Altesse de Castille, altesse d'Aragon,
Roi, reine! ô notre maître, et vous, notre maîtresse,
Nous, vos tremblants sujets, nous sommes en détresse,
Et, pieds nus, corde au cou, nous prions Dieu d'abord,
Et vous ensuite, étant dans l'ombre de la mort,
Ayant plusieurs de nous qu'on va livrer aux flammes,
Et tout le reste étant chassé, vieillards et femmes,
Et, sous l'œil qui voit tout du fond du firmament,
Rois, nous vous apportons notre gémissement.
Altesses, vos décrets sur nous se précipitent,
Nous pleurons, et les os de nos pères palpitent;
Le sépulcre pensif tremble à cause de vous.
Ayez pitié. Nos cœurs sont fidèles et doux;
Nous vivons enfermés dans nos maisons étroites,
Humbles, seuls; nos lois sont très simples et très droites,
Tellement qu'un enfant les mettrait en écrit
Jamais le juif ne chante et jamais il ne rit.
Nous payons le tribut, n'importe quelles sommes.
On nous remue à terre avec le pied; nous sommes
Comme le vêtement d'un homme assassiné,
Gloire à Dieu! Mais faut-il qu'avec le nouveau-né,
Avec l'enfant qu'on tette, avec l'enfant qu'on sèvre,
Nu, poussant devant lui son chien, son bœuf, sa chèvre,
Israël fuie et coure épars dans tous les sens!
Qu'on ne soit plus un peuple et qu'on soit des passants!
Rois, ne nous faites pas chasser à coups des piques,
Et Dieu vous ouvrira des portes magnifiques.
Ayez pitié de nous. Nous sommes accablés.
Nous ne verrons donc plus nos arbres et nos blés!
Les mères n'auront plus de lait dans leurs mamelles!
Les bêtes dans les bois sont avec leurs femelles,
Les nids dorment heureux sous les branches blottis,
On laisse en paix la biche allaiter ses petits,
Permettez-nous de vivre aussi, nous, dans nos caves,
Sous nos pauvres toits, presque au bagne et presque
esclaves,
Mais auprès des cercueils de nos pères! daignez
Nous souffrir sous vos pieds de nos larmes baignés!
Oh! la dispersion sur les routes lointaines,
Quel deuil! Permettez-nous de boire à nos fontaines
Et de vivre en nos champs, et vous prospérerez.
Hélas! nous nous tordons les bras, désespérés!
Epargnez-nous l'exil, ô rois, et l'agonie
De la solitude âpre, éternelle, infinie!
Laissez-nous la patrie et laissez-nous le ciel!
Le pain sur qui l'on pleure en mangeant est du fiel.
Ne soyez pas le vent si nous sommes la cendre.
Voici notre rançon, hélas! daignez la prendre.
Ô rois, protégez-nous. Voyez nos désespoirs.
Soyez sur nous, mais non comme des anges noirs;
Soyez des anges bons et doux, car l'aile sombre
Et l'aile blanche, ô rois, ne font pas la même ombre.
Révoquez votre arrêt. Rois, nous vous supplions
Par vos aïeux sacrés, grands comme les lions,
Par les tombeaux des rois, parles tombeaux des reines,
Profonds et pénétrés de lumières sereines,
Et nous mettons nos cœurs, ô maîtres des humains,
Nos prières, nos deuils dans les petites mains
De votre infante Jeanne, innocente, et pareille
À la fraise des bois où se pose l'abeille.
Roi, reine, ayez pitié!
After the sublime and inexpressible pathos of this appeal from age and
innocence against the most execrable of all religions that ever infected
earth and verified hell, it would have been impossible for any poet but
one to find expression for the passion of unselfish faith in that
infernal creed which should not merely horrify and disgust us. But when
Hugo brings before us the figure of the grand inquisitor in
contemplation of the supreme act of faith accomplished in defiance of
king and queen to the greater glory of God, for the ultimate redemption
of souls else condemned to everlasting torment, the rapture of the
terrible redeemer, whose faith is in salvation by fire, is rendered into
words of such magical and magnificent inspiration that the conscience of
our fancy is well nigh conquered and convinced and converted for the
moment as we read.