[510] Cette lettre fait partie d'un volume publié par M. Matter,
intitulé: _Lettres et pièces rares et inédites_, Paris,
1846.--Voyez la _Notice_, page 125.
Sans date.
C'est en vain, Monsieur, que vous me fuyez, car je suis résolue de vous
avoir de l'obligation, et de pouvoir dire avec quelque vraisemblance, que
vous êtes de mes amis. Je vous défie même hardiment de me refuser la
grâce que je m'en vais vous demander. En effet, sachant quelle est votre
vertu et votre équité, je ne pense pas que vous puissiez savoir qu'il y a
une orpheline de douze ans qui a besoin de la protection de M. le
président de Bailleul, sans avoir aussitôt envie de lui donner le placet
que je vous envoie. Car, si vos amis vous connoissent bien, il n'est pas
en votre pouvoir de vous empêcher de faire une action de vertu quand
l'occasion s'en présente. Je vous promets pourtant de vous être fort
obligée de votre sollicitation, quoique je sache bien que M. le président
de Bailleul est un des juges du monde qui a le moins de besoin d'être
sollicité, parce qu'il est un des plus équitables. Si vous aimiez les
remercîments, je m'engagerois à vous faire remercier par MM. Ménage,
Conrart, Chapelain, Pellisson et plusieurs autres de vos amis qui sont
des miens.
Mais, comme je n'ai garde de vous soupçonner d'aimer une chose si peu
solide, je me contente de vous assurer, qu'en m'obligeant vous obligerez
la personne du monde la plus reconnoissante et qui, sans que vous le
sachiez, admire le plus votre vertu.