[593] Cabinet de M. Rathery.
Montbran[594], 15 octobre [1688].
[594] C'est un bourg situé canton et arrondissement d'Agen.
Persuadé comme je le suis, Mademoiselle, que vous m'honorez de votre
amitié, je crois vous faire plaisir de vous apprendre que mon voyage a
été très-heureux et que j'ai trouvé aux eaux et aux bains de Bagnères
tout ce que j'y avois été chercher. Le Seigneur a envoyé son ange qui a
remué les eaux et leur a donné la force de guérir. J'avois choisi pour
mon divertissement la lecture de tous vos huit tomes de _Conversations de
Morale_; l'_Histoire des bains des Thermopyles_[595] m'y détermina.
Quoique cette lecture ne soit pas nouvelle pour moi, j'y retrouve
pourtant, Mademoiselle, tous les charmes et tous les agréments de la
nouveauté. Bon Dieu, la belle manière d'inspirer la vertu et l'amour des
beaux sentiments! Saint Augustin a dit quelque part: _Facilius flectitur
animus cùm delectatur._ Peut-on se faire un chemin plus doux à la
persuasion et à la victoire?
[595] Sur cet épisode du _Grand Cyrus_, réimprimé plus tard dans
les _Conversations morales_ de 1680, voy. la _Notice_, p. 30.
J'ai vu auprès de Tarbes, par où j'ai passé, une charmante maison qui
mériteroit autant d'être célébrée qu'aucune autre que je connoisse, par
la beauté des canaux, des cascades, des jets d'eau, des jardins, des
bois, et par la propreté de la maison et des meubles; on l'appelle
Séméac[596], elle appartient à M. le comte de Gramont, à qui Mme de
Saint-Chaumont l'a laissée. Voilà les trois choses dont j'étois plein, et
dont j'ai l'honneur de vous rendre compte: ma santé, vos admirables
_Conversations_ et cette charmante maison. Je vous souhaite,
Mademoiselle, assez de santé et de loisir pour instruire toujours si
agréablement et si efficacement le public, et je suis, avec tout le
respect et l'attachement possible, Mademoiselle, votre très-humble et
très-obéissant serviteur,