6 mars 1694.

Votre dernière lettre, Monsieur, est si bien écrite, si généreuse pour

l'illustre mort et si obligeante pour moi, que je ne puis assez la louer,

ni vous en remercier. Je vous apprends qu'on imprime les approbations du

_Traité de l'Eucharistie_ et l'Épître dédicatoire au Pape, et que la

première approbation est de M. l'archevêque d'Arles[470], qui a si bien

connu la force et la beauté de l'ouvrage qu'il approuve, et a si

parfaitement pénétré le sens de l'auteur, qu'il ouvrira les yeux aux

moins éclairés. Et ce qui augmente mon plaisir, c'est que c'est moi qui

ai obtenu, par une de mes amies, que cet archevêque travaillât; il étoit

enrhumé, il avoit des affaires et le temps étoit court. Mais enfin je

l'ai emporté, et j'en suis ravie, car cela pare le livre. Mais comme M.

l'abbé de Ferriès sera le maître des exemplaires, priez-le de vous en

envoyer le plus tôt qu'il pourra. Il y a peu de nouvelles: on envoie

vingt bataillons en Piémont, parce qu'on a su que les ennemis y en

faisoient passer. M. le prince d'Elbeuf a gagné deux mille pistoles bien

aisément: car ayant dit qu'il avoit six juments qui, étant attelées à une

manière de petit chariot, alloient et revenoient de Paris à Versailles en

moins de deux heures, Monseigneur paria que cela ne se pouvoit et tous

les courtisans à son exemple, et ils ont tous perdu.

[470] Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, frère du comte

de Grignan, et dont il est souvent question dans la

correspondance de Mme de Sévigné.

Il y a une nouvelle Satire de Despréaux imprimée contre les femmes, qu'il

croit être la meilleure des siennes. Mais les gens de bon goût ne le

trouvent pas, et il y a un caractère bourgeois et des phrases fort

bizarres. Il donne un coup de griffe, selon sa coutume, à _Clélie_, sans

raison et sans nécessité[471]. Mais je suis accoutumée à mépriser ce

qu'il dit contre ce livre, et je n'y répondrai pas. Un livre qui a été

traduit en italien, en anglois, en allemand et en arabe, n'a que faire

des louanges d'un satirique de profession. Quand vous aurez vu cette

satire qui maltraite fort M. Perrault, ami de M. de Pellisson et le mien,

je serai bien aise d'en savoir votre sentiment. Je suis, Monsieur, avec

toute l'estime dont vous êtes digne et toute la sincérité dont je fais

profession, votre, etc., etc.

[471] Nous avons parlé dans la _Notice_, p. 88, des attaques de

Boileau, contre lesquelles Mlle de Scudéry proteste avec vivacité

dans cette lettre et dans les suivantes.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 131 / 411 题