Votre dernière lettre, Monsieur, est si belle qu'une enrhumée n'oseroit
entreprendre d'y répondre, et je ne vous écris aujourd'hui que pour vous
dire que le Roi a reçu très-favorablement le livre de M. de Pellisson,
que M. l'abbé de Ferriès lui a présenté. Je le priai fort hier de vous
l'envoyer promptement, et il me dit qu'il le feroit quand le libraire lui
en auroit baillé. Je lui en demandai un pour Mme de Sévigné, qui le
mérite par cent raisons: il me le bailla. Je ne fis que l'ouvrir et
l'envoyer; mais, en l'ouvrant, j'y vis un assez long avertissement dont
je n'avois pas entendu parler et dont je ne lus que trois lignes, ne
voulant pas faire voir que je le remarquois. Je le crois de la même main
que l'Épître: vous m'en direz votre avis. Mais je vous prie
très-instamment de ne jamais dire à cet abbé que je vous en aie écrit, et
de me mander votre sentiment de l'ouvrage. Comme j'ai trois lettres de M.
de Pellisson, qui marquent qu'il a toujours cru qu'il mourroit avant moi,
et désiré et attendu que je prendrois soin de son tombeau, j'ai sans
doute quelque droit de m'en mêler. Au reste la Satire est toujours plus
décriée, et il y a un grand nombre de vers qui la blâment d'une manière
sanglante. Il y a encore un ancien satirique qui lui a donné un petit
coup de griffe; il s'appelle Linière; voici ce qu'il dit:
Ta Satire contre les femmes,
Que si durement tu diffames,
Vole partout, fameux Boileau;
Et c'est le comble de ta gloire
De voir qu'on la montre à la foire
Comme quelque monstre nouveau.
Il y en a de M. de Nevers d'un autre caractère, mais je n'aime pas à
envoyer de pareilles choses[472]. Je suis, monsieur, avec une estime
singulière, votre, etc., etc.
[472] Philippe-Julien Mazarini-Mancini, neveu du cardinal.
Il ne peut être question ici du sonnet grossier à propos de
_Phèdre_, où le duc de Nevers menaçait Boileau et Racine de coups
de bâton: ce sonnet est de 1674, et la _Satire contre les femmes_
est de vingt ans postérieure. Comme elle renferme un portrait de
la Précieuse où l'on voulut reconnaître Mme Deshoulières, il est
possible que, cette fois encore, le duc ait voulu la venger des
attaques de Boileau, leur ennemi commun.