IV

Oh! ce serait vraiment un mystère sublime

Que ce ciel si profond, si lumineux, si beau,

Qui flamboie à nos yeux ouvert comme un abîme,

Fût l'intérieur du tombeau!

Que tout se révélât à nos paupières closes!

Que, morts, ces grands destins nous fussent réservés!...

Qu'en est-il de ce rêve et de bien d'autres choses?

Il est certain, Seigneur, que seul vous le savez.

V

Il est certain aussi que, jadis, sur la terre,

Le patriarche, ému d'un redoutable effroi,

Et les saints qui peuplaient la Thébaïde austère

Ont fait des songes comme moi;

Que, dans sa solitude auguste, le prophète

Voyait, pour son regard plein d'étranges rayons,

Par la même fêlure aux réalités faite,

S'ouvrir le monde obscur des pâles visions;

Et qu'à l'heure où le jour devant la nuit recule,

Ces sages que jamais l'homme, hélas! ne comprit,

Mêlaient, silencieux, au morne crépuscule

Le trouble de leur sombre esprit;

Tandis que l'eau sortait des sources cristallines,

Et que les grands lions, de moments en moments,

Vaguement apparus au sommet des collines,

Poussaient dans le désert de longs rugissements!

Avril 1839.

Les contemplations: Autrefois, 1830-1843 · 第 107 / 164 题