H. 20, L. 14.

[27] Les dessins au trait, lavés de bistre, tels qu'ils sont

gravés, sont de Monnet; mais je doute que les miniatures finies

soient du peintre. Les peintres d'alors, à l'imitation de

Boucher, de Fragonard, avaient des femmes artistes, des femmes

miniaturistes, qu'ils faisaient souvent travailler sous leur

nom.

MOREAU _le jeune_ (_Jean-Michel_). L'habile ordonnateur et metteur

en scène des assemblées de gentilshommes et de grandes dames parées,

des Sacres, des Revues, des Bals de cour, des Feux d'artifices, le

dessinateur sans pareil des intérieurs et des élégances de la vie de

son temps. J'ai eu la bonne fortune d'acquérir son plus beau dessin

et je vais raconter l'histoire de ce dessin. Dans la vie de Le Bas

d'après des notes manuscrites de l'expert Joullain, chargé de la

vente du graveur, mon frère et moi avons dit qu'il avait été commandé

par Le Bas à Moreau: «M. Moreau jeune avait fait prix avec M. Le Bas

pour ce dessin à 600 livres payées comptant, et deux douzaines de la

planche qui devait être gravée d'après ce dessin, dont moitié desdites

épreuves avant et moitié après la lettre. Il a exigé de la succession

de M. Le Bas pour indemnité de ces épreuves la somme de 480 livres. Il

avait reçu 600 livres; total 1,080 livres.» A cette vente Le Bas, en

1783, le dessin payé 1,080 livres se vendait seulement 610, et était

acheté par le libraire Lamy qui l'acquérait pour le faire graver[28].

Des mains de Lamy où passait le dessin? On ne le savait, et on le

croyait perdu, lorsqu'il se retrouvait, en 1859, en la possession

d'un petit chemisier du quartier des Halles, dont la femme, de bonne

famille, était la fille d'une personne qui, je crois, avait été

attachée au service du comte de Bordeaux. Le dessin était offert au

Musée, et successivement à tous les riches amateurs de Paris, au prix

de 1,000 francs. M. Reiset m'indiquait l'existence du dessin. J'allais

le voir et étais très tenté, mais je me trouvais n'avoir devers moi que

quelques centaines de francs et ne pouvais en offrir que quatre cents

francs. J'étais refusé, et n'y pensais plus quand, à quelques semaines

de là, un soir on sonna chez moi. J'allais ouvrir et me trouvais en

face d'une jeune femme, portant sur son bras un enfant, et tenant de sa

main libre une grande chose enveloppée dans une serviette. C'était la

Revue du Roi. J'avoue que, quand je regarde mon Moreau aujourd'hui, je

ressens comme un remords d'avoir eu à offrir si peu d'argent à cette

pauvre femme si touchante dans son sacrifice, où l'on sentait la gêne

d'affaires embarrassées.

[28] Voir plus loin, aux lettres de peintres, le traité pour

la gravure de ce dessin entre l'éditeur Lamy et le graveur

Malbeste.

--Petite fille endormie dans son lit. Elle est représentée de

profil tournée à gauche, ses deux bras reposant sur le drap que

soulève une de ses jambes relevée.

La même petite fille endormie tournée de l'autre côté. Elle a

la tête soulevée et enfoncée dans l'oreiller, et les deux bras

étendus et croisés devant elle.

Dessins lavés d'encre de Chine sur trait de plume.

--Deux études, très probablement faites par le père, d'après la

petite fille, devenue depuis la mère d'Horace Vernet.

La maison d'un artiste, Tome 1 · 第 219 / 443 题