[493] Copie de Léchaudé d'Anisy.
[1695.]
Ce que vous m'apprenez, Monseigneur, de la générosité de Mlle de Clisson
redouble la douleur que j'avois déjà de sa perte; car une amie de
quarante ans de ce mérite-là est une perte irréparable.
Ce qu'elle fait pour M. Gallois[494] qui est auprès de moi me touche
sensiblement et me fait voir qu'elle aimoit tout ce que j'aimois et tout
ce qui m'aimoit. Ce que vous me dites, Monseigneur, de la manière
obligeante dont M. de Lamoignon vous a parlé de moi me touche aussi bien
sensiblement, et il faut qu'il ait deviné le respect distingué que j'ai
toujours eu pour lui, pour me traiter avec tant d'humanité. Vous me
ferez plaisir, si vous en trouvez l'occasion, de lui témoigner la
reconnoissance que j'en ai. Je ne lui écris pas encore sur cela, de peur
qu'on ne puisse me soupçonner d'un sentiment d'intérêt; car bien que ma
fortune soit très-mauvaise, n'étant payée de nulle part, je ne sens en
cette occasion que la perte d'une amie qui étoit touchée de mon malheur,
et qui m'a voulu secourir en mourant.
[494] Voir la _Notice_, page 110.--Nous ne savons s'il s'agit ici
de l'abbé Jean Gallois de l'Académie des sciences et de
l'Académie française, l'un des principaux rédacteurs du _Journal
des Savants_, ou du sieur Legallois auteur des _Conversations
académiques_ dédiées à Huet.
Je commençois à craindre que vous ne m'eussiez oubliée, mais votre billet
m'a rassurée, et me persuade que vous vous souvenez de la date de notre
amitié, et que vous n'avez point d'amie qui soit avec plus d'estime, plus
de zèle et plus de sincérité,
Votre, etc., etc.