Je ne saurois différer davantage à vous témoigner le plaisir que vous
avez fait à toute notre communauté, de lui avoir donné une morale qui
convient si fort à celle qu'elle enseigne tous les jours. Vous avez
trouvé le moyen, Mademoiselle, de beaucoup plaire en instruisant....
Votre génie est sans déchet, et votre esprit, qui a toujours fait
l'admiration du sage, croît au lieu de diminuer. Madame de Maintenon, qui
prend un singulier plaisir de nous enrichir de bons livres, et qui ne
savoit pas que vous m'aviez fait part des trésors de votre _Sapience_,
après avoir vu votre morale, me l'envoya fort obligeamment pour vous et
pour moi, me mandant qu'elle croyoit qu'en son absence, ces livres me
tiendroient lieu d'une bonne compagnie. Elle ne se trompoit pas, car
voulant régaler les dames de Saint-Louis de quelque _mets d'esprit_
convenable à leur état, je leur ai lu moi-même, dans nos promenades du
soir, l'_Histoire de la Morale_, qui leur a toujours fait dire, quand on
a sonné la retraite, que l'heure avançoit. Ces _Conversations_ sont ici
d'autant plus agréables qu'on en fait chez les demoiselles, qu'on a
extraites de vos premières, qui ont donné lieu à un grand nombre
d'autres, dont ces jeunes demoiselles font leur plaisir et celui des
autres. Quand vous nous ferez l'honneur de venir à Saint-Cyr, vous vous
retrouverez en plus d'un endroit, car nous sommes fort aises qu'on copie
ce qui est bon[591].
[591] Cette lettre, dont M. de Monmerqué a possédé l'original,
est tirée de l'édition de 1835 des _Historiettes_ de Tallemant
des Réaux, t. VI, p. 363.