LEMOINE. Ce pastelliste, ce dessinateur[23], cet auteur du joli profil
de la Saint-Huberty, gravé par Janinet dans les «Costumes des grands
théâtres de Paris» est aujourd'hui complètement oublié,--et l'homme et
l'œuvre,--et ses dessins, qui ne sont presque jamais signés, donnent
lieu aux attributions les plus extravagantes. Cependant le portraitiste
a laissé des dessins qui méritent la restitution de son nom au bas de
leur nuageuse indication. Ce sont des bustes de femmes, des femmes en
pied dessinées avec des ombres et des lumières, sans l'arrêt, pour
ainsi dire, d'un contour. Baignées de lueurs diffuses, ces femmes sont
flottantes dans le fusinage, seulement fortifié çà et là de quelques
accentuations de sauce. Des images troubles délicieusement vagues, qui
demandent une grande intelligence de la lumière, et qui se rapprochent,
avec un peu moins de légèreté, de l'estompage gris de quelques rares
études d'Honoré Fragonard.
[23] Il était aussi peintre et aurait peint le plafond du
théâtre de Rouen, dont il était originaire.
--Une femme posée à contre-jour devant une fenêtre, entre une
toilette et un pupitre à musique. Elle est assise les jambes
croisées, une main tenant un livre dans le creux de sa jupe.
Vêtue d'une blanche toilette de linon, elle porte sur la tête un
chapeau de paille enrubanné, au rebord abaissé sur les yeux.
Dessin estompé à la sauce.