13 avril 1843.

Il devient maintenant inutile de parler de l'immense concours

qu'attirent ces réunions. Quelque vaste que soit le théâtre de

Drury-Lane, il est à notre connaissance qu'un grand nombre de

personnes n'ont pu être admises. Le bruit s'étant répandu qu'il n'y

aurait pas d'autres meetings jusqu'après les fêtes de Pâques, une

foule considérable affluait dans les rues adjacentes. Il nous a semblé

que les dames étaient plus nombreuses que dans les occasions

précédentes, et l'assemblée présentait un air de distinction bien

propre à soutenir le caractère de ces meetings, qui est de représenter

la classe moyenne. Nous avons remarqué sur la plate-forme un grand

nombre de membres du Parlement.

Le président annonce qu'il n'y aura pas de réunion la semaine

prochaine. Dans l'intervalle, les membres de la Ligue se

disperseront dans le pays pour exciter cette _agitation_ dont les

résultats sont sensibles à Londres. Il rend compte de plusieurs

meetings tenus dans les comtés par les adversaires et par les

partisans de la liberté commerciale, et particulièrement de celui de

Somerset, dans lequel se sont fait entendre MM. Cobden, Bright et

Moore. De semblables réunions auront lieu successivement dans chaque

comté du royaume tous les samedis. M. Cobden s'est engagé à y

assister. (Bruyantes acclamations.) Ce système d'agitation ne sera

plus abandonné tant qu'il restera à visiter un coin du territoire.

Nous commençons à éprouver les bons effets de la distribution des

brochures dans les districts agricoles. La faiblesse de nos

adversaires y devient visible. Nous sommes déterminés à porter la

guerre jusque dans leurs propres citadelles, et à arracher de leurs

mains cette influence politique dont ils ont tant abusé.

(Acclamations.) Vous aurez le plaisir d'entendre ce soir mon

excellent ami, le docteur Bowring, m. P. (applaudissements), ensuite

M. Elphinstone, m. P. (applaudissements), et enfin votre estimable

concitoyen, le révérend John Burnet. (Bruyantes acclamations.) Avant

la clôture de la séance, M. Heyworth, de Liverpool, vous soumettra

une proclamation qui a été approuvée par le conseil de la Ligue, et

que nous nous proposons d'adresser au peuple d'Angleterre.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Le docteur BOWRING se lève au bruit des applaudissements

enthousiastes. L'honorable gentleman s'exprime en ces termes:

Ladies et gentlemen: Il est permis d'éprouver quelque embarras et

quelque anxiété en présence d'un auditoire aussi imposant. Quant

à moi, qui ai vu les commencements de la Ligue et ses premiers

combats, quand je compare cette multitude assemblée avec le petit

nombre d'hommes qui résolurent d'éveiller l'attention publique

sur cette grave question, et de renoncer à tout repos jusqu'à ce

qu'ils eussent vaincu le grand abus dont ils voyaient souffrir

leurs concitoyens, je vous assure, mes amis, que je me sens

encouragé, car j'éprouve que d'honorables et vertueux efforts

trouvent toujours une digne récompense. (Applaudissements.) Nous

avons tous une mission qui nous a été confiée par la Providence.

Comme hommes, comme chrétiens, comme citoyens, nous avons des

devoirs à remplir. La femme aussi a sa mission, sa haute et

sainte mission! Sa présence dans cette enceinte nous prouve

qu'elle en comprend toute l'étendue et qu'elle se sent appelée à

porter l'efficace tribut de son concours dans la grande lutte où

nous sommes engagés. (Bruyantes acclamations.) Les peuples ont

aussi leur mission; et l'Angleterre, la plus grande des

nations,--l'Angleterre, qui possède plus de pouvoir et

d'influence qu'il n'en avait jamais été confié à aucune

association d'êtres humains,--l'Angleterre, plus grande que la

Phénicie, alors que Tyr et Sidon remplissaient le monde du bruit

de leur renommée,--cette noble Angleterre, qui étend ses bras

jusqu'aux extrémités du globe, qui a fait pénétrer son influence

parmi les hommes de tous les climats, de toutes les races, de

toutes les langues, de toutes les religions,--l'Angleterre a

aussi la plus haute et la plus noble des missions, celle

d'enseigner au monde que le commerce doit être libre

(acclamations),--que tous les hommes sont faits pour s'aimer et

s'entr'aider les uns les autres,--pour se communiquer

réciproquement les avantages et les bienfaits divers qui leur ont

été départis par la nature,--pour vivre en bon voisinage comme

des frères, sans égard aux fleuves ou aux montagnes qui les

séparent. Oui, c'est la mission de l'Angleterre de montrer aux

hommes qu'ils remplissent un devoir commun, qu'ils font un moral

usage des prérogatives qui leur ont été conférées par la

Providence, qu'ils témoignent de leur fraternité comme enfants

d'un même père, lorsqu'ils consacrent leurs efforts à émanciper

le travail, lorsqu'ils ouvrent toute la terre aux libres et

amicales communications des peuples, lorsqu'ils renversent ces

barrières élevées, non dans l'intérêt de tous, mais dans

l'intérêt du petit nombre, dans le sinistre intérêt d'une

aristocratie qui, pour le malheur de l'humanité, ayant usurpé le

pouvoir législatif, n'en usa jamais que dans des vues égoïstes et

personnelles. (Applaudissements.) Que si les peuples ont leur

mission, les cités ont aussi la leur. Birmingham a _agité_ pour

le bill de réforme électorale, pour l'émancipation politique de

l'Angleterre. (Acclamations.) Manchester s'est levée à son tour

pour l'accomplissement d'un devoir plus élevé, d'une oeuvre plus

grande et plus sainte; Manchester s'est levée pour émanciper le

monde industriel; et Manchester,--honneur à cette cité!--a

produit des hommes dignes que cette sublime mission leur fût

confiée! (Acclamations prolongées.) Mes amis, je l'ai déjà dit,

nous ne représentons point ici un égoïste et sinistre intérêt.

Les doctrines que nous enseignons ici n'intéressent pas nous

seuls, elles intéressent toute la grande confraternité humaine;

car la voix de l'Angleterre, cette voix majestueuse, quand elle

s'élève, retentit jusqu'aux confins de la terre, et les vérités

que nous proclamons, revêtues de notre belle langue, sont portées

sur les ailes de tous les vents du ciel. (Applaudissements.) J'ai

devant moi un document venu de la Chine, cette terre fleurie du

Céleste Empire; il est rempli des opérations de la Ligue.

(Acclamations.) Là, vous avez fondé un nouveau pouvoir; vous avez

porté la terreur de votre nom au milieu d'un peuple innombrable,

et que vous dit l'écho qui revient de ce lointain pays? Il vous

dit: Si vous voulez tirer parti de votre influence, affranchissez

votre commerce, mettez-nous à même d'échanger avec vous, réalisez

les opinions que votre premier ministre a proclamées devant votre

Chambre des communes; prouvez-nous que lorsque sir Robert Peel a

déclaré que «acheter à bon marché et vendre cher, était la

politique du sens commun,» il croyait à ses propres paroles;

faites pénétrer dans vos lois cette théorie qu'il a exaltée comme

celle de tout homme consciencieux et de toute nation intelligente

et honnête. (Applaudissements.) J'ai encore devant moi une longue

lettre d'Ava, le royaume du seigneur au pied d'or et de

l'éléphant blanc, et cette lettre m'annonce que ce qui se passe

en Angleterre produit une telle excitation dans ces lointaines

contrées, que l'on s'y est soulevé contre les monopoles. Le

peuple s'est aperçu que son souverain le pille sous prétexte de

le protéger, et il est en train de lui donner une leçon qui

promet des modifications dans les conseils de l'empire. (Rires et

applaudissements.) Voyez l'Égypte! Il y a dans cette assemblée

des hommes distingués venus des bords du Nil. Ils désirent savoir

si on laissera enfin les surabondantes productions de cette terre

privilégiée venir rassasier le peuple affamé de l'Angleterre. Les

patriarches des anciens temps descendirent en Égypte pour y

trouver du soulagement contre les maux de la famine, à une époque

que nous qualifions de barbare, et cependant aucune loi n'empêcha

les fils de Jacob d'aller sur les rives du Nil, et de rapporter

en Palestine la nourriture dont ils avaient besoin. Au temps de

la révélation mosaïque, et même dans les temps antérieurs, aucun

obstacle ne s'opposait à ces communications. Sera-t-il dit que le

christianisme a laissé dégénérer les hommes au-dessous du niveau

moral auquel ils étaient parvenus dès ces temps reculés! Est-ce

ainsi que nous devons appliquer le commandement de faire aux

autres ce que nous voudrions qui nous fût fait? Est-ce là

l'interprétation que nous donnons à la plus sublime de toutes les

leçons: «Aimez-vous les uns les autres comme des frères?» Ah!

l'enseignement du monopole est: «Haïssez-vous, dépouillez-vous

les uns les autres.» (Bruyantes acclamations.)--Mais la liberté

du commerce enseigne une tout autre doctrine. Elle introduit

parmi les hommes et dans leurs transactions journalières la

religion de l'amour. La liberté du commerce, j'ose le dire, c'est

le christianisme en action. (Applaudissements.) C'est la

manifestation de cet esprit de bénignité, de bienveillance et

d'amour qui cherche partout à éloigner le mal, qui s'efforce en

tous lieux d'augmenter le bien. (Immenses acclamations.)--On

parle de l'Orient. Il a été dans ma destinée d'errer parmi les

ruines de ces anciennes cités auxquelles je faisais tout à

l'heure allusion. J'ai vu les colonnes de Tyr dans la poussière.

J'ai vu ce port vers lequel affluaient jadis les vaisseaux de ses

marchands fastueux, princes et dominateurs de la terre, vêtus de

pourpre et de lin, et maintenant, il n'y a pas une colonne qui

soit restée debout; elles sont cachées sous le flot et sous le

sable; la gloire s'est exilée de ces lieux!--Et qui en a

recueilli l'héritage? qui, si ce n'est les enfants de

l'Angleterre? Quand je compare ces vicissitudes et ces destinées,

quand je me rappelle qu'au temps de la prospérité de Tyr et de

Sidon, au temps où la Phénicie représentait tout ce qu'il y avait

de grand et de glorieux sur la terre, notre île n'était qu'un

désert habité par une poignée de sauvages, je puis bien me

demander à quelle cause l'une doit son déclin, et l'autre sa

prodigieuse élévation. C'est le commerce qui nous a faits grands;

c'est le travail de nos mains industrieuses qui a élevé notre

puissance. L'industrie a créé nos richesses, et nos richesses ont

créé cette influence politique qui attire sur nous les regards de

l'humanité. Et maintenant le monde se demande quel enseignement

nous allons lui donner. Ah! nous n'avons que trop disséminé sur

le globe des leçons de folie et d'injustice! Le temps n'est-il

pas venu où il est de notre devoir de donner des leçons de vertu

et de sagesse?--Et cette cité,--cette cité qui dans ces temps

reculés échappait aux regards de la renommée; cette cité qui

surpasse par le nombre des habitants plusieurs des nations et

royaumes qui se sont fait un nom dans l'histoire,--ne

voudra-t-elle pas aussi se montrer digne de sa destinée?

(Applaudissements.) Non, elle ne restera pas en arrière.

(Nouveaux applaudissements.) Des réunions comme celle-ci ne

laissent aucune incertitude, et répondent éloquemment à ceux qui

disent que la Ligue travaille en vain, qu'elle se lassera de son

oeuvre, et que le monopole peut dormir en paix à l'ombre du

mancenillier qu'il a planté sur le sol de la patrie. Oh! qu'il ne

compte pas sur un tel avenir! Si l'effort que nous faisons

maintenant, pour affranchir le commerce, le travail et l'échange,

ne suffit pas, nous en ferons un plus grand (acclamations), et

puis un plus grand encore. (Tonnerre d'applaudissements.) Nous

creuserons de plus en plus la mine sous le temple du monopole;

nous y amoncellerons de plus en plus les matières explosibles,

jusqu'à ce que le Parlement en approche l'étincelle fatale, et

que l'orgueilleux édifice vole en éclats dans les airs. Alors de

libres relations existeront entre toutes les nations de la terre,

et ce sera la gloire de l'Angleterre d'avoir ouvert la noble

voie. S'il fallait des exemples pour prouver les fatales

conséquences du monopole, l'histoire nous en fournirait de toutes

parts. Considérez les plus belles portions du globe. Voyez

l'Espagne. Vous avez entendu parler de ses fleuves, qui, selon

les poëtes, roulent des sables d'or; vous avez entendu parler de

ses riches vallées, de ses huiles, de ses vins et de ses

troupeaux; vous avez entendu raconter ses gloires navales et

militaires, alors que ses grands hommes, marchant de conquêtes en

conquêtes, ajoutaient des mondes entiers aux domaines de ses

souverains. L'Espagne ne manifesta pas moins sa supériorité

intellectuelle par la voix de ses poëtes, de ses fabulistes et de

ses romanciers. Et maintenant qu'est-elle devenue? Vainement elle

a subjugué un monde, planté ses bannières au nord et au sud des

continents américains, acquis des îles innombrables, rapporté de

l'hémisphère occidental des trésors qu'elle ne comptait pas,

exercé en Europe une prépondérance à laquelle aucune nation

n'était parvenue,--l'Espagne a adopté le système prohibitif et

protecteur, et la voilà plongée dans l'ignorance et la

désolation. (Applaudissements.) Ses marchands sont des fraudeurs,

ses négociants des contrebandiers; et ces grandes cités, d'où

s'élancèrent les Pizarre et les Cortez, voient l'herbe croître

dans leurs rues et le lézard familier se réchauffer sur leurs

murs.--Reportez maintenant vos regards vers une autre contrée à

qui la nature avait refusé tant d'avantages. Regardez la

Hollande, votre voisine. Son sol est placé au-dessous du niveau

de la mer; il n'a pu être arraché aux flots de l'Atlantique que

par la plus haute intelligence et la plus active industrie, unies

au plus ardent patriotisme. Mais la Hollande a découvert le

secret de la grandeur des nations: la liberté. Par la liberté du

commerce, bientôt elle soumit, dompta, enchaîna l'Espagne; et

tant qu'elle fut fidèle à ses principes, tant qu'elle professa et

mit en pratique les doctrines de ses grands hommes, elle fut,

malgré ses étroites limites, assez influente pour être comptée

parmi les plus puissantes associations humaines. Et voyez

combien, dans des régions éloignées, la tradition porte haut le

nom de la Hollande! Parmi les importations récemment arrivées de

la Chine, se trouve un exemplaire de la géographie enseignée dans

les écoles du Céleste Empire. Comment croyez-vous qu'on y décrit

l'Angleterre? le voici: «L'Angleterre est une petite île de

l'Occident, subjuguée et gouvernée par les Hollandais.» (Hilarité

prolongée.) D'après cette exhibition de l'état de l'instruction

en Chine, vous ne serez point surpris que l'Empereur ait été

saisi d'une inconcevable stupéfaction, lorsque son commissaire

Ke-Shen lui apprit qu'une poignée de ces barbares avait mis en

déroute la plus forte armée qu'il lui eût été possible de

rassembler. Vous vous rappelez qu'il ordonna que Ke-Shen fût scié

en deux quand celui-ci arriva avec la malencontreuse nouvelle.

Mais je ne doute pas qu'avant que la présente année ait fini son

cours, une nouvelle géographie, ou du moins une édition revue et

corrigée ne soit introduite dans les écoles du Royaume du Milieu.

(Rires et applaudissements.)--Portez maintenant vos yeux vers

l'Italie; il n'est pas de pays plus fertile en utiles

enseignements. Ses pieds sont baignés par la Méditerranée, tous

ses habitants ont une commune origine; mais les uns sont livrés

aux bienfaisantes influences de la liberté commerciale, tandis

que les autres reçoivent les secours et la protection du

monopole. Comparez la situation de la Toscane à celle des États

Pontificaux. En Toscane, tout présente l'aspect d'une riante

félicité.--Le coeur s'y réjouit à la vue d'une population

satisfaite, d'une moralité élevée, d'un commerce florissant et

d'une production toujours croissante; car depuis le temps de

Léopold, elle a été fidèle aux principes posés par cet admirable

souverain.--Passez la frontière.--Entrez dans les États Romains.

C'est le même sol, le même climat, le même soleil radieux et

vivifiant; ce sont les mêmes puissances de production; les hommes

s'y vantent d'une plus haute origine, et s'y proclament avec

orgueil les fils des plus illustres héros qui aient jamais foulé

la surface de ce globe. Je me rappelle avoir été introduit auprès

du Pape par son secrétaire qui se nommait Publio-Mario. Il

affirmait descendre de Publius-Marius, et il vivait, disait-il,

sur les mêmes terres que ses ancêtres occupaient avant la venue

de Jésus-Christ. (Rires.) Eh bien! dans quel état est l'industrie

de Rome? Pourriez-vous croire qu'à l'heure qu'il est, sous le

régime protecteur, les Romains foulent la laine de leurs pieds

nus, et que les moulins à farine sont d'un usage peu répandu dans

les États du Pape infaillible?

En fait, que faut-il entendre par l'émancipation du commerce?

Pourquoi combattons-nous? pourquoi sommes-nous réunis? Nous

voulons donner à tout homme, à tout ouvrier, à toute entreprise,

les plus grandes raisons possibles de marcher de perfectionnement

en perfectionnement. Nous désirons que les Anglais disent au

monde: «Nous n'appréhendons rien dans la carrière où nous

entrons. Nous ne demandons qu'à être délivrés des liens qui

pèsent sur nos membres. Brisez ces chaînes; et nous, race de

Saxons, nous qui avons porté notre langue, la langue de

Shakespeare et de Milton aux quatre coins de la terre; nous qui

avons enseigné le grand droit de représentation au monde altéré

de liberté; nous qui avons semé des nations destinées à nous

surpasser nous-mêmes en nombre, en puissance, en gloire et en

durée, nous ne craignons aucune rivalité (bruyants

applaudissements), pourvu, car il faut toujours en venir à cette

simple proposition, que nous soyons libres de _vendre aussi cher

et d'acheter à aussi bon marché_ que nous pourrons le faire.

(Applaudissements.) Et quelle est, mes amis, la signification de

ces magnifiques meetings, tels que celui auquel je m'adresse? Ils

signifient que vous avez compris ce langage du premier ministre

de la Grande-Bretagne; que vous ne souffrirez pas que ce langage

se dissipe aux vents comme une oiseuse théorie qui ne doit être

l'héritage de personne; que vous l'avez relevé; que vous avez

conquis sir Robert Peel; que vous lui ferez de sa déclaration un

cercle de fer (applaudissements); que vous réclamerez du

Parlement d'Angleterre, au dedans de l'enceinte législative, la

même vigueur, la même énergie que le peuple déploie au dehors.

(Applaudissements.) Mes amis, on dit que, dans cette Chambre des

communes, nous ne sommes qu'une minorité désespérante. Mais, là

aussi, il y en a plusieurs qui ont rendu d'admirables services à

la cause populaire, dont l'énergie n'a jamais fait défaut, dont

les voix n'ont jamais été étouffées, dont les votes ne se sont

jamais égarés, et qui en appellent toujours à vous pour marcher,

sans cesse et sans relâche, vers le noble but placé au bout de la

carrière. (Applaudissements.) Mais après tout, mes amis, nous ne

sommes, nous, que le petit nombre, et vous, vous êtes le grand

nombre, et c'est à vous de décider s'il appartient aux intérêts,

à la voix, à la volonté du grand nombre, de prédominer, ou si la

Chambre continuera à rester aveugle, sourde, insoucieuse et

indifférente à la détresse qui l'entoure de toutes parts. En ce

qui me concerne, je nourris dans mon coeur des espérances plus

hautes et plus consolantes, car je crois fermement que

l'énergique volonté de l'Angleterre n'a qu'à se déclarer, comme

elle le fait en ce moment, pour que toute résistance

s'évanouisse. (L'orateur reprend son siége au bruit des

applaudissements enthousiastes.)

MM. ELPHINSTONE, BURNET et HEYWORTH se font entendre; une

proclamation au peuple est votée à l'unanimité, et la séance est levée

à 10 heures.

Œuvres Complètes de Frédéric Bastiat, tome 3 mises en ordre, revues et annotées d'après les manuscrits de l'auteur · 第 35 / 106 题