I.

Pour bien élucider mon sujet, et pour faire constater le livre par ses

pairs, comme on dit quelquefois, je résolus d'opposer forçat à forçat;

je prêtai mon exemplaire à un forçat condamné à mort, et, quand il

l'eut bien lu, bien ruminé, bien absorbé dans le solitaire

confinement où il est encore, j'allai le trouver un jour de loisir, et

je lui demandai de m'analyser en liberté ce qu'il avait éprouvé en

lisant les _Misérables_. Mais, comme ces hommes simples sont aussi les

plus impressionnables et les plus séductibles de tous les hommes, et

en même temps les plus incapables d'analyser en masse un ouvrage de

dix volumes, accumulés d'une main de géant pour mêler le vrai et le

faux, le raisonnement et le sentiment dans un mouvement d'art

inextricable, je lui proposai d'en causer à loisir, et de me permettre

de l'interroger en notant ses réponses. Il se sentit soulagé de la

confusion de ses idées et de l'incertitude de ses jugements par ce

mode de dialogue; et, bien qu'il soit resté sensible, et qu'il soit

devenu homme d'esprit par la longueur de ses détentions, et par ses

pensées retournées en dedans à force de rêveries, il fut heureux de

n'avoir pas à faire lui-même le triage formidable de sensations et de

raisonnements dont il avait eu peur à ma première proposition, et il

me dit: «Parlez, Monsieur; je ne saurais pas parler, mais je saurai

peut-être répondre.»

«--Eh bien! parlons,» lui dis-je, et un dialogue de huit matinées

commença entre nous. Le voici, à peu de chose près, littéral:

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 198 / 228 题