La communauté des femmes et des enfants, ce scandale de la raison et
ce sacrilége contre la nature, est un des fondements de sa société.
Écoutez, non plus ce rêve, mais ce délire philosophique, hélas! aussi
renouvelé de nos jours par des hommes qui ne se croient philosophes
que quand ils ont cessé d'être hommes:
«Les hommes, nés et élevés comme nous avons dit, n'ont rien de mieux à
faire, selon moi, touchant la possession et l'usage des femmes et des
enfants, qu'à suivre la route que nous avons tracée en commençant. Or
nous avons représenté les hommes comme les gardiens d'un troupeau.
«--Oui.
«--Suivons cette idée, en donnant aux enfants une naissance et une
éducation qui y répondent, et voyons si cela nous réussira ou non.
«--Comment?
«--Le voici. Croyons-nous que les femelles des chiens doivent veiller
comme eux à la garde des troupeaux, aller à la chasse avec eux, et
faire tout en commun, ou bien qu'elles doivent se tenir au logis,
comme si la nécessité de faire des petits et de les nourrir les
rendait incapables d'autre chose, tandis que le travail et le soin des
troupeaux seront le partage exclusif des mâles?
«Nous voulons que tout soit commun. Seulement, dans les services
qu'on réclame, on a égard à la faiblesse des femelles et à la force
des mâles.»
Il veut que les femmes, jeunes et vieilles, soient exercées à la
gymnastique, devant le peuple, dans la nudité des athlètes. Des
instincts de la nature il ne conserve pas même la pudeur!
Il veut que le magistrat accouple les hommes et les femmes les plus
parfaits physiquement et moralement pour produire des enfants
perfectionnés: «Il faut, dit-il, élever les enfants de ces couples
parfaits, et non ceux des couples viciés.»
Il veut que les magistrats maintiennent, par des mesures restrictives,
la population de l'État toujours au même niveau.