H. 32, L. 16.

BAUDOUIN (_Pierre-Antoine_). Je ne puis que répéter ce que j'ai déjà

dit: c'est que la gouache de Baudouin n'a rien du petit art fini et

pourléché de Lawreince, mais que ses gouaches sont esquissées dans la

pâte à l'eau, ainsi que Fragonard esquissera, plus tard, ses nudités

dans la pâte à l'huile. Et j'ajouterai que toute gouache finie,

pinochée, qui a perdu le caractère d'esquisse, n'est pas un Baudouin ou

n'est plus un Baudouin. Je vais m'expliquer sur cette dernière phrase.

Il y a un certain nombre de Baudouin qui ont un dessous vrai, mais qui

n'ont que cela, avec une peinturlure bête par dessus, et je citerai la

«Soirée des Thuileries» venant du baron de Saint-Vincent, où il n'y

a plus guère du peintre, à l'heure qu'il est, qu'un peu de la femme

et son gant long; je citerai encore «le Coucher de la mariée» ayant

appartenu à Roqueplan, où la touche de l'artiste n'est plus retrouvable

que sur la garniture de la cheminée. Les gouaches de Baudouin, ces

peintures fragiles, un moment abandonnées à l'humidité des fonds de

magasins et même à la pluie des quais, ont généralement beaucoup

souffert et ont été restaurées pour le goût de ceux qui les achetèrent

bien avant les artistes, pour les vieux _polissons_. Puis au fond il

n'a jamais existé de restaurateur capable de faire revivre l'esprit,

le faire d'ébauche de ces sortes d'ouvrages. Non, disons-le encore,

jamais on ne rencontre chez Baudouin le travail du dessus de tabatière,

le joli peiné de la gouache courante; au contraire, il préfère au

plaisant du métier, aux agréables et fausses colorations du genre,

des couleurs qui visent à la solidité, à l'intensité, à la vérité de

la peinture à l'huile, et les «Soins tardifs», de ma collection,

sont un curieux spécimen du sérieux introduit, dans la gouache, par

l'artiste si maltraité par le vertueux Diderot. Mais s'il y a beaucoup

de Baudouin repeints, il est encore un plus grand nombre de copies

du temps, exécutées dans une coulée sans transparence, sans rupture

de tons, à l'apparence mate et plâtreuse de papier peint, et parmi

lesquels je classerai les gouaches jusqu'ici connues du «Confessionnal»

et du «Catéchisme». Parmi tous les Baudouin que j'ai vus, je ne connais

de Baudouin originaux et sincères, en dehors de ceux catalogués ici,

que sa gouache de réception d'une exécution très faible, le croqueton

du «Fruit de l'Amour secret» gardé dans un carton du Louvre, un second

exemplaire avec différences de «l'Épouse indiscrète» provenant de la

vente du baron Saint-Vincent et possédé par M. Edmond de Rothschild[10].

[10] A la vente Pourtalès, était exposée la gouache de la

composition gravée sous le titre du CURIEUX, mais elle était

exposée au-dessus d'une porte, et il m'a été impossible de la

voir, de manière à la juger.

--Une femme, cachée par un amas de matelas jetés sur un fauteuil,

épiant son mari, qui prend la gorge d'une chambrière, renversée

sur le lit qu'elle était en train de faire.

Gouache.

Gravée en réduction par Simonet, sous le titre: l'ÉPOUSE

INDISCRÈTE. Elle est gravée avec changement: la femme,

agenouillée dans la gravure, est debout dans le dessin.

Provenant de la collection Paignon-Dijonval, dans le catalogue

de laquelle cette composition est cataloguée sous le n° 3542.

La maison d'un artiste, Tome 1 · 第 38 / 443 题