XXXIX.

Xénophon, disciple aussi, mais disciple plus sincère et plus littéral

que Platon, parle de Socrate comme d'un philosophe aux yeux duquel les

institutions sociales et politiques n'avaient qu'une importance

très-secondaire, et qui s'occupait infiniment plus d'améliorer les

hommes que de les constituer.

La question pour le vrai Socrate, c'étaient les dieux, ce n'étaient

pas les lois.

Xénophon insinue même formellement que Socrate fut bien moins condamné

à mort pour ses audaces contre la religion de l'État, que pour n'avoir

pas voulu partager assez les rancunes des factions populaires qui lui

reprochaient son indifférence politique.

En lisant attentivement Xénophon, nous avons acquis la presque

certitude que dans les Dialogues, les choses sublimes et simples sont

de Socrate, et les choses sophistiques et alambiquées sont de Platon.

Les _Dialogues_ seront éternellement et justement lus et exaltés pour

ce qui est de Socrate, éternellement et justement réprouvés comme

sophistiques pour ce qui est de Platon.

C'est la traduction faussée d'une belle âme de l'humanité par un bel

esprit d'Athènes.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 155 / 228 题