XXV.

La nature a donné à la mère un admirable instinct d'amour pour

l'enfant sorti de son sein, formé de son sang, et à qui la nature a

préparé, avant de l'appeler au jour, un berceau tiède et un lait

nourrissant sur le sein de la femme. Cet instinct d'amour, qui se

satisfait d'abord providentiellement pour l'enfant par le soulagement

que la mère éprouve à donner son lait, devient ensuite une habitude de

tendresse maternelle qui transforme l'attrait physique en sollicitude

morale, et qui attache la mère à l'enfant et l'enfant à la mère, comme

la branche au bourgeon, comme le fruit à la tige.

Une mère est une providence innée que chaque enfant trouve d'avance

couchée près de son berceau, debout près de sa jeunesse. Que pourrait

inventer de mieux un législateur, s'il avait la nature à sa

disposition et s'il était chargé de perpétuer et de moraliser l'espèce

humaine? Nous défions les utopistes d'inventer un plus beau et plus

doux poëme que celui-là!

Eh bien, que fait Platon? Il bouleverse à l'instant ce divin poëme de

la maternité; il défend à la mère de connaître son enfant, à l'enfant

de se suspendre à la mamelle de sa mère; il condamne celle-ci à subir

les souffrances de la gestation et de l'enfantement, à faire tarir

dans son sein le lait providentiel qui demande à couler ou qui reflue

avec fièvre et danger de mort au coeur de la mère.

Il enrôle à prix d'argent une bande de nourrices mercenaires,

fécondées on ne sait par qui ni comment, et il charge cette cohue

d'allaiteuses prostituées, sous la direction de matrones

indifférentes, de nourrir et d'élever en commun la génération future

de son peuple.

Personne n'aura ainsi ni père ni mère; personne ne sera ni mère ni

père, à son tour; égalité d'abandon, de misère et d'ignorance de son

origine! C'est-à-dire, en deux mots, qu'il faut un troupeau au lieu

d'une humanité.

Pire qu'un troupeau, car dans le troupeau le petit tette, connaît et

caresse sa mère; mais le petit de l'homme et de la femme sucera le

sein de l'étranger et ne connaîtra que le lait vénal de la nourrice

mercenaire payée par l'État.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 141 / 228 题