DUPLESSIS-BERTAUX (_Jean_). Le dessinateur que l'Empire appelait
son Callot, le dessinateur au dessin mouvementé, incisif, selon
l'expression de M. Renouvier, qui lui reproche avec justesse le parti
pris de ses corps allongés, de ses bras tendus, du théâtral apporté à
ses petites figures. Je possède un dessin intéressant pour l'histoire
de ses débuts. C'est le n° 368 du cabinet du frère de Mme de Pompadour,
un dessin qu'un catalogue postérieur annonce avec cette mention: _fait
à l'âge de 13 ans_[17], et qui, entièrement exécuté dans la manière de
Callot, dont il copiait alors les estampes, est un des plus curieux
dessins historiques pour l'histoire de Paris du XVIIIe siècle: une
composition énorme représentant en 1762, avec tous ses détails, la
Foire Saint-Ovide.
[17] Les biographes le font naître les uns en 1747, les autres
en 1750.
--La Foire Saint-Ovide.
Vue des boutiques établies autour de la place Vendôme et des
théâtres forains adossés au piédestal de la statue de Louis XIV.
Au milieu du passage des carrosses et de la promenade d'une
escouade du guet, nombre de petites figures, parmi lesquelles
il y a des marchandes de fruits, des vendeurs d'orviétan, des
débitants de moulins à vent pour les enfants. Sur la baraque
la plus en vue, on lit ces trois affiches: _Le sieur Nicolet
fera l'ouverture de son théâtre lundi_.--_Aujourd'hui Arlequin
Racolleur suivi d'un grand ballet pantomime._--_La grande troupe
des sauteurs et voltigeurs de corde, la petite Hollandaise
commencera._ On distingue encore sur d'autres baraques:
_Chassinet joueur du Roy._--_Au Caffé royal._--_Magasin de toutes
sortes de vins de Bourgogne et autres._
Dessin à la plume.
Signé dans la marge: FOIRE SAINT-OVIDE. _Dédié à M. le marquis de
Marigny, conseiller du Roy en ses conseils... Dessiné à la plume
par son très humble et très obéissant serviteur Bertaux 1762_.
Vente du marquis de Menars, n° 368.