XXVII.

L'esclave entre, portant la coupe.

«Fort bien, mon ami, lui dit Socrate; mais que faut-il que je fasse?

c'est à toi de me l'apprendre.

«--Pas autre chose, lui répondit cet homme, que de te promener quand

tu auras bu, jusqu'à ce que tu sentes tes jambes lourdes, et alors de

te coucher sur ton lit.»

Et en même temps il lui tendit la coupe.

Socrate la prit avec la plus parfaite impassibilité, sans aucune

émotion, sans changer ni de couleur ni de visage; mais, regardant cet

homme d'un regard ferme et assuré comme à son ordinaire:

«Dis-moi, est-il permis de répandre un peu de ce breuvage pour en

faire une libation?

«--Socrate, lui répondit l'homme, nous n'en broyons que ce qu'il est

nécessaire d'en boire.

«--J'entends, dit Socrate; mais au moins il est permis et il est juste

de faire ses prières aux dieux, afin qu'ils bénissent notre voyage et

le rendent heureux; c'est ce que je leur demande; puissent-ils exaucer

mes voeux!..» Après avoir dit cela, il porta la coupe à ses lèvres, et

la but avec une tranquillité et une douceur incomparables.

Les sanglots des disciples éclatent à ce moment; Phédon s'enveloppe la

tête de son manteau pour cacher ses larmes; Criton, ne pouvant les

retenir, sort; Apollodore jette des gémissements et des cris.

«Que faites-vous, dit Socrate, ô mes bons amis? N'était-ce pas pour

éviter ces faiblesses que j'avais écarté les femmes? car j'ai toujours

entendu dire qu'il faut mourir sur de bonnes paroles.»

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 108 / 228 题