[534] Mss Conrart, in-fo, t. IX, p. 859.
A Rouen, 16 décembre 1659.
L'incomparable Sapho est suppliée de mander son avis à l'illustre
Aspasie, touchant deux épigrammes faits[535] pour une belle dame de sa
connoissance[536], qui, par un accès d'estime, avoit baisé la main
gauche de l'auteur. Il y a partage pour juger lequel est le plus galant:
l'un a plus d'essor de pensée, et l'autre a quelque chose de plus simple
et plus naturel.
[535] Ce mot était encore quelquefois masculin.
Voici les deux pièces dont il est ici question, publiées pour la
première fois en 1660, sous le nom de Corneille, dans la 5e partie
des _Poésies choisies_:
I
Mes deux mains a l'envi disputent de leur gloire,
Et dans leur sentiment jaloux
Je ne sais ce que j'en dois croire.
Philis, je m'en rapporte à vous:
Réglez mon avis par le vôtre.
Vous savez leurs honneurs divers:
La droite a mis au jour un million de vers,
Mais votre belle bouche a daigné baiser l'autre.
Adorable Philis, peut-on mieux décider
Que la droite lui doit céder.