De Paris, le 13 octobre 1656.
Bel esprit, ou carpe, ou merlan,
Ou bien Raphaël de village[348],
Vous êtes cause que j'enrage.
Je ne saurois qu'avec ahan
Répondre à votre bel ouvrage,
Et remplir de vers cette page,
Quand vous me donneriez un an
Et davantage, etc.
[348] Cela répond à la fin d'un madrigal que Mlle de Scudéry
avait adressé à Pellisson sous le nom de Mlle Boquet, avec un
mauvais portrait de celle-ci:
Ce travail n'est pourtant pas laid
Pour un Raphaël de village.
(V. C.)
Tout de bon, encore qu'il n'y ait rien de plus galant que votre lettre et
que vos vers, en l'humeur où je suis, il me semble qu'il n'y auroit rien
de moins obligeant qu'une réponse fort galante, quand je pourrois vous la
faire. Les dames que je vis hier vouloient que je ne vous en fisse point
du tout, pour vous punir de ce que vous vous oubliez à Athis, ou plutôt
de ce que vous oubliez tout le monde. Je n'ai pas cru que mon devoir me
permît d'en user ainsi, mais je ne crois pas aussi qu'il m'ordonne de me
réjouir avec vous de ce que vous dînerez dimanche à Savigny, et que vous
n'êtes pas encore bien résolue de revenir le lendemain. Tout ce que je
puis, c'est de souffrir mon mal en patience, et de vous écrire, comme un
bon homme sans esprit et sans façon, ce que j'aurai à vous mander, en
faisant autant de ratures que de lignes. Ne pensez pas que ces ratures
soient affectées, elles sont les plus naturelles du monde, et vous verrez
bien par là que je ne suis pas trop en état de vous divertir.
J'écrivis hier soir à M. Conrart, et je prétendois ce matin faire des
merveilles pour vous et pour Agélaste: mais en bonne foi il m'a été
impossible. J'ai voulu fouiller dans mon magasin de fadaises, la serrure
étoit tellement mêlée que je n'ai jamais su l'ouvrir. Si vous voulez des
billets galants, je vous en envoie deux que M. Isarn m'écrit de Bordeaux;
mais il est auprès d'une nouvelle maîtresse qu'il aime fort, comme vous
verrez: ce remède est excellent pour avoir de l'esprit. Le malheur est
qu'il est quelquefois pire que le mal même, et je ne crois pas que vous
voulussiez me conseiller d'y avoir recours, vous qui avez banni l'amour
de tout votre royaume de Tendre. Pardonnez-moi si je vous écris si
bizarrement. Je suis le plus sot du monde, mais je ne vous en aime pas
moins.