BAUDOUIN (_Pierre-Antoine_). Je ne puis que répéter ce que j'ai déjà
dit: c'est que la gouache de Baudouin n'a rien du petit art fini et
pourléché de Lawreince, mais que ses gouaches sont esquissées dans la
pâte à l'eau, ainsi que Fragonard esquissera, plus tard, ses nudités
dans la pâte à l'huile. Et j'ajouterai que toute gouache finie,
pinochée, qui a perdu le caractère d'esquisse, n'est pas un Baudouin ou
n'est plus un Baudouin. Je vais m'expliquer sur cette dernière phrase.
Il y a un certain nombre de Baudouin qui ont un dessous vrai, mais qui
n'ont que cela, avec une peinturlure bête par dessus, et je citerai la
«Soirée des Thuileries» venant du baron de Saint-Vincent, où il n'y
a plus guère du peintre, à l'heure qu'il est, qu'un peu de la femme
et son gant long; je citerai encore «le Coucher de la mariée» ayant
appartenu à Roqueplan, où la touche de l'artiste n'est plus retrouvable
que sur la garniture de la cheminée. Les gouaches de Baudouin, ces
peintures fragiles, un moment abandonnées à l'humidité des fonds de
magasins et même à la pluie des quais, ont généralement beaucoup
souffert et ont été restaurées pour le goût de ceux qui les achetèrent
bien avant les artistes, pour les vieux _polissons_. Puis au fond il
n'a jamais existé de restaurateur capable de faire revivre l'esprit,
le faire d'ébauche de ces sortes d'ouvrages. Non, disons-le encore,
jamais on ne rencontre chez Baudouin le travail du dessus de tabatière,
le joli peiné de la gouache courante; au contraire, il préfère au
plaisant du métier, aux agréables et fausses colorations du genre,
des couleurs qui visent à la solidité, à l'intensité, à la vérité de
la peinture à l'huile, et les «Soins tardifs», de ma collection,
sont un curieux spécimen du sérieux introduit, dans la gouache, par
l'artiste si maltraité par le vertueux Diderot. Mais s'il y a beaucoup
de Baudouin repeints, il est encore un plus grand nombre de copies
du temps, exécutées dans une coulée sans transparence, sans rupture
de tons, à l'apparence mate et plâtreuse de papier peint, et parmi
lesquels je classerai les gouaches jusqu'ici connues du «Confessionnal»
et du «Catéchisme». Parmi tous les Baudouin que j'ai vus, je ne connais
de Baudouin originaux et sincères, en dehors de ceux catalogués ici,
que sa gouache de réception d'une exécution très faible, le croqueton
du «Fruit de l'Amour secret» gardé dans un carton du Louvre, un second
exemplaire avec différences de «l'Épouse indiscrète» provenant de la
vente du baron Saint-Vincent et possédé par M. Edmond de Rothschild[10].
[10] A la vente Pourtalès, était exposée la gouache de la
composition gravée sous le titre du CURIEUX, mais elle était
exposée au-dessus d'une porte, et il m'a été impossible de la
voir, de manière à la juger.
--Une femme, cachée par un amas de matelas jetés sur un fauteuil,
épiant son mari, qui prend la gorge d'une chambrière, renversée
sur le lit qu'elle était en train de faire.
Gouache.
Gravée en réduction par Simonet, sous le titre: l'ÉPOUSE
INDISCRÈTE. Elle est gravée avec changement: la femme,
agenouillée dans la gravure, est debout dans le dessin.
Provenant de la collection Paignon-Dijonval, dans le catalogue
de laquelle cette composition est cataloguée sous le n° 3542.