ÉVACUATION DE KEHL

Extrait d'un _Mémoire militaire sur Kehl_, par un officier supérieur de

l'armée. Strasbourg, Levrault, 1797.

Ainsi finit, après cinquante jours de tranchée ouverte et cent quinze

jours d'investissement, un des sièges mémorables que puisse offrir

l'histoire. En effet, on voit d'une part une armée de soixante-dix

bataillons aguerris, fière d'avoir forcé son ennemi à la retraite,

déployer tout l'appareil d'un grand siège contre des retranchements

informes, suppléant à l'audace qui lui manque par l'immensité de ses

travaux, faisant le siège de quelques ouvrages détachés, déployant une

artillerie formidable contre des masures occupées par des tirailleurs;

néanmoins son adversaire dispute le terrain pied à pied; elle est forcée

de donner un assaut à chaque partie d'ouvrage où elle veut se loger et

perd en détail plus de soldats qu'une attaque générale ne lui on eût

coûté. Enfin elle arrive à son but après avoir perdu six mille hommes et

consommé les munitions nécessaires au siège d'une place de première

ligne.

De l'autre côté, une place construite à la hâte, en terre, dont quelques

parties seulement sont revêtues, sans bâtiments, sans magasins, sans

abris; liée à un camp retranché d'un grand développement, mais dont les

principales défenses consistant en flaques et en marais se trouvent

réduits à rien par la gelée. À la vérité, elle a l'avantage de ne

pouvoir être entièrement bloquée et de conserver une communication

facile avec Strasbourg, ce qui en impose assez à l'ennemi pour l'engager

à ne rien donner au hasard: quoique défendue par des troupes harassées

d'une longue retraite, auxquelles on ne peut fournir les objets

d'habillement et les soulagements les plus indispensables, le terme de

sa défense dépasse de beaucoup celui qu'on eût pu lui prescrire...

Presque toutes les palissades étaient renversées, les fossés comblés en

partie par les éboulements des parapets, et l'arrivée des renforts

devenue très difficile... On se décida donc à évacuer... On n'eut guère

que vingt-quatre heures pour tout enlever. Néanmoins on y mit une telle

activité qu'on ne laissa pas à l'ennemi une seule palissade; tout fut

ramené à la rive droite, jusqu'aux éclats de bombes et d'obus, et aux

bois des plates-formes.

Journal de marche du sergent Fricasse de la 127e demi-brigade : 1792-1802 avec les uniformes des armées de Sambre-et-Meuse et Rhin-et-Moselle. Fac-similés dessinés par P. Sellier d'après les gravures allemandes du temps · 第 22 / 65 题