20 mars 1694.

Votre dernière lettre, Monsieur, est si belle qu'une enrhumée n'oseroit

entreprendre d'y répondre, et je ne vous écris aujourd'hui que pour vous

dire que le Roi a reçu très-favorablement le livre de M. de Pellisson,

que M. l'abbé de Ferriès lui a présenté. Je le priai fort hier de vous

l'envoyer promptement, et il me dit qu'il le feroit quand le libraire lui

en auroit baillé. Je lui en demandai un pour Mme de Sévigné, qui le

mérite par cent raisons: il me le bailla. Je ne fis que l'ouvrir et

l'envoyer; mais, en l'ouvrant, j'y vis un assez long avertissement dont

je n'avois pas entendu parler et dont je ne lus que trois lignes, ne

voulant pas faire voir que je le remarquois. Je le crois de la même main

que l'Épître: vous m'en direz votre avis. Mais je vous prie

très-instamment de ne jamais dire à cet abbé que je vous en aie écrit, et

de me mander votre sentiment de l'ouvrage. Comme j'ai trois lettres de M.

de Pellisson, qui marquent qu'il a toujours cru qu'il mourroit avant moi,

et désiré et attendu que je prendrois soin de son tombeau, j'ai sans

doute quelque droit de m'en mêler. Au reste la Satire est toujours plus

décriée, et il y a un grand nombre de vers qui la blâment d'une manière

sanglante. Il y a encore un ancien satirique qui lui a donné un petit

coup de griffe; il s'appelle Linière; voici ce qu'il dit:

Ta Satire contre les femmes,

Que si durement tu diffames,

Vole partout, fameux Boileau;

Et c'est le comble de ta gloire

De voir qu'on la montre à la foire

Comme quelque monstre nouveau.

Il y en a de M. de Nevers d'un autre caractère, mais je n'aime pas à

envoyer de pareilles choses[472]. Je suis, monsieur, avec une estime

singulière, votre, etc., etc.

[472] Philippe-Julien Mazarini-Mancini, neveu du cardinal.

Il ne peut être question ici du sonnet grossier à propos de

_Phèdre_, où le duc de Nevers menaçait Boileau et Racine de coups

de bâton: ce sonnet est de 1674, et la _Satire contre les femmes_

est de vingt ans postérieure. Comme elle renferme un portrait de

la Précieuse où l'on voulut reconnaître Mme Deshoulières, il est

possible que, cette fois encore, le duc ait voulu la venger des

attaques de Boileau, leur ennemi commun.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 135 / 411 题