[511] Collection Lajariette.
Sans date.
Madame,
Comme la santé est un bien si précieux qu'on ne sent presque plus la
possession de tous les autres biens quand on a perdu celui-là, il m'est
impossible d'apprendre que la santé de V. M. a été altérée, sans prendre
la liberté de lui dire que personne ne peut avoir senti son mal plus
vivement que moi; car, encore qu'en me l'apprenant on m'ait assuré que je
n'avois rien à craindre pour sa vie, mon cœur en a été sensiblement
touché, et j'attends l'ordinaire prochain avec la dernière impatience.
J'ai même fait convenir M. de Pellisson, qui partage mes sentiments pour
V. M., que les maux des personnes pour qui on a un attachement sincère,
et s'il est permis de parler ainsi, une passion de respect, laissent une
impression de douleur qui ne s'efface pas dès que le mal est passé, et
qu'il faut que le temps ôte la crainte du retour du mal dont on a été
alarmé, pour en être tout à fait en repos. Cependant lui et moi faisons
des vœux pour l'affermissement de la santé de V. M. qui doit être
précieuse pour tout le monde puisqu'elle en est un des plus grands
ornements.
En mon particulier, Madame, si V. M. pouvoit savoir de quelle manière je
suis sensible à tout ce qui la regarde, elle verroit bien que son mérite
m'est toujours présent, et que le temps et l'éloignement ne peuvent
m'empêcher d'être toute ma vie, avec la même admiration, le même zèle et
le même respect, Madame, de V. M. la très-humble, très-passionnée et
très-obéissante servante.