AU MÊME[508].

[508] Copie de Léchaudé d'Anisy.

Ce 21 de mai....

L'impatience de lire le bel ouvrage du R. P. de la Rue m'empêcha,

Monseigneur, de vous remercier dès hier: ajoutez aussi que je crus qu'il

seroit mieux de joindre mes louanges à mes remercîments; mais après

l'avoir lu avec toute l'admiration qu'il mérite, je trouve toutes mes

expressions tellement foibles pour louer le R. P. de la Rue, que je n'ose

presque vous dire ce que j'en pense: car, de la manière dont il

s'exprime, toutes ses expressions sont nobles, naturelles et persuasives.

Il montre aux yeux ce qu'il veut représenter; il ôte aux plus grandes

louanges ce qui les pourroit faire soupçonner de flatterie, et leur donne

un air de vérité qui persuade ceux qui les entendent ou qui les lisent.

Enfin, Monseigneur, il a su si sagement éviter tous les écueils de son

sujet, qu'on ne l'en peut assez louer, et je ne puis assez vous remercier

du plaisir que j'ai eu à l'admirer. Conservez-moi, Monseigneur, votre

précieuse amitié, et me croyez toujours, avec autant de sincérité que de

respect,

Votre très-humble, etc., etc.

A M. DE SABATIER DE L'ACADÉMIE D'ARLES, QUI LUI AVAIT ADRESSÉ UNE ÉPITRE

EN VERS[509].

[509] L'Épître de Sabatier est insérée au tome II, p. 216, de la

_Nouvelle Pandore_, et la lettre de Mlle de Scudéry à la page

211.

Sans date.

Les louanges que vous me donnez, Monsieur, sont si agréables et si

délicates, qu'il est difficile de les refuser; mais elles sont d'ailleurs

si grandes et si noblement exprimées, qu'il faudroit avoir beaucoup

d'audace pour s'en croire digne et les accepter; de sorte, Monsieur, que

le parti le plus juste que je puisse prendre, c'est de louer la beauté de

votre ouvrage sans m'en faire l'application. Un portrait flatté ne laisse

pas d'être quelquefois admirablement peint, sans être fort ressemblant,

et c'est même une des maximes des plus grands peintres d'embellir

toujours leur objet. Je ne me regarde donc pas dans votre ouvrage, telle

que je suis, mais telle que je devrois être pour le mériter.

Cependant, pour vous empêcher de vous repentir de l'honneur que vous

m'avez fait, je vous apprends que mon cœur vaut mieux que mon esprit,

que je suis une amie fidèle, sincère et désintéressée, et que si j'avois

l'avantage d'être connue de vous par vous-même de ce côté-là, j'en

pourrois être louée sans flatterie, et que je pourrois aussi recevoir vos

louanges sans confusion. Mais en attendant, Monsieur, souffrez que

j'ajoute un misérable impromptu à ce que je viens de vous dire; il n'est

pas beau, il n'est que sincère, le voici:

Ne vous y trompez pas, votre aimable fontaine,

C'est la véritable Hippocrène;

Votre chant me surprend, il est charmant et doux,

Et tous les cygnes de la Seine

Ne peuvent mieux chanter que vous.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 167 / 411 题