VANLOO (_Carle_). C'est en quelque sorte le dessinateur officiel de
l'école française de son temps. Algarotti le proclame le créateur d'un
nouveau mode de dessin, par la substitution à l'_estompage_ italien,
de l'égrenage du crayon, relevé de traits de force: une façon de faire
revivre, dans un mol enveloppement, les hachures entre-croisées des
vieux maîtres. Mais, indépendamment du procédé, il est accordé, surtout
à Vanloo, par les _salonniers_, le grand style du dessin. Enfin, pour
tout dire, l'académie à la sanguine, que l'élève-peintre copie dans le
tableau du «Dessinateur» de Chardin, est une académie de Vanloo. Il
y a bien à rabattre sur cet engouement des contemporains, et de Mme
de Pompadour. Vanloo n'a pas le dessin personnel, n'a pas le dessin
franchement de son époque, de sa patrie: son dessin est un compromis
bâtard entre le dessin italien et le dessin français. Toutefois ses
dessins méritent de trouver une place assez large dans une collection
du XVIIIe siècle, dont il est un des représentants attitrés. Puis dans
les dessins décrits ici, il se trouve une série où l'artiste a été
sauvé de la convention, et forcé pour ainsi dire d'être français par
l'étude rigoureuse de la nature. Ce sont les dessins faisant partie de
ce lot mentionné dans son catalogue[37], où il avait représenté dans
leur intérieur, et en pied, les peintres ses amis et leurs femmes. Et
peut-être en étudiant bien les vagues tableaux accrochés à la muraille
sur quelques-uns des fonds, arriverai-je, un jour, à découvrir le nom
des aimables personnages.
[37] Voici la mention du catalogue de Vanloo donné dans les
«Deuils de cour», à la suite de sa biographie: «Plusieurs
portraits de la famille et des amis de C. Vanloo, entre autres
ceux des dames Vanloo, etc., des MM. Somis, Trémollières,
Boucher, Dandré-Bardon, etc.»
--Une femme assise, en déshabillé Pompadour, un bonnet papillon
sur une coiffure basse, une cravate en chenille au cou, une
échelle de rubans au corsage, des engageantes à la saignée,
tenant de sa main droite, posée sur ses genoux, un mouchoir,
pendant que son bras gauche repose sur un coussin placé sur une
table. Quelques personnes croient retrouver dans cette étude le
portrait de Mme Vanloo, qui existe dans le grand tableau de la
famille des Vanloo.
Dessin à la pierre d'Italie sur papier bleu, rehaussé de blanc
avec un léger frottis de sanguine sur le visage et les mains.
Signé: _Carle Vanloo 1743_.
Porte la marque du chevalier Damery, et provient de la vente de
M. Jules Boilly.