OUDRY (_Jean-Baptiste_). On disait, de son temps, Oudry encore plus
attaché à ses dessins qu'à ses tableaux, et que, de ses dessins, il
composait des portefeuilles de cinquante morceaux variés, de manière
que celui qui en possédait un seul, avait un échantillon de tous les
genres embrassés par le peintre. En effet, l'illustrateur des Fables
de la Fontaine est universel, mais plus particulièrement paysagiste
et avant tout animalier. Dans ses dessins d'animaux presque toujours
exécutés sur papier bleu, à la pierre noire avec rehauts de craie, il
apporte une habileté dont le seul défaut est peut-être la constante
égalité, le faire uniformément semblable, une perfection qui vous
laisse sans surprise. Ses dessins aux beaux écrasements de crayon noir
dans l'ombre, aux détails simplifiés dans les clairs,--et tout lumineux
des lumières posées par l'homme qui peignait des oiseaux blancs sur
fond blanc,--arrivent à une unité d'effet extraordinaire et sous des
apparences faciles, à ce résumé concret de l'objet représenté que
donne seul un savoir énorme. Et les heureux et magistraux dessins qu'a
laissés ce dessinateur toujours occupé à crayonner, ce dessinateur
«des perdrix au plumage bizarre, des cerfs à tête singulière» tués
par le Roi, ce dessinateur de tous les animaux inconnus et étranges
arrivant à la ménagerie de Versailles. Ce sont de pittoresques
accumulis de poissons qui lui faisaient faire, au dire des «Mémoires
des Académiciens», dix voyages à Dieppe pour les dessiner dans toute
leur fraîcheur; ce sont de ces _buffets_ ou de ces dispositions de
deux pièces de gibier, accrochées à un clou au-dessus d'une tablette
garnie de victuailles ou d'accessoires, d'une touche de crayon qu'on
supposerait être celle de Chardin; ce sont de savantes études de
chiens, de la grosse bête chassée par la vénerie royale, etc. Et même
le paysagiste n'est pas à dédaigner: ses dessins de grands parcs avec
un bout d'escalier, avec un angle de terrasse à balustres, se font
remarquer tout de suite par une connaissance de l'anatomie de l'arbre,
une science de ses embranchements, et encore par un éclairage du
dessous des grandes futaies qui n'appartiennent qu'à Oudry.
A propos des dessins à la sanguine d'animaux d'Oudry, on doit se défier
de certains dessins un peu dans sa manière, mais d'un crayonnage plus
maigre, et qui sont du nommé Dugommer; quant à ses paysages à la pierre
d'Italie, sur papier bleu, il faut prendre garde à quelques dessins de
Pierre, moins libres cependant que ceux d'Oudry, mais qui a travaillé
d'après nature à Arcueil, dans l'ancien parc du prince de Guise, et
reproduit les mêmes motifs que son confrère. Enfin il ne faut pas
craindre d'acheter des paysages d'Oudry dans lesquels se promènent des
personnages de l'Empire: un marchand du commencement du siècle qui en
possédait un certain nombre, ayant eu, pour les vendre, l'idée de faire
peupler leur vide et leur solitude, par un artiste contemporain dont on
m'a dit le nom que j'ai oublié.
--Un chien barbet surprenant un cygne sur ses œufs.
Dessin sur papier bleu, lavé à l'encre de Chine, rehaussé de
gouache.
Signé: _Oudry fecit pour présent_.
Dessin du tableau exposé au Salon de 1742 et peint pour la salle
à manger de M. Bernard l'aîné.