligences qui s'éteignent. A chaque instant,

le siècle commence ou finit par quelqu'un.

G.-M. Valtour.

[Illustration: HISTOIRE DE LA SEMAINE]

La manifestation du 1er mai.--Le conseil municipal de Paris, saisi d'une

proposition tendant, d'une part à solliciter son adhésion à la

manifestation du 1er mai, et de l'autre à accorder aux ouvriers de la

Ville de Paris le droit de chômer ce jour-là, l'a catégoriquement

repoussée. C'est là une preuve de sagesse dont il convient de louer

l'assemblée parisienne, peu habituée à des approbations de ce genre.

Évidemment, le conseil a compris qu'il ne pouvait couvrir de son

autorité une manifestation qui s'annonce bien comme pacifique, mais dont

le caractère pourrait facilement se modifier au cours des événements.

Quelques-uns de ceux qui organisent cette journée ne prennent même plus

la peine, en effet, de dissimuler leur but. L'un deux proclame à la

tribune d'une réunion publique «que le prolétariat se trouvera tout

entier dans la rue ce jour-là... Que ce sera une fête, mais que la fête

serait complète si elle se terminait par une petite révolution.»

Un autre, M. Jules Guesde, combine tout un plan, en réalité fort

ingénieux: «Il faut, dit-il, que les députés et les conseillers

municipaux de Paris se tiennent dans leurs mairies respectives, prêts à

recevoir, dans la matinée du 1er, les manifestants. Il n'y aura pas

séance à la Chambre, puisque le 1er mai tombe un vendredi, et il est

nécessaire cependant que les manifestants sachent où trouver les

représentants du peuple pour leur remettre leurs pétitions. Évidemment,

les mairies seront occupées militairement. Mais nous avons la ressource

de manifester aux Justices de paix qui fonctionnent le vendredi. Si on

suspend leurs séances, ce sera un succès pour nous. Si on les maintient,

nous nous mêlerons aux justiciables et, dans le cas où l'autorité croira

devoir intervenir, on bousculera comme des manifestants les justiciables

qui viendront alors avec nous. Tout cela servira à composer le corps

d'armée qui se répandra par les rues dans l'après-midi».

Enfin le plan est tracé pour la soirée. Les bals publics seront envahis

et transformés en lieux de réunion dans lesquels les quadrilles

alterneront avec les discours révolutionnaires.

Évidemment, il est plus facile de combiner ce programme que de le mettre

à exécution. L'autorité est prévenue et toutes les mesures seront prises

pour que l'ordre ne soit pas troublé. Toutefois, il est impossible de ne

pas être frappé de la progression lente mais sûre qui s'accomplit dans

les prétentions des organisateurs de ce mouvement. Il s'agissait l'année

dernière d'une manifestation essentiellement pacifique, presque

platonique. Cette année le mot «pacifique» subsiste, mais les meneurs

expriment publiquement l'espoir que les intéressés comprendront les

sous-entendus et tenteront un commencement d'action. Très certainement,

on ne compte sur rien de grave et on sait bien que, le lendemain, rien

ne sera changé à l'organisation sociale. Mais on aura fait un premier

essai de mobilisation et on espère bien obtenir un meilleur résultat

l'année prochaine. C'est là ce qu'il y a de sérieux--il n'est pas encore

temps de dire grave--dans ce mouvement. On pourrait sourire devant la

menace d'une révolution violente; on ne saurait rester indifférent

devant ceux qui, changeant de tactique, limitent leurs revendications,

ne les formulent que progressivement et espèrent tout de la continuité

dans l'effort.

Le Congrès des mineurs.--Ce congrès est venu fort à propos pour montrer

que, si l'entente entre les ouvriers de tous les pays pour formuler

leurs revendications est un fait important dont il y a lieu de tenir

compte, les organisateurs de ce mouvement sont loin de tomber d'accord

lorsqu'il faut passer de la théorie à la pratique.

Premier point à noter: ce congrès, qui devait tout d'abord consacrer la

suppression des frontières, le triomphe définitif des doctrines

internationales les plus pures, a débuté par proclamer le principe des

nationalités. En effet, les Anglais, par une appréciation logique de la

situation, ont demandé que le vote eut lieu suivant la représentation

proportionnelle des mineurs syndiqués: une voix, par exemple, pour

chaque délégué représentant mille ouvriers. Les mineurs du continent

n'ont pas accepté ce mode de votation, parfaitement rationnel et

strictement conforme à la doctrine internationaliste. On a décidé de

voter par nations, en sorte que la première décision du congrès a été

une violation flagrante des idées qui l'avaient fait naître.

Toute la discussion qui a suivi s'est ressentie de ce défaut de logique,

surtout quand on en est arrivé à la motion qui préoccupait le plus les

esprits, celle qui concerne la grève générale. Ici encore a été donnée

la preuve convaincante que nous sommes loin du temps où les barrières

qu'ont placées entre les peuples les affinités de races ou d'intérêts

pourront être abolies. Les associations anglaises disposent de fonds

assez considérables; en revanche, les associations du continent sont

pour la plupart très pauvres. On ne pouvait proclamer la grève générale

sans spécifier que tous les fonds seraient mis en commun pour soutenir

indistinctement toutes les victimes du chômage. Or, on a calculé que

trois millions par jour seraient à peine suffisants pour leur venir en

aide. Ici encore les «nations» représentées au congrès se sont divisées,

et, bref, la grève générale a été écartée, ou plutôt elle n'a été admise

que dans les termes les plus vagues, comme le montre la résolution

suivante, qui est en quelque sorte le résumé des délibérations des

délégués:

«Le congrès international des mineurs, réuni le 31 mars 1891 et jours

suivants, à la Bourse du travail de Paris, estime qu'une grève générale

des mineurs d'Angleterre, de France, d'Allemagne, d'Autriche-Hongrie et

de Belgique, pourrait devenir nécessaire pour conquérir la journée de

huit heures.

«Le congrès, avant de recourir à cette mesure extrême, invite les

gouvernements et les législatures de ces différents pays à se mettre

d'accord pour adopter une convention internationale ayant pour but

d'établir une législation spéciale, applicable à tous les ouvriers

mineurs.

«Cette convention internationale, semblable à celles que les

gouvernements ont appliquées aux questions réglant les services des

postes et télégraphes, des chemins de fer et de la navigation, aurait

pour objet de mettre en usage, par une action législative uniforme, la

journée de travail de huit heures, dans tous les charbonnages privés ou

de l'État.»

Mais, si l'on n'est pas arrivé à se mettre d'accord sur une mesure

décisive et immédiate, il n'en faut pas conclure que rien n'a été fait

au point de vue du progrès des idées internationalistes. On peut dire,

au contraire, qu'une résolution des plus graves, dans ce sens, a été

prise. Nous voulons parler du vote par lequel les délégués des diverses

nations ont promis de favoriser de tout leur pouvoir la grève que se

proposent de déclarer les ouvriers belges. Or, on sait que la grève

préparée en Belgique n'a pas pour motif une question de salaire: les

socialistes belges veulent seulement, au moyen de la grève, exercer une

pression sur les pouvoirs publics dans le but d'obtenir le suffrage

universel. La grève a donc, dans ce pays, un but essentiellement

politique. Or, les délégués des mineurs représentant les pays autres que

la Belgique se sont engagés à faire tous leurs efforts pour faire

réussir la grève belge, intervenant ainsi dans une question d'ordre

intérieur qui ne concerne que ce pays. En d'autres termes, les mineurs

allemands, français, autrichiens, etc... se liguent pour faire triompher

le suffrage universel en Belgique. Ce principe une fois admis pourrait

mener loin, et il y a là de quoi faire réfléchir tous les gouvernements,

car cette résolution, moins importante en apparence que la menace d'une

grève générale, a une portée pratique immédiate, et constitue une

première atteinte au principe en vertu duquel les gouvernements ne

tolèrent pas l'intervention de l'étranger dans les questions qui

concernent leur constitution intérieure.

Il faut ajouter que les Belges n'ont pas encore décidé à quelle date

exacte la grève serait déclarée dans leur pays. Dans le congrès qu'a

tenu à Bruxelles, dimanche dernier, le parti ouvrier, il a été décidé

que le conseil général de ce parti «aurait pleins pouvoirs d'ajourner

jusqu'après la discussion du budget la grève générale.» Le conseil a en

outre mandat «de veiller à ce que d'aucune manière la révision de la

constitution ne soit ni enterrée ni ajournée et d'agir avec fermeté si

une de ces deux éventualités se présentait.»

C'est, en résumé, une mise en demeure adressée au parlement et, dans le

cas où elle resterait sans effet, on passera à l'action.

Les partis monarchistes.--Comme on s'y attendait, M. le comte de Paris a

désigné officiellement M. le comte d'Haussonville pour remplacer M.

Bocher en qualité de directeur du parti royaliste en France.

Quelques jours après, M. d'Haussonville publiait une sorte de manifeste

politique sous forme de conversation avec un rédacteur du Figaro. Tout

le monde a remarqué que, sans rien abandonner de sa foi, le ton que

prenait en cette circonstance le nouveau représentant du comte de Paris

n'était pas aussi intransigeant que celui de Nîmes. Évidemment, en

prenant la direction d'un grand parti, M. d'Haussonville était amené à

parler comme tous ceux qui arrivent au pouvoir et il a senti le besoin

de ne décourager aucun de ceux qui pouvaient apporter un concours utile

à sa cause.

--On ne connaît pas encore exactement le testament du prince Napoléon,

mais, si l'on en juge par les récits qui ont été faits de l'entrevue de

ses deux fils, on peut affirmer qu'il n'y aura pas de scission dans le

parti bonapartiste, alors même que le prince Louis eût été désigné, par

le prince défunt, comme son héritier politique.

Dans une réunion à laquelle assistait toute la famille impériale, le

prince Victor a été reconnu pour chef, et le prince Louis a fait

d'ailleurs savoir qu'il se désintéressait de toute question politique,

pour se consacrer entièrement à ses devoirs militaires et au service de

l'empereur de Russie.

L'Italie et les États-Unis.--Les pourparlers continuent entre les deux

gouvernements et l'on considère comme certain que l'incident n'aura pas

les suites graves que l'on avait pu craindre un instant.

M. Blaine a exprimé à M. Imperiali de Villafranca, chargé d'affaires

d'Italie, le regret que lui causait le départ de M. de Fava. Le

gouvernement des États-Unis admet le principe d'une indemnité aux

familles des victimes, mais il ne peut prendre d'engagement en ce qui

concerne le moment précis où des poursuites pourront être exercées

contre les coupables.

On se trouve, en effet, en présence des difficultés que nous avons

indiquées dès le premier jour et qui résultent de la constitution des

États-Unis, laquelle ne permet pas au gouvernement fédéral d'intervenir

dans l'administration de la justice de chacun des États confédérés.

Mais, d'autre part, le gouvernement italien fait remarquer que les

puissances étrangères n'ont, pas à entrer dans l'examen des relations

que la constitution américaine a créées entre les États et le

gouvernement central, la protection des étrangers étant le premier

devoir d'une puissance civilisée.

Les négociations en sont là, et il n'y a plus qu'à attendre la solution

qui intéresse toutes les nations qui sont en rapport avec les

États-Unis.

Bulgarie: Le meurtre de M. Beltchef.-Malgré les recherches actives

faites par le gouvernement, et que dirige M. Stamboulof en personne,

malgré l'offre d'une prime de 20,000 francs faite par la police à celui

qui la mettra sur la trace des coupables, les meurtriers de M. Beltchef

n'ont pas été arrêtés. Cependant, on compte déjà par centaines le nombre

des personnes qui, soupçonnées d'avoir pris part au complot, ont été

jetées en prison.

Le prince Ferdinand a adressé à M. Stamboulof un rescrit qui consacre

l'opinion, généralement admise, que les meurtriers visaient en réalité

le premier ministre.

Ce rescrit imprimé en gros caractère a été affiché sur les murs de

Sofia.

Une révolte dans les Indes anglaises.--Une dépêche de Calcutta a signalé

un incident qui a excité une vive émotion en Angleterre.

M. Quinton, commissaire général d'Assam, s'était rendu à Manipour avec

deux régiments, afin de procéder à l'arrestation d'un chef qui avait

détrôné le rajah. Pendant la nuit, ces tribus indigènes ont attaqué le

camp anglais qui a résisté pendant deux jours. Enfin, les munitions

étant épuisées, le commissaire Quinton fut obligé de donner l'ordre

«Sauve qui peut!» Les survivants estiment que 460 soldats ont été tués.

M. Quinton et sept officiers manquaient à l'appel, mais on se plaît à

espérer qu'ils ont peut-être été épargnés et gardés comme otages par les

rebelles.

C'est là une catastrophe douloureuse pour nos voisins, mais qui ne

semble pas de nature à devoir les inquiéter au point de vue de leur

domination dans l'Inde. C'est un fait isolé, tout local, et qui ne

saurait faire préjuger une insurrection dans le genre de celle qui

éclata en 1857. Depuis cette époque, la péninsule est complètement

pacifiée, et si les Anglais sont réduits un jour à l'abandonner, ce sera

plutôt par suite de complications venues de l'extérieur que d'un

mouvement provoqué parmi les indigènes.

_Nécrologie._--M. Pouyer-Quertier, ancien sénateur, ancien ministre des

finances.

L'Illustration, No. 2511, 11 Avril 1891 · 第 3 / 22 题