Mais, à mesure que M. de Marcellus avançait en âge, il s'élevait plus
haut que ses travaux pittoresques sur la Grèce moderne et populaire.
L'âme totalement dégagée de l'esprit de parti, et se remettant
entièrement à la Providence du sort de sa cause, il se contentait de
rester fidèle pour lui-même, et ne s'inquiétait plus des fidélités ou
des infidélités des autres. Il vivait hors du monde des événements; et
se plongeait de plus en plus dans les études et dans les spéculations
de la haute philosophie de l'ancienne Grèce.
C'est alors qu'il publia ses six volumes de la traduction de _Nonnos_,
travail obstiné, mais malheureux. Qu'importait au monde actuel un
poëme épique de plus sur les exploits de Bacchus, chanté après coup
par un Grec chrétien, comme un écho mort que chanterait une croyance
finie? Travail pour l'Académie des inscriptions plus que pour son
temps.
Mais, peu d'années avant sa mort, il s'éleva, comme helléniste, comme
savant et comme poëte, à des oeuvres plus utiles et infiniment plus
belles que tout ce qu'il avait fait jusque-là en littérature. Nous
voulons parler de son dernier ouvrage, à peine publié, non encore
connu, saisi par la mort sur le seuil de sa publicité: _les Grecs
anciens et les Grecs modernes_; ouvrage très-neuf, très-original et
très-philosophique en même temps que très-poétique; trésor véritable
découvert par lui dans les littératures presque fabuleuses de
l'arrière-Grèce.
Le premier morceau de ce beau recueil, exhumé du mont Athos, de l'île
savante de Rhodes, des mystères de la Thrace, c'est le poëme de _Médée
et Nausicaé_ sur le Bosphore, par Apollonius de Rhodes, auteur
_argonautique_.