L'ÉVÊQUE DE DIGNE (FORBIN-JANSON) A MADEMOISELLE DE SCUDÉRY[552].

[552] Cette lettre, ainsi que la suivante, nous a été communiquée

par M. le comte de Clapiers, à Marseille.

Sur Mgr de Forbin-Janson et sur les longues relations qui

existèrent entre lui et Mlle de Scudéry, Voy. la _Notice_, p. 24.

Nous renouvelons ici l'expression du regret de n'avoir pu

retrouver aucune des nombreuses lettres qu'elle lui adressa

pendant une période de plus de cinquante années.

A Aix, le 4 février 1668.

Le billet que vous m'avez envoyé a été suivi d'une lettre du P. Annat qui

m'écrit par ordre du Roi que Sa Majesté me nomme à l'évêché de Marseille.

Je ne vous désavoue pas que je n'aie une joie sensible de me voir honoré

de cette nouvelle marque de l'estime qu'un prince aussi éclairé que le

nôtre a témoignée pour ma personne en cette rencontre. Mais je vous prie

de croire que la part que vous prenez en ce qui me touche redouble mon

contentement par celui qui vous en demeure. Pensez-vous que je connoisse

si peu l'honneur qu'il y a d'être de vos amis, que je ne m'estime

infiniment heureux de passer pour tel, particulièrement dans l'esprit de

M. de Pellisson? Comme les lumières qu'il a le rendent plus capable de

pénétrer dans les vôtres que qui que ce soit, il ne sauroit douter que

les personnes que vous aimez n'aient du mérite, parce qu'il sait qu'il

n'y a que le mérite seul qui puisse attirer votre amitié. Cependant vous

me l'avez donnée par un pur effet de votre bonté, et je rougis de

confusion d'en être si peu digne. C'est ce qui m'oblige à vous en

demander la continuation avec plus d'ardeur, et vous assurer,

Mademoiselle, qu'il n'y a rien dans le monde que je souhaite davantage

que d'être un peu aimé de la merveille de notre siècle.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 203 / 411 题