Monsieur,
Voici le Voyage dont on vous a parlé, & que vous avez
souhaité de voir. Il m'est tombé entre les mains par une
espéce de hazard que je vous raconterai une autrefois; mais
dès que je l'eûs commencé, je ne pûs le quitter qu'après
l'avoir lû d'un bout à l'autre. J'y ai trouvé tant de choses
agréables & intéressantes, & tant de choses instructives sur
plusieurs matiéres de Philosophie, que j'ai été
très-satisfait de cette lecture. Plusieurs de mes Amis, Gens
d'esprit & de savoir, ne l'ont pas été moins que moi; ainsi
je m'assure, MONSIEUR, que vous le lirez avec le même
plaisir.
Je vous avouë qu'à la premiére lecture, je soupçonnois que
l'Auteur s'étoit servi du privilége des Voyageurs, en mêlant
à sa Relation un peu de Romanesque: mais après une seconde
lecture, & un examen plus particulier, je n'y ai rien trouvé
que de fort naturel & de très-vraisemblable. Et cet air de
candeur & de bonté qu'on trouve par tout dans ce bon
Vieillard qui en est l'Auteur, a achevé de me convaincre.
Il y a des endroits dans certaines conversations sur des
matiéres de Religion, qui m'ont paru d'abord un peu forts:
mais les ayant examinez de plus près, & voyant que l'Auteur,
qui a toûjours tenu ferme pour sa Religion, en a fait voir
presque toûjours la foiblesse ou la fausseté, j'ai crû
qu'il n'y auroit rien qui pût ébranler un homme bien
instruit dans la Foi Chrétienne, qui est, Dieu merci; assez
bien fondée pour ne rien craindre des attaques Libertins ou
des Infidéles. Ainsi nous n'avons pas besoin d'employer
d'indignes artifices, pour cacher la force des raisonnemens
qu'on fait contre nous, comme si nous avions une mauvaise
cause à défendre.
Je suis, &c.