SA VIE.

Quand Flora reniait jusqu'à la Providence,

Et qu'après l'impudeur vint l'âge d'impudence

Et des amants qu'elle a trahis;

Il lui restait encor, tout meurtri de sa cage,

Un oiseau de boudoir, regrettant le bocage,

Et qui meurt du mal du pays.

Elle ne l'aimait plus, c'était gênant pour elle,

D'avoir à son oreille un cri de tourterelle

Et d'entendre la nuit, le jour,

Les reproches que font aux femmes inconstantes

Les oiseaux amoureux, dont les voix haletantes

Se plaignent des torts de l'Amour.

Alors on m'apporta l'amour de tous les âges,

La colombe des saints, des vierges et des sages,

Messager providentiel

Qui de tout temps, oiseau plus sacré que les autres,

Va, du front de Jésus aux lèvres des apôtres,

Porter les messages du ciel.

La colombe malade et les paupières closes

Posa sur mes deux doigts ses deux petits pieds roses.

Eh! d'où viens-tu, pour m'enchanter.

Bel oiseau d'Orient, lui dis-je, et de l'Aurore?

Et du dernier soupir qui lui restait encore,

Le mourant se mit à chanter.

Depuis ce jour et tous les jours que Dieu fait naître

Elle n'a plus quitté ma chambre ou ma fenêtre.

Tous les matins à son réveil,

Esclave de son coeur, mais libre de ses ailes,

Les ouvre comme deux éventails de dentelle

Et les étend à son soleil.

Son parc a quatre murs, et sa verte prairie

Fleurit depuis dix ans sur ma tapisserie.

Sans volière et sans pigeonnier,

N'ayant rien et pas même une cage où la mettre,

Je lui dis: vole, et prends chez moi comme ton maître,

La liberté d'un prisonnier.

Chaste, elle entend gémir les tendres hirondelles,

Les passereaux légers, les ramiers infidèles,

Mais en repousse les aveux.

Elle sait que je l'aime, et, pour ma récompense,

Elle vient sur mon front, comme un oiseau qui pense,

Faire son nid dans mes cheveux.

On redevient enfant, dit-on, quand on est père,

On passerait sa vie à faire sa prière

À genoux devant un berceau.

Ayez une colombe, et n'importe laquelle,

En vivant avec elle, en jouant avec elle,

Avec elle on devient oiseau.

Ainsi quand je suis seul, ainsi quand je m'attriste

Des misères de l'art et du métier artiste,

Écrire, alors m'est odieux.

Elle vient sur ma page, et m'empêche d'écrire,

Et bat de l'aile, et part d'un long éclat de rire

Qui nous fait rire tous les deux.

Elle se dit: Voilà mon ami qui travaille.

Et vole sur les toits chercher un brin de paille,

Ou bien quelque autre chose ailleurs,

Et vient le déposer au milieu d'un poëme,

Sur les vers que je lis d'un poëte que j'aime,

Et souvent ce sont les meilleurs.

Son luxe, c'est d'avoir sans cesse, toujours pleine,

Sa baignoire, et plein d'eau son plat de porcelaine,

Elle y plonge, et me fait soudain,

Son lac au fond des bois, dont la source remonte

Aux jardins de Paphos, de Gnide et d'Amathonte,

Du Nil, du Gange et du Jourdain.

Agitez un mouchoir, le blanc c'est son symbole,

Elle décrit dans l'air la même parabole,

Et vient chanter sur votre main.

Un bouquet dans un vase, ou sur la cheminée,

Le matin elle y fait son lit de la journée,

Et le soir, jusqu'au lendemain.

Comme un ruisseau limpide, Ève amoureuse d'Ève

Son amour idéal, l'autre amour qu'elle rêve

Elle l'a vu dans un miroir,

Et donne à son image, inquiète et jalouse,

Tous les baisers d'amante et jamais ceux d'épouse,

Comme l'amour qui vit d'espoir.

Elle est devant sa gloire et devant son image,

Elle la trouve belle, elle lui rend hommage,

Mais elle garde son honneur.

Et douze fois par jour, sur son trône de reine,

Elle écoute à ses pieds ma pendule d'ébène,

Sonner douze heures de bonheur.

Mais quel nom te donner, bel oiseau sans mélange,

Pur comme les esprits, ailé comme les anges?

Je ne sais comment te nommer.

Pour l'homme de prière et pour l'homme d'étude

La colombe au désert, Dieu dans la solitude,

Leur nom? C'est le besoin d'aimer.

À moins qu'un noir vautour, ou quelque oiseau d'Asie,

Ou l'oubli de son maître, ou de la poésie,

Ou les romans qu'elle aura lus,

Ne l'enlèvent aussi pour être malheureuse,

Et passer de l'amour à la vie amoureuse

Jusqu'à ce qu'elle n'aime plus,

Je te garde, et je dis ce que disent tes mères

Aux ramiers pétulants des amours éphémères:

Allez, allez, mes beaux ramiers,

Outre l'oiseau perdu, je crains encore l'épreuve,

Qui me la prendrait vierge et me la rendrait veuve,

Cherchant son grain sur vos fumiers!

À celui qui mourra le premier! si c'est elle,

Je voudrais lui promettre une gloire immortelle,

Comme son immortel amour;

Si c'est moi, qu'elle pleure une nuit sur ma tombe

Et qu'on dise: On a vu son âme et sa colombe

Qui s'envolaient au point du jour.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 66 / 228 题