Votre lettre du 29 de mai, Monseigneur, m'a causé un plaisir
très-sensible, car connoissant le prix de votre suffrage comme je fais,
j'ai été ravie que le dernier ouvrage de celui que je regretterai toute
ma vie, l'ait obtenu. J'espère que la suite de cet admirable _Traité de
l'Eucharistie_ l'obtiendra de même, et que vous donnerez aussi votre
approbation entière au second volume qu'on va imprimer. Je vous ai écrit
à Avranches une lettre que je suppose qu'on vous aura envoyée; mais, à
tout hasard, je vous répète que le nonce a remis à M. l'abbé de Ferriès,
de la part du Pape, une belle lettre latine écrite par le cardinal Spada,
par ordre de Sa Sainteté, qui est toute remplie des louanges de feu M.
de Pellisson et de son ouvrage. Cela est assurément fort glorieux pour sa
mémoire. Le Roi a vu cette lettre, M. de Meaux en est ravi. Le Pape
paroît fort aise que cet ouvrage ait paru sous son nom, étant rempli de
la doctrine, de la piété et de l'éloquence de son auteur; il a ajouté que
cet écrit lui est d'autant plus agréable qu'il ne tient rien de la
sécheresse sententieuse des controversistes, et qu'enfin ce livre ne tend
qu'à établir et éclaircir la doctrine catholique et à la persuader d'une
manière propre à ramener les esprits égarés. Cela est plus fort et mieux
dit que je ne le répète, et il finit en disant que M. Pellisson a été
heureux de finir ses jours dans une étude si simple et si louable.
Après cela, Monseigneur, permettez-moi de vous dire avec la même
franchise que vous me parlez à la fin de votre lettre, que l'éloquence
qui paroît dans le _Traité de l'Eucharistie_ n'est pas une éloquence qui
farde et ne fait qu'éclairer sans éblouir; car après avoir persuadé
l'esprit, elle touche le cœur, et je vous assure, Monseigneur, que cette
foi vive, cette charité et cet amour de Dieu qui vous touchent encore
plus que tout le reste, vous toucheroient moins sans ce petit rayon
d'éloquence naturelle qui brille dans tout cet ouvrage, sans lui ôter
rien de cette noble simplicité qui doit accompagner ces sortes de
matières.
Je suis, Monseigneur, etc., etc.