H. 14, L. 21.

GIRODET DE ROUCY TRIOSON (_Anne-Louis_). L'artiste aux dessins si en

faveur sous la Restauration, si dépréciés aujourd'hui.

--Médaillon aux deux têtes accolées, où le peintre s'est

représenté avec sa maîtresse, dessinée les cheveux coupés courts

et coiffée en garçon.

Dessin au crayon noir, rehaussé de craie et de blanc de gouache

qui a noirci.

Au dos du dessin, l'amant a écrit:

_Je n'ai pu de tes traits retracer la douceur

Ni cette grâce enchanteresse

Que leur donnent à la fois ton esprit et ton cœur.

Cependant à mon âme ils sont présents sans cesse,

Et ma main seule est coupable d'erreur.

Mais que du sentiment ce faible et léger gage

Où s'est tracé ton plus fidèle ami

Répète encor après nous, d'âge en âge,

Que mon cœur à ton cœur fut constamment uni_[19].

[19] On a deux pièces de poésie de Girodet imprimées, l'une: «A

sa maîtresse»; l'autre: «Portrait de sa maîtresse»; dans toutes

les deux, il parle «d'une noire chevelure aux anneaux légers,

capricieux».

A bien des années de là, sur le papier jauni, la maîtresse

prenant la plume, écrivait au bas des vers de son amant:

_17 ans après.

Un amour immortel m'entraînait à sa gloire:

J'appris à l'admirer autant qu'à le chérir.

Et c'est pour m'attacher encore à sa mort,

Que j'ai différé de mourir._

Ces quatre lignes sont signées _Julie_, que suit un nom de

famille qui a été gratté.

H. 11, L. 11 (ovale).

BOURGUIGNON _dit_ GRAVELOT (_Hubert-François_). Le grand

vignettiste du XVIIIe siècle, un des plus savants dessinateurs de son

temps[20], et dont le dessin a cette qualité d'être toujours, en les

plus petites choses, un contour flottant et roulant de la forme, et

cela encore très souvent cherché sur la chaleur du fond, sur un frottis

de sanguine,--une des habitudes à laquelle on reconnaît, sur le papier,

les coloristes de l'époque.--Gravelot a enfin une grâce, toujours

appuyée sur l'étude de nature, que n'a pas Eisen, fabriquant trop

souvent sa grâce de _chic_. La vente du général Andreossy, en livrant

aux enchères de grands dessins trouvés par le général pendant son

ambassade en Angleterre, a été une révélation de l'énorme travail de

préparation des petites vignettes de Gravelot. Il les cherchait d'abord

d'après nature, ou d'après des mannequins articulés qu'il avait fait

exécuter à Londres, dans de larges dessins au crayon noir rehaussés de

blanc, et tout semblables à des études de Lancret. Cela fait, il les

mettait au carreau, puis les réduisait en de petits dessins du format

des livres, exécutés à la mine de plomb avec le plus grand fini.

[20] Dans ce siècle-ci, je ne vois guère que Meissonier qui

dessine aussi bien que Gravelot, et j'avancerai même que

certains dessins du maître moderne ont une parenté avec les

dessins du vignettiste du XVIIIe siècle.

En 1809, à la vente Guyot passait le _Portefeuille_ de Gravelot,

le livre de ses croquis. C'est sans doute cette réunion de dessins

retrouvée, par M. Danlos fils, qui a été vendue, il y a deux ou trois

ans, à M. Bocher.

--Jeune homme en costume de cour, saluant, le tricorne à la main;

derrière lui un piédestal, où il y a une femme-sphinx sur le dos

de laquelle est assis un amour.

Dessin à la mine de plomb et à la sanguine.

Vente Andreossy.

La maison d'un artiste, Tome 1 · 第 136 / 443 题