H. 32, L. 26.

OUDRY (_Jean-Baptiste_). On disait, de son temps, Oudry encore plus

attaché à ses dessins qu'à ses tableaux, et que, de ses dessins, il

composait des portefeuilles de cinquante morceaux variés, de manière

que celui qui en possédait un seul, avait un échantillon de tous les

genres embrassés par le peintre. En effet, l'illustrateur des Fables

de la Fontaine est universel, mais plus particulièrement paysagiste

et avant tout animalier. Dans ses dessins d'animaux presque toujours

exécutés sur papier bleu, à la pierre noire avec rehauts de craie, il

apporte une habileté dont le seul défaut est peut-être la constante

égalité, le faire uniformément semblable, une perfection qui vous

laisse sans surprise. Ses dessins aux beaux écrasements de crayon noir

dans l'ombre, aux détails simplifiés dans les clairs,--et tout lumineux

des lumières posées par l'homme qui peignait des oiseaux blancs sur

fond blanc,--arrivent à une unité d'effet extraordinaire et sous des

apparences faciles, à ce résumé concret de l'objet représenté que

donne seul un savoir énorme. Et les heureux et magistraux dessins qu'a

laissés ce dessinateur toujours occupé à crayonner, ce dessinateur

«des perdrix au plumage bizarre, des cerfs à tête singulière» tués

par le Roi, ce dessinateur de tous les animaux inconnus et étranges

arrivant à la ménagerie de Versailles. Ce sont de pittoresques

accumulis de poissons qui lui faisaient faire, au dire des «Mémoires

des Académiciens», dix voyages à Dieppe pour les dessiner dans toute

leur fraîcheur; ce sont de ces _buffets_ ou de ces dispositions de

deux pièces de gibier, accrochées à un clou au-dessus d'une tablette

garnie de victuailles ou d'accessoires, d'une touche de crayon qu'on

supposerait être celle de Chardin; ce sont de savantes études de

chiens, de la grosse bête chassée par la vénerie royale, etc. Et même

le paysagiste n'est pas à dédaigner: ses dessins de grands parcs avec

un bout d'escalier, avec un angle de terrasse à balustres, se font

remarquer tout de suite par une connaissance de l'anatomie de l'arbre,

une science de ses embranchements, et encore par un éclairage du

dessous des grandes futaies qui n'appartiennent qu'à Oudry.

A propos des dessins à la sanguine d'animaux d'Oudry, on doit se défier

de certains dessins un peu dans sa manière, mais d'un crayonnage plus

maigre, et qui sont du nommé Dugommer; quant à ses paysages à la pierre

d'Italie, sur papier bleu, il faut prendre garde à quelques dessins de

Pierre, moins libres cependant que ceux d'Oudry, mais qui a travaillé

d'après nature à Arcueil, dans l'ancien parc du prince de Guise, et

reproduit les mêmes motifs que son confrère. Enfin il ne faut pas

craindre d'acheter des paysages d'Oudry dans lesquels se promènent des

personnages de l'Empire: un marchand du commencement du siècle qui en

possédait un certain nombre, ayant eu, pour les vendre, l'idée de faire

peupler leur vide et leur solitude, par un artiste contemporain dont on

m'a dit le nom que j'ai oublié.

--Un chien barbet surprenant un cygne sur ses œufs.

Dessin sur papier bleu, lavé à l'encre de Chine, rehaussé de

gouache.

Signé: _Oudry fecit pour présent_.

Dessin du tableau exposé au Salon de 1742 et peint pour la salle

à manger de M. Bernard l'aîné.

La maison d'un artiste, Tome 1 · 第 241 / 443 题