Xénophon, disciple aussi, mais disciple plus sincère et plus littéral
que Platon, parle de Socrate comme d'un philosophe aux yeux duquel les
institutions sociales et politiques n'avaient qu'une importance
très-secondaire, et qui s'occupait infiniment plus d'améliorer les
hommes que de les constituer.
La question pour le vrai Socrate, c'étaient les dieux, ce n'étaient
pas les lois.
Xénophon insinue même formellement que Socrate fut bien moins condamné
à mort pour ses audaces contre la religion de l'État, que pour n'avoir
pas voulu partager assez les rancunes des factions populaires qui lui
reprochaient son indifférence politique.
En lisant attentivement Xénophon, nous avons acquis la presque
certitude que dans les Dialogues, les choses sublimes et simples sont
de Socrate, et les choses sophistiques et alambiquées sont de Platon.
Les _Dialogues_ seront éternellement et justement lus et exaltés pour
ce qui est de Socrate, éternellement et justement réprouvés comme
sophistiques pour ce qui est de Platon.
C'est la traduction faussée d'une belle âme de l'humanité par un bel
esprit d'Athènes.