Il devient maintenant inutile de parler de l'immense concours
qu'attirent ces réunions. Quelque vaste que soit le théâtre de
Drury-Lane, il est à notre connaissance qu'un grand nombre de
personnes n'ont pu être admises. Le bruit s'étant répandu qu'il n'y
aurait pas d'autres meetings jusqu'après les fêtes de Pâques, une
foule considérable affluait dans les rues adjacentes. Il nous a semblé
que les dames étaient plus nombreuses que dans les occasions
précédentes, et l'assemblée présentait un air de distinction bien
propre à soutenir le caractère de ces meetings, qui est de représenter
la classe moyenne. Nous avons remarqué sur la plate-forme un grand
nombre de membres du Parlement.
Le président annonce qu'il n'y aura pas de réunion la semaine
prochaine. Dans l'intervalle, les membres de la Ligue se
disperseront dans le pays pour exciter cette _agitation_ dont les
résultats sont sensibles à Londres. Il rend compte de plusieurs
meetings tenus dans les comtés par les adversaires et par les
partisans de la liberté commerciale, et particulièrement de celui de
Somerset, dans lequel se sont fait entendre MM. Cobden, Bright et
Moore. De semblables réunions auront lieu successivement dans chaque
comté du royaume tous les samedis. M. Cobden s'est engagé à y
assister. (Bruyantes acclamations.) Ce système d'agitation ne sera
plus abandonné tant qu'il restera à visiter un coin du territoire.
Nous commençons à éprouver les bons effets de la distribution des
brochures dans les districts agricoles. La faiblesse de nos
adversaires y devient visible. Nous sommes déterminés à porter la
guerre jusque dans leurs propres citadelles, et à arracher de leurs
mains cette influence politique dont ils ont tant abusé.
(Acclamations.) Vous aurez le plaisir d'entendre ce soir mon
excellent ami, le docteur Bowring, m. P. (applaudissements), ensuite
M. Elphinstone, m. P. (applaudissements), et enfin votre estimable
concitoyen, le révérend John Burnet. (Bruyantes acclamations.) Avant
la clôture de la séance, M. Heyworth, de Liverpool, vous soumettra
une proclamation qui a été approuvée par le conseil de la Ligue, et
que nous nous proposons d'adresser au peuple d'Angleterre.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Le docteur BOWRING se lève au bruit des applaudissements
enthousiastes. L'honorable gentleman s'exprime en ces termes:
Ladies et gentlemen: Il est permis d'éprouver quelque embarras et
quelque anxiété en présence d'un auditoire aussi imposant. Quant
à moi, qui ai vu les commencements de la Ligue et ses premiers
combats, quand je compare cette multitude assemblée avec le petit
nombre d'hommes qui résolurent d'éveiller l'attention publique
sur cette grave question, et de renoncer à tout repos jusqu'à ce
qu'ils eussent vaincu le grand abus dont ils voyaient souffrir
leurs concitoyens, je vous assure, mes amis, que je me sens
encouragé, car j'éprouve que d'honorables et vertueux efforts
trouvent toujours une digne récompense. (Applaudissements.) Nous
avons tous une mission qui nous a été confiée par la Providence.
Comme hommes, comme chrétiens, comme citoyens, nous avons des
devoirs à remplir. La femme aussi a sa mission, sa haute et
sainte mission! Sa présence dans cette enceinte nous prouve
qu'elle en comprend toute l'étendue et qu'elle se sent appelée à
porter l'efficace tribut de son concours dans la grande lutte où
nous sommes engagés. (Bruyantes acclamations.) Les peuples ont
aussi leur mission; et l'Angleterre, la plus grande des
nations,--l'Angleterre, qui possède plus de pouvoir et
d'influence qu'il n'en avait jamais été confié à aucune
association d'êtres humains,--l'Angleterre, plus grande que la
Phénicie, alors que Tyr et Sidon remplissaient le monde du bruit
de leur renommée,--cette noble Angleterre, qui étend ses bras
jusqu'aux extrémités du globe, qui a fait pénétrer son influence
parmi les hommes de tous les climats, de toutes les races, de
toutes les langues, de toutes les religions,--l'Angleterre a
aussi la plus haute et la plus noble des missions, celle
d'enseigner au monde que le commerce doit être libre
(acclamations),--que tous les hommes sont faits pour s'aimer et
s'entr'aider les uns les autres,--pour se communiquer
réciproquement les avantages et les bienfaits divers qui leur ont
été départis par la nature,--pour vivre en bon voisinage comme
des frères, sans égard aux fleuves ou aux montagnes qui les
séparent. Oui, c'est la mission de l'Angleterre de montrer aux
hommes qu'ils remplissent un devoir commun, qu'ils font un moral
usage des prérogatives qui leur ont été conférées par la
Providence, qu'ils témoignent de leur fraternité comme enfants
d'un même père, lorsqu'ils consacrent leurs efforts à émanciper
le travail, lorsqu'ils ouvrent toute la terre aux libres et
amicales communications des peuples, lorsqu'ils renversent ces
barrières élevées, non dans l'intérêt de tous, mais dans
l'intérêt du petit nombre, dans le sinistre intérêt d'une
aristocratie qui, pour le malheur de l'humanité, ayant usurpé le
pouvoir législatif, n'en usa jamais que dans des vues égoïstes et
personnelles. (Applaudissements.) Que si les peuples ont leur
mission, les cités ont aussi la leur. Birmingham a _agité_ pour
le bill de réforme électorale, pour l'émancipation politique de
l'Angleterre. (Acclamations.) Manchester s'est levée à son tour
pour l'accomplissement d'un devoir plus élevé, d'une oeuvre plus
grande et plus sainte; Manchester s'est levée pour émanciper le
monde industriel; et Manchester,--honneur à cette cité!--a
produit des hommes dignes que cette sublime mission leur fût
confiée! (Acclamations prolongées.) Mes amis, je l'ai déjà dit,
nous ne représentons point ici un égoïste et sinistre intérêt.
Les doctrines que nous enseignons ici n'intéressent pas nous
seuls, elles intéressent toute la grande confraternité humaine;
car la voix de l'Angleterre, cette voix majestueuse, quand elle
s'élève, retentit jusqu'aux confins de la terre, et les vérités
que nous proclamons, revêtues de notre belle langue, sont portées
sur les ailes de tous les vents du ciel. (Applaudissements.) J'ai
devant moi un document venu de la Chine, cette terre fleurie du
Céleste Empire; il est rempli des opérations de la Ligue.
(Acclamations.) Là, vous avez fondé un nouveau pouvoir; vous avez
porté la terreur de votre nom au milieu d'un peuple innombrable,
et que vous dit l'écho qui revient de ce lointain pays? Il vous
dit: Si vous voulez tirer parti de votre influence, affranchissez
votre commerce, mettez-nous à même d'échanger avec vous, réalisez
les opinions que votre premier ministre a proclamées devant votre
Chambre des communes; prouvez-nous que lorsque sir Robert Peel a
déclaré que «acheter à bon marché et vendre cher, était la
politique du sens commun,» il croyait à ses propres paroles;
faites pénétrer dans vos lois cette théorie qu'il a exaltée comme
celle de tout homme consciencieux et de toute nation intelligente
et honnête. (Applaudissements.) J'ai encore devant moi une longue
lettre d'Ava, le royaume du seigneur au pied d'or et de
l'éléphant blanc, et cette lettre m'annonce que ce qui se passe
en Angleterre produit une telle excitation dans ces lointaines
contrées, que l'on s'y est soulevé contre les monopoles. Le
peuple s'est aperçu que son souverain le pille sous prétexte de
le protéger, et il est en train de lui donner une leçon qui
promet des modifications dans les conseils de l'empire. (Rires et
applaudissements.) Voyez l'Égypte! Il y a dans cette assemblée
des hommes distingués venus des bords du Nil. Ils désirent savoir
si on laissera enfin les surabondantes productions de cette terre
privilégiée venir rassasier le peuple affamé de l'Angleterre. Les
patriarches des anciens temps descendirent en Égypte pour y
trouver du soulagement contre les maux de la famine, à une époque
que nous qualifions de barbare, et cependant aucune loi n'empêcha
les fils de Jacob d'aller sur les rives du Nil, et de rapporter
en Palestine la nourriture dont ils avaient besoin. Au temps de
la révélation mosaïque, et même dans les temps antérieurs, aucun
obstacle ne s'opposait à ces communications. Sera-t-il dit que le
christianisme a laissé dégénérer les hommes au-dessous du niveau
moral auquel ils étaient parvenus dès ces temps reculés! Est-ce
ainsi que nous devons appliquer le commandement de faire aux
autres ce que nous voudrions qui nous fût fait? Est-ce là
l'interprétation que nous donnons à la plus sublime de toutes les
leçons: «Aimez-vous les uns les autres comme des frères?» Ah!
l'enseignement du monopole est: «Haïssez-vous, dépouillez-vous
les uns les autres.» (Bruyantes acclamations.)--Mais la liberté
du commerce enseigne une tout autre doctrine. Elle introduit
parmi les hommes et dans leurs transactions journalières la
religion de l'amour. La liberté du commerce, j'ose le dire, c'est
le christianisme en action. (Applaudissements.) C'est la
manifestation de cet esprit de bénignité, de bienveillance et
d'amour qui cherche partout à éloigner le mal, qui s'efforce en
tous lieux d'augmenter le bien. (Immenses acclamations.)--On
parle de l'Orient. Il a été dans ma destinée d'errer parmi les
ruines de ces anciennes cités auxquelles je faisais tout à
l'heure allusion. J'ai vu les colonnes de Tyr dans la poussière.
J'ai vu ce port vers lequel affluaient jadis les vaisseaux de ses
marchands fastueux, princes et dominateurs de la terre, vêtus de
pourpre et de lin, et maintenant, il n'y a pas une colonne qui
soit restée debout; elles sont cachées sous le flot et sous le
sable; la gloire s'est exilée de ces lieux!--Et qui en a
recueilli l'héritage? qui, si ce n'est les enfants de
l'Angleterre? Quand je compare ces vicissitudes et ces destinées,
quand je me rappelle qu'au temps de la prospérité de Tyr et de
Sidon, au temps où la Phénicie représentait tout ce qu'il y avait
de grand et de glorieux sur la terre, notre île n'était qu'un
désert habité par une poignée de sauvages, je puis bien me
demander à quelle cause l'une doit son déclin, et l'autre sa
prodigieuse élévation. C'est le commerce qui nous a faits grands;
c'est le travail de nos mains industrieuses qui a élevé notre
puissance. L'industrie a créé nos richesses, et nos richesses ont
créé cette influence politique qui attire sur nous les regards de
l'humanité. Et maintenant le monde se demande quel enseignement
nous allons lui donner. Ah! nous n'avons que trop disséminé sur
le globe des leçons de folie et d'injustice! Le temps n'est-il
pas venu où il est de notre devoir de donner des leçons de vertu
et de sagesse?--Et cette cité,--cette cité qui dans ces temps
reculés échappait aux regards de la renommée; cette cité qui
surpasse par le nombre des habitants plusieurs des nations et
royaumes qui se sont fait un nom dans l'histoire,--ne
voudra-t-elle pas aussi se montrer digne de sa destinée?
(Applaudissements.) Non, elle ne restera pas en arrière.
(Nouveaux applaudissements.) Des réunions comme celle-ci ne
laissent aucune incertitude, et répondent éloquemment à ceux qui
disent que la Ligue travaille en vain, qu'elle se lassera de son
oeuvre, et que le monopole peut dormir en paix à l'ombre du
mancenillier qu'il a planté sur le sol de la patrie. Oh! qu'il ne
compte pas sur un tel avenir! Si l'effort que nous faisons
maintenant, pour affranchir le commerce, le travail et l'échange,
ne suffit pas, nous en ferons un plus grand (acclamations), et
puis un plus grand encore. (Tonnerre d'applaudissements.) Nous
creuserons de plus en plus la mine sous le temple du monopole;
nous y amoncellerons de plus en plus les matières explosibles,
jusqu'à ce que le Parlement en approche l'étincelle fatale, et
que l'orgueilleux édifice vole en éclats dans les airs. Alors de
libres relations existeront entre toutes les nations de la terre,
et ce sera la gloire de l'Angleterre d'avoir ouvert la noble
voie. S'il fallait des exemples pour prouver les fatales
conséquences du monopole, l'histoire nous en fournirait de toutes
parts. Considérez les plus belles portions du globe. Voyez
l'Espagne. Vous avez entendu parler de ses fleuves, qui, selon
les poëtes, roulent des sables d'or; vous avez entendu parler de
ses riches vallées, de ses huiles, de ses vins et de ses
troupeaux; vous avez entendu raconter ses gloires navales et
militaires, alors que ses grands hommes, marchant de conquêtes en
conquêtes, ajoutaient des mondes entiers aux domaines de ses
souverains. L'Espagne ne manifesta pas moins sa supériorité
intellectuelle par la voix de ses poëtes, de ses fabulistes et de
ses romanciers. Et maintenant qu'est-elle devenue? Vainement elle
a subjugué un monde, planté ses bannières au nord et au sud des
continents américains, acquis des îles innombrables, rapporté de
l'hémisphère occidental des trésors qu'elle ne comptait pas,
exercé en Europe une prépondérance à laquelle aucune nation
n'était parvenue,--l'Espagne a adopté le système prohibitif et
protecteur, et la voilà plongée dans l'ignorance et la
désolation. (Applaudissements.) Ses marchands sont des fraudeurs,
ses négociants des contrebandiers; et ces grandes cités, d'où
s'élancèrent les Pizarre et les Cortez, voient l'herbe croître
dans leurs rues et le lézard familier se réchauffer sur leurs
murs.--Reportez maintenant vos regards vers une autre contrée à
qui la nature avait refusé tant d'avantages. Regardez la
Hollande, votre voisine. Son sol est placé au-dessous du niveau
de la mer; il n'a pu être arraché aux flots de l'Atlantique que
par la plus haute intelligence et la plus active industrie, unies
au plus ardent patriotisme. Mais la Hollande a découvert le
secret de la grandeur des nations: la liberté. Par la liberté du
commerce, bientôt elle soumit, dompta, enchaîna l'Espagne; et
tant qu'elle fut fidèle à ses principes, tant qu'elle professa et
mit en pratique les doctrines de ses grands hommes, elle fut,
malgré ses étroites limites, assez influente pour être comptée
parmi les plus puissantes associations humaines. Et voyez
combien, dans des régions éloignées, la tradition porte haut le
nom de la Hollande! Parmi les importations récemment arrivées de
la Chine, se trouve un exemplaire de la géographie enseignée dans
les écoles du Céleste Empire. Comment croyez-vous qu'on y décrit
l'Angleterre? le voici: «L'Angleterre est une petite île de
l'Occident, subjuguée et gouvernée par les Hollandais.» (Hilarité
prolongée.) D'après cette exhibition de l'état de l'instruction
en Chine, vous ne serez point surpris que l'Empereur ait été
saisi d'une inconcevable stupéfaction, lorsque son commissaire
Ke-Shen lui apprit qu'une poignée de ces barbares avait mis en
déroute la plus forte armée qu'il lui eût été possible de
rassembler. Vous vous rappelez qu'il ordonna que Ke-Shen fût scié
en deux quand celui-ci arriva avec la malencontreuse nouvelle.
Mais je ne doute pas qu'avant que la présente année ait fini son
cours, une nouvelle géographie, ou du moins une édition revue et
corrigée ne soit introduite dans les écoles du Royaume du Milieu.
(Rires et applaudissements.)--Portez maintenant vos yeux vers
l'Italie; il n'est pas de pays plus fertile en utiles
enseignements. Ses pieds sont baignés par la Méditerranée, tous
ses habitants ont une commune origine; mais les uns sont livrés
aux bienfaisantes influences de la liberté commerciale, tandis
que les autres reçoivent les secours et la protection du
monopole. Comparez la situation de la Toscane à celle des États
Pontificaux. En Toscane, tout présente l'aspect d'une riante
félicité.--Le coeur s'y réjouit à la vue d'une population
satisfaite, d'une moralité élevée, d'un commerce florissant et
d'une production toujours croissante; car depuis le temps de
Léopold, elle a été fidèle aux principes posés par cet admirable
souverain.--Passez la frontière.--Entrez dans les États Romains.
C'est le même sol, le même climat, le même soleil radieux et
vivifiant; ce sont les mêmes puissances de production; les hommes
s'y vantent d'une plus haute origine, et s'y proclament avec
orgueil les fils des plus illustres héros qui aient jamais foulé
la surface de ce globe. Je me rappelle avoir été introduit auprès
du Pape par son secrétaire qui se nommait Publio-Mario. Il
affirmait descendre de Publius-Marius, et il vivait, disait-il,
sur les mêmes terres que ses ancêtres occupaient avant la venue
de Jésus-Christ. (Rires.) Eh bien! dans quel état est l'industrie
de Rome? Pourriez-vous croire qu'à l'heure qu'il est, sous le
régime protecteur, les Romains foulent la laine de leurs pieds
nus, et que les moulins à farine sont d'un usage peu répandu dans
les États du Pape infaillible?
En fait, que faut-il entendre par l'émancipation du commerce?
Pourquoi combattons-nous? pourquoi sommes-nous réunis? Nous
voulons donner à tout homme, à tout ouvrier, à toute entreprise,
les plus grandes raisons possibles de marcher de perfectionnement
en perfectionnement. Nous désirons que les Anglais disent au
monde: «Nous n'appréhendons rien dans la carrière où nous
entrons. Nous ne demandons qu'à être délivrés des liens qui
pèsent sur nos membres. Brisez ces chaînes; et nous, race de
Saxons, nous qui avons porté notre langue, la langue de
Shakespeare et de Milton aux quatre coins de la terre; nous qui
avons enseigné le grand droit de représentation au monde altéré
de liberté; nous qui avons semé des nations destinées à nous
surpasser nous-mêmes en nombre, en puissance, en gloire et en
durée, nous ne craignons aucune rivalité (bruyants
applaudissements), pourvu, car il faut toujours en venir à cette
simple proposition, que nous soyons libres de _vendre aussi cher
et d'acheter à aussi bon marché_ que nous pourrons le faire.
(Applaudissements.) Et quelle est, mes amis, la signification de
ces magnifiques meetings, tels que celui auquel je m'adresse? Ils
signifient que vous avez compris ce langage du premier ministre
de la Grande-Bretagne; que vous ne souffrirez pas que ce langage
se dissipe aux vents comme une oiseuse théorie qui ne doit être
l'héritage de personne; que vous l'avez relevé; que vous avez
conquis sir Robert Peel; que vous lui ferez de sa déclaration un
cercle de fer (applaudissements); que vous réclamerez du
Parlement d'Angleterre, au dedans de l'enceinte législative, la
même vigueur, la même énergie que le peuple déploie au dehors.
(Applaudissements.) Mes amis, on dit que, dans cette Chambre des
communes, nous ne sommes qu'une minorité désespérante. Mais, là
aussi, il y en a plusieurs qui ont rendu d'admirables services à
la cause populaire, dont l'énergie n'a jamais fait défaut, dont
les voix n'ont jamais été étouffées, dont les votes ne se sont
jamais égarés, et qui en appellent toujours à vous pour marcher,
sans cesse et sans relâche, vers le noble but placé au bout de la
carrière. (Applaudissements.) Mais après tout, mes amis, nous ne
sommes, nous, que le petit nombre, et vous, vous êtes le grand
nombre, et c'est à vous de décider s'il appartient aux intérêts,
à la voix, à la volonté du grand nombre, de prédominer, ou si la
Chambre continuera à rester aveugle, sourde, insoucieuse et
indifférente à la détresse qui l'entoure de toutes parts. En ce
qui me concerne, je nourris dans mon coeur des espérances plus
hautes et plus consolantes, car je crois fermement que
l'énergique volonté de l'Angleterre n'a qu'à se déclarer, comme
elle le fait en ce moment, pour que toute résistance
s'évanouisse. (L'orateur reprend son siége au bruit des
applaudissements enthousiastes.)
MM. ELPHINSTONE, BURNET et HEYWORTH se font entendre; une
proclamation au peuple est votée à l'unanimité, et la séance est levée
à 10 heures.