GIRODET DE ROUCY TRIOSON (_Anne-Louis_). L'artiste aux dessins si en
faveur sous la Restauration, si dépréciés aujourd'hui.
--Médaillon aux deux têtes accolées, où le peintre s'est
représenté avec sa maîtresse, dessinée les cheveux coupés courts
et coiffée en garçon.
Dessin au crayon noir, rehaussé de craie et de blanc de gouache
qui a noirci.
Au dos du dessin, l'amant a écrit:
_Je n'ai pu de tes traits retracer la douceur
Ni cette grâce enchanteresse
Que leur donnent à la fois ton esprit et ton cœur.
Cependant à mon âme ils sont présents sans cesse,
Et ma main seule est coupable d'erreur.
Mais que du sentiment ce faible et léger gage
Où s'est tracé ton plus fidèle ami
Répète encor après nous, d'âge en âge,
Que mon cœur à ton cœur fut constamment uni_[19].
[19] On a deux pièces de poésie de Girodet imprimées, l'une: «A
sa maîtresse»; l'autre: «Portrait de sa maîtresse»; dans toutes
les deux, il parle «d'une noire chevelure aux anneaux légers,
capricieux».
A bien des années de là, sur le papier jauni, la maîtresse
prenant la plume, écrivait au bas des vers de son amant:
_17 ans après.
Un amour immortel m'entraînait à sa gloire:
J'appris à l'admirer autant qu'à le chérir.
Et c'est pour m'attacher encore à sa mort,
Que j'ai différé de mourir._
Ces quatre lignes sont signées _Julie_, que suit un nom de
famille qui a été gratté.
H. 11, L. 11 (ovale).
BOURGUIGNON _dit_ GRAVELOT (_Hubert-François_). Le grand
vignettiste du XVIIIe siècle, un des plus savants dessinateurs de son
temps[20], et dont le dessin a cette qualité d'être toujours, en les
plus petites choses, un contour flottant et roulant de la forme, et
cela encore très souvent cherché sur la chaleur du fond, sur un frottis
de sanguine,--une des habitudes à laquelle on reconnaît, sur le papier,
les coloristes de l'époque.--Gravelot a enfin une grâce, toujours
appuyée sur l'étude de nature, que n'a pas Eisen, fabriquant trop
souvent sa grâce de _chic_. La vente du général Andreossy, en livrant
aux enchères de grands dessins trouvés par le général pendant son
ambassade en Angleterre, a été une révélation de l'énorme travail de
préparation des petites vignettes de Gravelot. Il les cherchait d'abord
d'après nature, ou d'après des mannequins articulés qu'il avait fait
exécuter à Londres, dans de larges dessins au crayon noir rehaussés de
blanc, et tout semblables à des études de Lancret. Cela fait, il les
mettait au carreau, puis les réduisait en de petits dessins du format
des livres, exécutés à la mine de plomb avec le plus grand fini.
[20] Dans ce siècle-ci, je ne vois guère que Meissonier qui
dessine aussi bien que Gravelot, et j'avancerai même que
certains dessins du maître moderne ont une parenté avec les
dessins du vignettiste du XVIIIe siècle.
En 1809, à la vente Guyot passait le _Portefeuille_ de Gravelot,
le livre de ses croquis. C'est sans doute cette réunion de dessins
retrouvée, par M. Danlos fils, qui a été vendue, il y a deux ou trois
ans, à M. Bocher.
--Jeune homme en costume de cour, saluant, le tricorne à la main;
derrière lui un piédestal, où il y a une femme-sphinx sur le dos
de laquelle est assis un amour.
Dessin à la mine de plomb et à la sanguine.
Vente Andreossy.