BEUGNET. Un de ces ignorés dessinateurs, dont je crois que toute
l'existence artistique est révélée par «la Marchande de bouquet et la
Marchande de noix à la guinguette», deux estampes mentionnées dans le
catalogue de Paignon-Dijonval, et la présence dans ma collection, de
deux grandes et mauvaises gouaches, très curieuses pour l'iconographie
de la Révolution. L'une d'elles est incontestablement l'_Ile d'Amour_
de Belleville, bal devenu une mairie, et qui avait conservé, dans sa
cour, le kiosque de treillage de mon dessin, existant encore il y a
une vingtaine d'années. Elles ont encore un intérêt, ces deux gouaches
datées de 1793: elles vous donnent la représentation du bonnet rouge
élégant de ces années, du bonnet, pour ainsi dire, des muscadins du
temps, une espèce de bonnet à la houssarde, au gland tombant sur le
côté, bleu de ciel, bordé d'une large bande rouge.
--Un cabaret de la Courtille sous la Terreur.
La façade est surmontée d'un écusson flanqué de drapeaux,
tricolores et couronné d'un bonnet rouge. Aux tables du jardin,
des femmes, des enfants, des civils, des militaires boivent,
mangent, font l'amour. Sous l'ombre de grands arbres, un
orchestre composé d'un violon, d'un cor, d'une basse, fait danser
une contre-danse à quatre couples. Au premier plan est assis
sur une table un militaire, le casque sur la tête, en habit à
parements rouges, en gilet et en culotte jaunes, en bas bleus.
Gouache.
Signé: _Beugnet, 1793_.