Mardi[587] [3 août 1688].
[587] Cette lettre, datée simplement de mardi, a été écrite
évidemment en 1688. Il est probable qu'elle est de juillet ou du
commencement d'août, peut-être du 3 (c'était un mardi en 1688),
c'est-à-dire du même jour que la lettre de Mme de Brinon qui
suit. Mlle de Scudéry venait de publier ses _Nouvelles
conversations de morale_, dédiées au Roi, qui faisaient suite à
celles dont Mme de Sévigné la remerciait dans sa lettre du 11
septembre 1684. L'achevé d'imprimer de ce nouvel ouvrage, en deux
volumes, est du 30 juin 1688, et Mme de Sévigné ne fut sans doute
pas des dernières à qui Mlle de Scudéry l'envoya.
(_Note de l'édition Hachette_, t. VIII, p. 371.)
Que voulez-vous dire de rare mérite, Mademoiselle? Peut-on nommer ainsi
un autre mérite que le vôtre? J'en suis si persuadée, que si j'étois
véritablement endormie, tous mes songes ne seroient que sur ce point.
Mais croyez, Mademoiselle, que je ne le suis point, que je pense
très-souvent à vous comme il y faut penser: tout mon crime, c'est de ne
point témoigner des sentiments si justes et si bien fondés; mais
attaquez-moi dans quelque moment que ce puisse être, et vous me
retrouverez tout entière, comme dans le temps où vous avez été la plus
persuadée de mon amitié. Ce sont des vérités que je vous dis,
Mademoiselle; elles ne sauraient être mal reçues de vous. Je suis, comme
vous voyez, le contraire d'une hypocrite d'amitié: pourrait-on dire qu'on
est une hypocrite d'oubli?
Je vous rends mille grâces de vos livres; j'en avois ouï parler, je les
souhaitois, et vous m'avez donné une véritable joie. L'agrément de ces
_Conversations_ et de cette _Morale_ ne finira jamais; je sais qu'on en
est fort agréablement occupé à Saint-Cyr[588]; je m'en vais lire avec
plaisir cette marque obligeante de votre souvenir. Conservez-le moi,
Mademoiselle, puisque je suis à vous par mille raisons. Ah! si vous
entendiez comme je parle de vous, vous reconnoîtriez bien
certainement[589]......
[588] Voy. la lettre suivante.
[589] Le reste manque.