L'assemblée est aussi nombreuse qu'aux séances précédentes, et nous
n'y avons jamais remarqué autant de dames. L'attention soutenue prêtée
aux orateurs, l'ordre et la décence qui règnent dans toutes les
parties de la salle, témoignent que la Ligue agit avec calme, mais
avec efficacité sur l'esprit de cette métropole.
Nous avons remarqué sur l'estrade MM. Villiers, Gibson Hume, Cobden,
Ricardo, le cap. Plumridge, Malculf, Scholefield, Holland, Bowring,
tous membres du Parlement; Moore, Heyworth, l'amiral Dundas, Pallison,
etc., etc.
«Le président, M. Georges Wilson, en ouvrant la séance, annonce que
plusieurs meetings ont été tenus sur divers points du territoire: un
à Salford, présidé par le premier officier de la municipalité; un
autre à Doncastre, où plusieurs propriétaires du voisinage se sont
fait entendre. Dans tous les deux, des résolutions ont été prises
contre le monopole. Vendredi dernier, un meeting a eu lieu à
Norwich, auquel assistait une députation de la Ligue, composée du
col. Thompson, de M. Moore et de M. Cobden. Plus de 4,000 personnes
assistaient à cette réunion, et les applaudissements dont elles ont
salué la députation témoignent assez de leur sympathie pour notre
cause. Samedi, un autre meeting, spécialement destiné à la classe
des agriculteurs, a été tenu dans la même ville avec l'assistance de
la même députation. Aucun murmure de désapprobation, aucune parole
hostile, ne se sont fait entendre[19]. À la fin de la séance, le
célèbre philanthrope M. John-Joseph Gurney de Norwich a invité le
peuple à mettre de côté tout esprit de parti, toutes préventions
politiques, et à ne voir dans cette cause qu'une question de justice
et d'humanité. (Applaudissements.) Le président se félicite de voir
aussi l'Irlande entrer dans le mouvement. La semaine dernière un
grand meeting a eu lieu à Newtownards, sur la propriété de lord
Londonderry. (Bruyante hilarité.) Faute d'un local assez vaste, la
réunion a eu lieu en plein air, malgré la rigueur du temps.--Quelque
importantes que soient ces grandes assemblées, la Ligue n'a pas
négligé ses autres devoirs. Les professeurs d'économie politique ont
continué leurs cours. Dès l'origine, la Ligue a senti combien il
était désirable qu'elle concourût de ses efforts à l'avancement d'un
bon système d'éducation libérale. Elle aspire à se préparer, pour
l'époque où elle devra se dissoudre, d'honorables souvenirs, en
guidant le peuple dans ces voies d'utilité publique qu'elle a eu le
mérite d'ouvrir. On l'a accusée d'être révolutionnaire; mais les
trois quarts de ses dépenses ont pour but la diffusion des saines
doctrines économiques. Si la Ligue est révolutionnaire, Adam Smith
et Ricardo étaient des révolutionnaires, et le bureau du commerce
(_board of trade_) est lui-même rempli de révolutionnaires[20].
(Approbation.) Ce n'est pas ses propres opinions, mais les opinions
de ces grands hommes, que la Ligue s'efforce de propager; elles
commencent à dominer dans les esprits et sont destinées à dominer
aussi dans les conseils publics, dans quelques mains que tombent le
pouvoir et les portefeuilles.--Il faut excuser les personnes que
leur intérêt aveugle sur la question du monopole; mais il est
pénible d'avoir à dire que, dans quelques localités, le clergé de
l'Église établie n'a pas craint de dégrader son caractère en
maudissant les écrits de la Ligue, auxquels il n'a ni le talent ni
le courage de répondre[21]. (Bruyantes acclamations.) Le doyen de
Hereford a abandonné la présidence de la _Société des ouvriers_,
parce que l'excellent secrétaire de cette institution avait déposé
dans les bureaux quelques exemplaires de notre circulaire contre la
_taxe du pain_ (bread-tax). M. le doyen commença bien par offrir la
faculté de retirer le malencontreux pamphlet; mais le secrétaire
ayant préféré son devoir à un acte de courtoisie envers le haut
dignitaire de l'Église, il en est résulté que la circulaire est
restée et que c'est le doyen qui est sorti. (Rires.) J'ai devant moi
une lettre authentique qui établit un cas plus grave. Dans un bourg
de Norfolk, un gentleman avait été chargé de faire parvenir, par
l'intermédiaire du sacristain, quelques brochures de la Ligue au
curé et à la noblesse du voisinage. Le sacristain déposa ces
brochures sur la table du vestiaire; mais lorsque le ministre entra
pour revêtir sa robe, il s'en empara, les porta à l'église et en fit
le texte d'un discours violent, où il traita les membres de la Ligue
d'assassins (éclats de rires), ajoutant qu'un certain Cobden (on rit
plus fort) avait menacé sir Robert Peel d'être assassiné s'il ne
satisfaisait aux voeux de la Ligue; après quoi il fit brûler les
brochures dans le poêle, disant qu'elles exhalaient une odeur de
sang. (Nouveaux rires.) Je conviens qu'une telle conduite mérite
plus de compassion que de colère, compassion pour le troupeau confié
à la garde d'un tel ministre; compassion surtout pour le ministre
lui-même, qui demande à son Créateur «le pain de chaque jour» avec
un coeur fermé aux souffrances de ses frères; pour un ministre qui
oublie à ce point la sainteté du sabbat et la majesté du temple,
que de convertir le service divin en diffamation et le sanctuaire en
une scène de scandale[22].--La parole sera d'abord à M. Joseph Hume,
cet ami éprouvé du peuple. Vous entendrez ensuite MM. Brotherton et
Gibson. Nous comptions aussi sur la coopération de M. Bright, mais
il est allé samedi à Nottingham et à Durham pour prendre part, dans
l'intérêt de la liberté du commerce, aux luttes électorales de ces
bourgs.»
[Note 19: On conçoit qu'en Angleterre c'est la classe agricole qui
s'oppose à la liberté des échanges, comme en France la classe
manufacturière.]
[Note 20: Le _Board of trade_ est une sorte de ministère du commerce.
Son président est membre du cabinet.--C'est dans ce bureau, c'est
grâce aux lumières de ses membres, MM. Porter, Deacon Hume, M'Gregor,
que s'est préparée la révolution douanière qui s'accomplit en
Angleterre. Nous traduisons à la fin de ce volume le remarquable
interrogatoire de M. Deacon Hume, sur lequel nous appelons l'attention
du lecteur.]
[Note 21: Le clergé d'Angleterre se rattache au monopole par la dîme.
Il est évident que plus le prix du blé est élevé, plus la dîme est
lucrative. Il s'y rattache encore par les liens de famille qui
l'unissent à l'aristocratie.]
[Note 22: J'ai conservé ces détails comme peinture de moeurs et aussi
pour faire connaître la chaleur de la lutte et l'esprit des diverses
classes qui y prennent part.]
M. HUME se lève au bruit d'acclamations prolongées. Lorsque le silence
est rétabli, il s'exprime en ces termes:
Je suis venu à ce meeting pour écouter et non pour parler; mais
le comité a fait un appel à mon zèle, et ne pouvant comme
d'autres alléguer le prétexte de l'inhabitude[23] (rires), j'ai
dû m'exécuter malgré mon insuffisance. C'est avec plaisir que
j'obéis, car je me rappelle un temps, qui n'est pas très-éloigné,
où les opinions aujourd'hui généralement adoptées, non-seulement
au sein de la communauté, mais encore parmi les ministres de la
couronne, étaient par eux vivement controversées. Mais ces
hommes, autrefois si opposés à la liberté du commerce,
reconnaissent enfin la vérité des doctrines de la Ligue, et c'est
avec une vive satisfaction que j'ai récemment entendu tomber de
la bouche même de ceux qui furent nos plus chauds adversaires,
cette déclaration: «Le principe du libre-échange est le principe
du sens commun[24].» (Acclamations.) Je me présente à ce meeting
sous des auspices bien différents de ceux qui auraient pu m'y
accompagner à l'époque à laquelle je fais allusion. Il y a
quelque quatorze ans que je fis une motion devant une assemblée
composée de six cent cinquante-huit gentlemen. (Rires. Écoutez,
écoutez!) qui n'étaient pas des hommes ignorants et illettrés,
mais connaissant, ou du moins censés connaître leurs devoirs
envers eux-mêmes et envers le pays. Je proposai à ces six cent
cinquante-huit gentlemen de retoucher la loi-céréale, de telle
sorte que l'échelle mobile fût graduellement transformée en droit
fixe, et que le droit fixe fît place en définitive à la liberté
absolue. (Applaudissements.) Mais sur ces six cent cinquante-huit
gentlemen, quatorze seulement me soutinrent. (Écoutez, écoutez.)
Chaque année, depuis lors, des efforts sont tentés par
quelques-uns de mes collègues, et il est consolant d'observer que
chaque année aussi notre grande cause gagne du terrain. Je suis
fâché de voir que les landlords, et ceux qui vivent sous leur
dépendance, persistent à ne considérer la question que par le
côté qui les touche. Plusieurs d'entre eux font partie de la
législature, et, se plaçant à leur point de vue personnel, ils
ont fait des lois dont le but avoué est de favoriser leurs
intérêts privés sans égard à l'intérêt public. C'est là une
violation des grands principes de notre constitution, qui veut
que les lois embrassent les intérêts de toutes les classes.
(Approbation.) Malheureusement la chambre des communes ne
représente pas les opinions de toutes les classes. (Approbation.)
Elle ne représente que les opinions d'une certaine classe, celle
des législateurs eux-mêmes, qui ont fait tourner la puissance
législative à leur propre avantage, au détriment du reste de la
communauté. (Applaudissements.) Je voudrais demander à ces
hommes, qui sont riches et possèdent plus que tous autres les
moyens de se protéger eux-mêmes, comment ils peuvent, sans que
leur conscience soit troublée, trouver sur leur chevet un
paisible sommeil après avoir fait des lois, tellement injustes et
oppressives, qu'elles vont jusqu'à priver de moyens d'existence
plusieurs millions de leurs frères. (Applaudissements.) C'est sur
ce principe que j'ai toujours plaidé la question, et voici la
seule réponse que j'aie pu obtenir: «Si nous croyions mal agir,
nous n'agirions pas ainsi.» (Rires.) Vous riez. Messieurs, et
cependant je puis vous assurer qu'il y a beaucoup de personnes,
et même de personnages, qui sont si ignorants des plus simples
principes de l'économie politique, qu'ils n'hésiteraient pas à
venir répéter cette assertion devant la portion la plus éclairée
du peuple de ce pays. Mais une lumière nouvelle s'est levée à
l'horizon des intelligences, et il y a dans les temps des signes
capables de réveiller ceux-là mêmes qui sont les plus attachés à
leurs sordides intérêts. (Applaudissements.) Il est temps qu'ils
regardent autour d'eux et qu'ils s'aperçoivent que le moment est
venu, où, en toute justice, la balance doit enfin pencher du côté
de ceux qui sont pauvres et dénués.--L'état de détresse qui pèse
sur le pays est la conséquence d'une injuste législation; c'est
pour la renverser que nous sommes unis, et j'espère qu'en dépit
de la calomnie, la Ligue ne tardera pas à être considérée comme
l'amie la plus éclairée de l'humanité. Cette grande association,
j'en ai la confiance, se montrera supérieure aux traits qu'il
plaira à la malignité de lui infliger; elle apprendra, comme une
longue expérience me l'a appris à moi-même, que plus elle se
tiendra dans le sentier de la justice, plus elle sera en butte à
la persécution. (Applaudissements.) Lorsqu'il m'est arrivé que
quelque portion de la communauté m'a assailli par des paroles
violentes, ma règle invariable a été de considérer attentivement
les imputations dirigées contre moi. Si je leur avais trouvé
quelque fondement, je me serais empressé de changer de conduite.
Dans le cas contraire, j'y ai vu une forte présomption que
j'étais dans le droit sentier et que mon devoir était d'y rester.
Je ne puis que conseiller à la Ligue de faire de même. Vous êtes
noblement entrés dans cette grande entreprise; vous n'avez
épargné ni votre argent ni votre temps; vous avez fait pour le
triomphe d'une noble cause tout ce qu'il est humainement possible
de faire, et le temps approche où le succès va couronner vos
généreux efforts. (Applaudissements.) C'est une idée
très-répandue que les intérêts territoriaux font la force de ce
pays; mais les intérêts territoriaux puisent eux-mêmes leur force
dans la prospérité du commerce et des manufactures, et ils
commencent enfin à comprendre ce qu'ils ont gagné à priver le
travail et l'industrie de leur juste rémunération. L'ouvrier ne
trouve plus de salaire, les moyens d'acheter les produits du sol
lui échappent: de là, ces plaintes sur l'impossibilité de vendre
le bétail et le blé. La souffrance pèse en ce moment sur les
dernières classes, mais elle gagne les classes moyennes, elle
atteindra les classes élevées, et le jour, peu éloigné, où
celles-ci se sentiront froissées, ce jour-là elles reconnaîtront
qu'un changement radical au présent système est devenu
indispensable. (Approbation.) En me rappelant ce qui s'est passé
aux dernières élections générales, je ne puis m'empêcher de
remarquer combien le peuple s'est égaré, lorsqu'il a cru, en
appuyant les monopoleurs, soutenir les vrais intérêts du pays.
Les défenseurs de la liberté du commerce voient aujourd'hui avec
orgueil que ceux-là mêmes qui les accusaient d'être des novateurs
et qui combattaient la doctrine du libre-échange, ne sont pas
plutôt arrivés au pouvoir, qu'ils se sont retournés contre leurs
amis pour devenir les champions de nos principes.
(Applaudissements.) Tout ce que je leur demande, c'est de suivre
ces principes dans leurs conséquences. Il n'y a pas un homme,
dans la chambre des communes ni dans toute l'Angleterre, plus
capable que sir Robert Peel d'exposer clairement et distinctement
les doctrines qui devraient régir notre commerce, et qui sont les
mieux calculées pour promouvoir les intérêts et la prospérité de
ce pays. (Marques d'approbation.) Le très-honorable baronnet a
fait un pas dans cette voie, mais ce n'est qu'un pas. Il
s'attarde et s'alanguit sur la route, sans doute parce que son
parti ne lui permet pas d'avancer. Il a proclamé le principe, il
ne lui reste qu'à l'appliquer pour assurer au pays une paix
solide et une prospérité durable. (Applaudissements.)--Il y a un
grand nombre de personnes bien intentionnées qui ne peuvent
comprendre pourquoi une réforme commerciale est plus urgente
aujourd'hui qu'à des époques antérieures. Les fermiers
s'imaginent que, parce que au temps de la guerre, ils ont obtenu
des prix élevés en même temps que les fabriques réalisaient de
grands profits, il ne s'agit que d'avoir encore la guerre pour
ramener et ces prix et ces bénéfices. Cette illusion existe même
parmi quelques manufacturiers; dans les classes agricoles elle
est presque universelle; mais il est aisé d'en montrer l'inanité.
Si les circonstances étaient les mêmes qu'aux époques qui ont
précédé 1815, elles amèneraient sans doute les mêmes résultats.
Bien heureusement, sous ce rapport du moins, la situation de
l'Angleterre a tellement changé, qu'il est impossible que des
conséquences semblables découlent d'une législation identique.
Pendant la guerre, qui a rempli ce quart de siècle qui s'est
terminé en 1815, il n'y avait pas de manufactures sur le
continent, et à la paix, l'Angleterre, qui était en possession de
pourvoir tous les marchés du monde, put maintenir pour un temps
les hauts prix occasionnés par la guerre. C'est ce qu'elle fit,
bien que le prix des aliments fût alors plus élevé de 50 p. 100,
dans ce pays que partout ailleurs. Mais quel est l'état actuel
des choses? La paix règne en Europe et en Amérique, et la
population s'y partage entre l'industrie et l'agriculture. Elle
rivalise, sur les marchés neutres, avec le fabricant anglais, et
à moins que celui-ci ne puisse établir les mêmes prix, il lui est
impossible de soutenir la concurrence. Que veut-il donc quand il
demande l'abrogation des lois restrictives? Il veut que les ports
de l'Angleterre soient ouverts aux denrées du monde entier, afin
qu'elles s'y vendent à leur prix naturel, et que les Anglais
soient placés sur le même pied que toutes les autres nations.
Craignez-vous qu'à ces conditions le génie industriel, le capital
et l'activité de la Grande-Bretagne aient rien à redouter?
(Acclamation.) Vos acclamations répondent, _Non_. Ne nous lassons
donc pas de réclamer la liberté du commerce.--J'adresserai
maintenant quelques paroles à ceux qui jouissent du privilége
d'envoyer des représentants au Parlement. Une grande
responsabilité pèse sur eux; car ils ne doivent pas oublier que
le mandat qu'ils confèrent dure sept ans, et pendant ce temps,
quelles que soient leurs souffrances, fût-ce une ruine totale,
ils ne peuvent plus rien pour eux-mêmes. C'est là un grave sujet
de réflexions pour tous les électeurs. Tous sont intéressés à
voir le pays florissant, et ce n'est certes pas son état actuel.
Le seul moyen d'y arriver, c'est d'ouvrir nos ports à toutes les
marchandises du monde. Je pourrais nommer plusieurs nations dont
les produits nous conviennent: je n'en citerai qu'une. À un
meeting tenu en septembre dernier, sous la présidence du duc de
Rutland, M. Everett, ministre plénipotentiaire de l'Union
américaine, fut appelé à prendre la parole, et dit en substance:
«Mon pays désire échanger ses produits contre les vôtres. Vous
avez beaucoup d'objets qui lui manquent, et il a pour vous payer
des marchandises qui encombrent ses quais, jusqu'à ce point qu'on
a été obligé de se servir de salaisons comme de combustibles.»
(Et en effet un citoyen des États-Unis m'a confirmé qu'il y avait
sur les quais de la Nouvelle-Orléans des amas de salaisons qu'on
pourrait vendre à 6 deniers la livre, et qu'on employait en guise
de charbon, à bord des bateaux à vapeur.) «Nous avons, ajoutait
M. Everett, du blé qui pourrit dans nos magasins, et nous
manquons de vêtements et d'instruments de travail.» Qui s'oppose
à l'échange de ces choses? Le gouvernement britannique: ce que
nous réclamons, c'est cette liberté d'échanges avec le monde
entier. Chaque climat, chaque peuple a ses productions spéciales.
Que toutes puissent librement arriver dans ce pays, pour s'y
échanger contre ce qu'il produit en surabondance, et tout le
monde y gagnera. Le manufacturier étendra ses entreprises; les
salaires hausseront; la consommation des produits agricoles
s'accroîtra; la propriété foncière et le revenu public sentiront
le contre-coup de la prospérité générale. Mais avec notre
législation restrictive, les usines sont de moins en moins
occupées, les salaires de plus en plus déprimés, les productions
du sol de plus en plus délaissées, et le mal s'étend à toutes les
classes. Que ceux donc qui ont à coeur le bien-être de la patrie
consacrent à ces graves sujets leurs plus sérieuses méditations.
N'est-il pas vrai que le pays décline visiblement, et ne
donneriez-vous pas à cette assertion votre témoignage unanime?...
[Note 23: On sait qu'au Parlement M. Hume est toujours sur la
brèche. Il laisse rarement passer un article du budget des
dépenses sans demander une économie.]
[Note 24: Ce mot est sir James Graham, ministre secrétaire d'État
au département de l'intérieur.]
On a dit que la loi-céréale était nécessaire pour soutenir les
fermiers; mais voilà la quatrième fois que les fermiers sont
dupes de cette assertion. Le prix de leurs produits s'avilit et
ne se relèvera pas tant que le travail manquera au peuple. Les
propriétaires leur disent: «Si vous ne pouvez payer la rente,
prenez patience, la dépréciation ne sera pas permanente; le cours
de vos denrées se relèvera, comme il fit après les crises de 1836
et 1837.» Mais comment pourrait-on assimiler la détresse actuelle
à celle d'aucune autre époque antérieure? J'ai reçu aujourd'hui
même d'un fermier de Middlesex, nommé M. Fox, un document qui
établit que le capital des tenanciers était tombé de 25 p. 100
dans ces cinq dernières années. Il a calculé que 32 millions de
bêtes à laine, sept millions de bêtes à cornes et 60 millions de
quarters de blé, formant ensemble une valeur de 468 millions de
livres sterling, ont perdu 25 p. 100, ce qui constitue pour les
fermiers une perte de 117 millions de livres. Ce n'est pas là un
tableau imaginaire, et, si les capitaux décroissent dans une
aussi effrayante proportion, comment le pays pourra-t-il
supporter 55 à 56 millions de subsides?
Les _lois-céréales_ ont pour objet l'avantage des landlords;
mais, dans mon opinion, elles ne leur ont pas plus profité qu'aux
autres classes de la communauté. Tout ce qu'on peut dire d'eux,
c'est qu'après tout ils n'ont que ce qu'ils méritent, puisque ces
lois sont leur oeuvre. (Rires.) Soyez certains que les rentes
tomberont aussitôt qu'interviendront entre les fermiers et les
seigneurs de nouveaux arrangements; car, si le prix des denrées
décline, il faut bien que les fermages diminuent. Quelle sera
alors la situation du propriétaire? Le sol est grevé d'une
première charge, qui est le pauvre; avant que le seigneur touche
sa rente, il faut que le pauvre soit nourri. Or, il est de fait
que, dans ces derniers temps, la taxe des pauvres a doublé et
même triplé! Dans ma paroisse, Mary-le-Bone, qu'on pourrait
croire une des plus étrangères à la crise actuelle, elle s'est
élevée de 8,500 à 17,000 l. s. Ainsi une portion considérable de
la rente réduite passera aux pauvres. Vient ensuite le clergé; et
l'on sait que depuis la dernière commutation de la loi des dîmes,
le seigneur ne saurait toucher un farthing de sa rente, que les
ministres ne soient payés. Voilà une seconde charge.--Et puis,
voici venir Sir Robert Peel, avec son _income-tax_, qui dit:
«Vous ne palperez pas un shilling sur vos baux que l'Échiquier ne
soit satisfait.» Cette taxe a produit un million huit cent mille
livres sterling pendant ce quartier; mais selon toute apparence,
une faible partie de cette somme aura été acquittée par les
seigneurs, car ils sont toujours les derniers à payer. (Rires.)
C'est une troisième charge de la propriété.--Enfin, s'il est
vrai, comme je l'ai ouï dire, qu'une grande portion du sol est
hypothéquée, c'est une quatrième charge.--Que reste-t-il donc aux
propriétaires campagnards? Je leur conseille d'y regarder de
près. La difficulté est le fruit de leur impéritie, et elle ne
fera que s'accroître jusqu'à ce qu'ils viennent eux-mêmes offrir
leur assistance à la Ligue. (Écoutez! écoutez!) Gentlemen, les
circonstances travaillent pour vous; l'income-tax plaide pour
vous; l'abaissement des revenus témoigne pour vous, et il le
fallait peut-être, car il y en a beaucoup qui ne s'émeuvent que
lorsque leur bourse est compromise.--D'un autre côté, les prisons
regorgent; cent cinquante mille personnes y passent tous les ans,
chacune desquelles suffit ensuite pour en corrompre cinquante
autres. C'est pourquoi je dis que c'est ici une question qui
touche à vos devoirs de chrétiens. Nous demandons justice! Nous
demandons que le gouvernement ne persévère pas dans une voie qui
conduit le pays dans un état de ruine et de mendicité capable de
faire frissonner le coeur de tout homme honnête!
(Applaudissements.)
M. BROTHERTON: Ce n'est pas ici la cause d'un parti, mais celle
de tout un peuple, ce n'est pas la cause de l'Angleterre, mais
celle du monde entier; car c'est la cause de la justice et de la
fraternité. Mon honorable ami a dit que la Ligue soutenait le
principe du sens commun, et il a été reconnu au Parlement, par le
premier ministre de la couronne, que vendre et acheter aux prix
les plus avantageux, étaient le droit de tous les Anglais et de
tout homme. Lui aussi a proclamé que le principe de la liberté
des échanges était le principe du sens commun, mais ce qu'il faut
faire sortir de ce principe, c'est un peu de commune honnêteté.
(Acclamation.) Les législateurs savent bien ce qui est juste;
tout ce que le peuple demande, c'est qu'ils le mettent en
pratique. J'aurai bientôt l'honneur de présenter à la Chambre des
communes une pétition de mes commettants pour le retrait de la
loi-céréale (rires), et je crains bien qu'elle n'y reçoive qu'un
froid accueil. Mes commettants néanmoins veulent que j'en appelle
non-seulement à la Chambre, mais à ce meeting. C'est au peuple de
cette métropole que la nation doit en appeler. Le peuple de la
métropole tient dans ses mains les destinées de l'empire. Il y a
longtemps que les provinces _agitent_ cette grande question;
elles en comprennent toute l'importance. C'est la condition la
plus favorable à une prochaine solution; car dans mon expérience,
j'ai toujours reconnu que comme toute corruption descend de haut
en bas, toute réforme procède de bas en haut. (Applaudissements.)
L'agitation actuelle a commencé parmi de pauvres tisserands.
Leurs sentiments furent d'abord méconnus, même par les
manufacturiers, mais ils reconnaissent aujourd'hui que les
pauvres tisserands avaient raison...
J'ai toujours combattu les lois-céréales au point de vue de la
justice; car je les considère comme injustes, inhumaines et
impolitiques. Je dis qu'une loi qui protége une classe de la
communauté aux dépens des autres classes est une loi injuste. Je
ne conteste pas aux landlords le droit de disposer de leurs
propriétés à leur plus grand avantage, et même d'exporter le blé
s'ils le peuvent produire à meilleur marché qu'au dehors; mais
les landlords ont fait une loi qui dépouille l'ouvrier du droit
de disposer du produit de son travail selon sa convenance; et
c'est pourquoi je dis qu'une telle loi ne saurait se maintenir,
voyant qu'elle est si manifestement injuste.--La loi-céréale a
encore le tort d'affecter les diverses classes de la société
d'une manière fort inégale; si elle ôte cinq pour cent au riche,
elle arrache cinquante pour cent aux pauvres, et moi qui ne suis
taxé qu'à cinq pour cent, je finis par oublier jusqu'au sens du
mot _justice_. Ce qui fait que beaucoup d'hommes ne comprennent
pas toute la signification de ce mot, c'est que l'intérêt
personnel les aveugle. Je me rappelle qu'un gentleman, discutant
au milieu d'un grand nombre de gens d'église, ne pouvait leur
faire comprendre le sens d'un terme que je supposerai être ce mot
_justice_. Il écrivit ce mot et demanda: Qu'est-ce que cela
signifie? Un des ministres s'écria: _Justice_. Le gentleman posa
une guinée sur le mot et dit: Que voyez-vous maintenant? et le
ministre répondit: Rien,--car l'or lui interceptait la vue.
(Rires.)--On dit que ces lois ont été faites, non pour l'avantage
des landlords, mais pour celui des fermiers et des ouvriers des
campagnes. Mais il n'est personne qui, après avoir observé les
effets de ces lois, ne soit arrivé à cette conclusion, qu'elles
ont profité aux manouvriers des districts agricoles; et quant aux
fermiers, s'ils étaient appelés en témoignage, ils déclareraient
qu'ils n'en ont tiré certainement aucun bénéfice. Les seigneurs
sont donc les seuls auxquels on pourrait supposer qu'elles ont
profité; mais on reconnaîtra à la fin qu'il n'en a pas été ainsi.
Je suis assez vieux pour me rappeler les démonstrations
d'enthousiasme avec lesquelles les seigneurs terriens
accueillirent la guerre de France, déclarant que, pour la
soutenir, ils dépenseraient leur dernière guinée et leur dernière
acre de terre; et chacun se hâta de faire honneur de leur
désintéressement à leur patriotisme. Tant que dura la guerre, ils
empruntèrent comme ils purent. Enfin, la paix revint, et avec
elle l'abondance et le bon marché; mais les landlords qui avaient
emprunté de l'argent commencèrent à rechercher comment ils
pourraient en éviter le payement. Quoiqu'ils eussent engagé leur
dernière acre et leur dernier écu à cette cause glorieuse, payer
n'était jamais entré dans leurs intentions. (Écoutez! écoutez!)
Leur premier soin fut de débarrasser leurs épaules de 14 millions
d'impôts fonciers, et puis ils firent la _loi-céréale_, afin de
maintenir le taux élevé des rentes. Ils savaient bien que les
rentes fléchiraient naturellement comme le prix des blés, et ils
inventèrent les lois-céréales. Lorsqu'elles furent portées pour
la première fois devant la législature, lord Liverpool admit avec
franchise et loyauté qu'elles auraient pour effet, et par voie
d'induction, qu'elles avaient pour but, d'empêcher la dépression
des rentes. Ainsi, l'aristocratie qui avait hypothéqué ses
domaines, dans des vues soi-disant patriotiques, au lieu de payer
elle-même ses dettes, saisit la première occasion d'en reporter
le fardeau sur les classes laborieuses; et après avoir emprunté
jusqu'à concurrence de la valeur des terres, elle en a
législativement doublé la rente, en élevant le prix du pain,
c'est-à-dire que c'est le peuple et non elle qui paye les
arrérages. Voilà comment on en a agi envers le peuple de ce pays;
c'est à lui de dire si cela doit continuer. Le duc de Newcastle a
demandé s'il n'avait pas le droit d'user comme il l'entendrait de
sa propriété. (Rires.) Je n'ai pas d'objection à faire contre
cette doctrine convenablement définie; mais puisque nous nous
donnons pour un peuple loyal et religieux, nous devons bien
reconnaître que nul n'a le droit de faire de sa propriété ce
qu'il veut, à moins que ce qu'il veut ne soit juste. Il me semble
qu'il nous est commandé de faire aux autres ce que nous voudrions
qui nous fût fait. Les landlords cependant ont fait des lois pour
obtenir un prix artificiel des fruits de leurs terres, et en même
temps pour empêcher le peuple de recevoir le prix naturel de son
travail. C'est là une grande injustice, et il n'est personne dont
ce ne soit le devoir d'en poursuivre le redressement. La détresse
publique est profonde, quoique plusieurs puissent ne pas
l'éprouver. Elle ne s'est pas encore appesantie sur Londres dans
toute son intensité, ou plutôt elle y est moins aperçue
qu'ailleurs, parce que les hautes classes s'y préoccupent peu du
sort du peuple. Je suis disposé à croire, comme M. Hume, qu'il
règne ici une grande apathie; mais il n'en est pas moins vrai que
la population souffre, et nous venons demander aide et assistance
aux habitants de cette métropole. Il est de leur devoir de
répondre à cet appel, et de faire tous leurs efforts pour ramener
la prospérité dans le pays. La détresse a gagné les classes
agricoles, et elles s'aperçoivent enfin que les meilleurs
débouchés consistent en une clientèle prospère, ou dans le
bien-être général. Il est des personnes qui s'imaginent qu'en
poursuivant le retrait des lois-céréales, les manufacturiers
travaillent pour leur avantage au détriment des autres classes.
C'est là une illusion; la chose est impossible. Il n'est pas
possible que l'activité et l'extension des affaires profitent aux
uns au préjudice des autres. (Cris: Non, non!) Notre population
s'accroît de trois cent mille habitants chaque année. Il faut que
cet excédant soit occupé et nourri. S'il n'est pas nourri au
dehors des _workhouses_, il faudra qu'il soit nourri au dedans.
Mais s'il trouve de l'emploi, des moyens de subsistance, par cela
même il ouvrira aux produits du sol de nouveaux débouchés.
Aujourd'hui la législation prive les ouvriers de travail, en
s'interposant dans leurs échanges; elle en fait un fardeau pour
la propriété. Ainsi que l'a dit M. Hume, il faut bien que ces
ouvriers soient secourus, et à mesure que leur masse toujours
croissante pèsera de plus en plus sur la propriété,
l'aristocratie reconnaîtra que l'honnêteté eût été une meilleure
politique. (Écoutez! écoutez!) Voulez-vous le maintien des
lois-céréales? (Non, non!) Eh bien! j'en appelle à tout homme qui
s'intéresse à l'amélioration du sort du peuple, au progrès de son
éducation intellectuelle et morale, à la prospérité de
l'industrie et du commerce, rallions-nous à la Ligue! unissons
nos efforts pour effacer de nos codes ces lois iniques et
détestables. (Applaudissements prolongés.)
M. MILNER GIBSON se lève, et après quelques considérations il continue
en ces termes:
Je ne puis jeter les yeux sur cette nombreuse et brillante
assemblée, sans me sentir assuré que nous agitons ici une
question nationale. On a parlé de _meetings_ réunis par surprise;
mais tant d'hommes distingués ne sauraient se réunir que pour une
cause qui préoccupe à un haut degré l'esprit public.
(Assentiment.) Certes, s'il s'agissait de discourir sur le fléau
de l'abondance, sur les charmes de la disette, sur les bienfaits
des restrictions industrielles et commerciales, une plus étroite
enceinte suffirait[25]. (Rires.) Un autre trait caractéristique
de ces assemblées, et dont je dois vous féliciter, c'est d'être
sanctionnées et embellies par la plus gracieuse portion de la
communauté. Comment expliquer la présence du beau sexe dans cette
enceinte? Il n'est pas disposé d'ordinaire à s'intéresser à de
pures questions d'argent, et à d'arides problèmes d'économie
politique. Pour avoir mérité son attention, il faut bien que
notre cause renferme une question de philanthropie, une question
qui touche aux intérêts de l'humanité, à la condition morale et
physique du plus grand nombre de nos frères! et si les dames
viennent applaudir aux efforts de la Ligue, c'est qu'elles
entendent soutenir ce grand principe évangélique, ce dogme de la
fraternité humaine que peuvent seuls réaliser l'affranchissement
du commerce et la libre communication des peuples.
(Applaudissements prolongés.) Une autre leçon qui dérive de cette
grande démonstration, c'est que la philanthropie n'a pas besoin
de s'égarer dans les régions lointaines pour trouver un but à ses
efforts. La détresse règne autour de nous; c'est notre propre
patrie maintenant qui réclame ces nobles travaux humanitaires par
lesquels elle se distingue avec autant d'honneur.
(Applaudissements.) J'apprécie les motifs et la générosité de
ceux qui s'efforcent de répandre jusqu'aux extrémités du globe
les bienfaits de la foi et de la civilisation; mais je dois dire
qu'il y a tant de souffrances autour de nos foyers, qu'il n'est
plus nécessaire d'aller chercher aux antipodes ou en Chine un
aliment à notre bienveillance. (Applaudissements.) Je regrette
l'absence d'un gentleman qui devait prendre ce soir la parole.
(De toutes parts: il est arrivé. En effet, M. Bright vient de
monter sur l'estrade.) Je veux parler du colonel Thompson, et je
suis fâché de n'avoir pas plus tôt prononcé son nom. Je regrette
l'absence de ce gentleman, qui, par ses écrits et ses discours, a
plus que tout autre fourni des arguments contre le monopole.
C'est de ses nombreuses publications, et particulièrement de son
Catéchisme contre les lois-céréales que j'ai tiré les matériaux
dont je me suis servi pour combattre ces lois. On raconte que
Georges III rencontra par hasard un mot heureux. Une personne lui
disait que les avocats étaient des gens habiles, possédant dans
leur tête une immense provision de science légale pour tous les
cas. Non, dit Georges III, les avocats ne sont pas plus habiles
que d'autres et ils n'ont pas plus de lois dans la tête: mais ils
savent où en trouver quand ils en ont besoin. (Rires.) Dans les
ouvrages du colonel Thompson, vous trouverez la solution de
toutes les questions qui se rattachent à notre cause, et vous
vous rendrez maîtres des arguments qu'il faut opposer aux
lois-céréales. Que sont ces lois, après tout? On a dit qu'elles
étaient nécessaires,--pour protéger l'industrie nationale,--pour
assurer de l'emploi aux ouvriers des campagnes,--pour placer le
pays dans un état d'indépendance à l'égard de
l'étranger.--D'abord, en ce qui touche le _travail national_, la
protection n'est qu'un mot spécieux. Il implique une faveur
conférée par la législature aux personnes protégées. Quand on y
regarde de près, en effet, on s'aperçoit que tout se réduit à
décourager quelques branches d'industrie pour en encourager
d'autres, c'est-à-dire à gratifier de certaines faveurs des
classes déterminées. (Ici l'orateur examine l'influence des lois
restrictives sur la propriété, le fermage et la main-d'oeuvre.)
Si l'on considère les conséquences des lois-céréales relativement
à l'industrie, on ne peut nier qu'elles n'aient pour objet direct
de la contenir dans de certaines limites. Le but qu'on se
propose, avec une intention bien arrêtée, c'est de prévenir
l'émancipation et l'accroissement des classes industrieuses,
d'abord pour conserver aux landlords des rentes exagérées,
ensuite pour les maintenir dans leur position au plus haut degré
de l'échelle sociale. (Applaudissements.) Je répète que les
landlords ont pour but de conserver cet ascendant qu'ils exercent
sur le pays, ascendant qu'ils ne doivent certes pas à leurs
talents ou à leur supériorité; ils le veulent conserver néanmoins
pour demeurer à toujours les dominateurs des classes moyennes et
laborieuses. (Applaudissements.) Ils voient d'un oeil d'envie les
progrès de la richesse et de l'intelligence parmi les classes
rivales, et, dans leur fol amour des distinctions féodales, ils
ont fait des lois pour assurer leur domination. (Bravos
prolongés.) On a dit encore que nous proposions une mesure
violente, et que, eu égard aux tenanciers et aux capitaux engagés
dans l'agriculture, il ne fallait pas, par trop de précipitation,
ajouter aux embarras de la situation actuelle. Je réponds, dans
l'intérêt des tenanciers eux-mêmes, que rien ne saurait leur être
plus profitable que l'abrogation absolue et immédiate de la loi.
(Assentiment.) C'est dans leur intérêt surtout qu'il faut
renouveler entièrement les bases de notre police commerciale. Des
changements périodiques et successifs ne feraient, pour ainsi
dire, qu'organiser le désordre. Il vaut mieux pour eux que la
révolution s'opère complétement et d'un seul coup. Puisqu'on
reconnaît la justice du principe de la liberté commerciale, je le
demande, pourquoi refuse-t-on de le mettre en pratique? C'est en
réclamant, d'une manière absolue, l'abrogation immédiate et
totale de toutes les lois restrictives; c'est en suivant cette
ligne de conduite, la seule qui ait pour elle l'autorité des
principes, que la Ligue a rallié autour d'elle tout ce qu'il y a
dans le pays d'intelligence, d'enthousiasme et de dévouement. Ce
n'est pas que je veuille nier qu'une mesure de transaction, telle
que le droit fixe de 8 shillings, si le dernier cabinet l'eût
fait prévaloir, n'eût conféré au pays de grands avantages et
résolu pour un temps de graves questions, etc.....
[Note 25: Allusion aux meetings des prohibitionnistes qui se
tiennent dans le salon d'une maison particulière de
_Bond-Street_.]
Puisque j'ai parlé du droit fixe, je dois répondre à cette
étrange assertion, que le droit sur le blé est payé par
l'étranger. S'il en est ainsi, il ne s'agirait que d'augmenter ce
droit pour rejeter sur l'étranger tout le fardeau de nos taxes.
(Rires et applaudissements.) Si toutes nos importations
provenaient d'une petite île comme Guernesey, je pourrais
comprendre qu'elles seraient trop disproportionnées avec la
consommation du pays, pour qu'un droit prélevé sur ce faible
supplément pût affecter le prix du blé indigène. Dans cette
hypothèse, abolir le droit, ce serait en faire profiter le
propriétaire de Guernesey. Mais avec la liberté du commerce, les
arrivages nous viendraient de tous les points du globe, et
feraient au blé indigène une concurrence suffisante pour le
maintenir à bas prix. Dans de telles circonstances, une taxe sur
le blé étranger ne peut qu'élever le prix du blé national, et
soumettre par conséquent le peuple à un impôt beaucoup plus lourd
que celui qui rentre à l'Échiquier.....
On dit encore que, si nous supprimons la taxe sur le blé
exotique, l'étranger pourra le soumettre à un droit
d'exportation, et attirer vers son trésor public une source de
revenu, qui maintenant va à notre trésor. Si les étrangers
interrompaient ainsi le commerce du blé, nos agriculteurs du
moins ne devraient pas s'en plaindre, puisque c'est ce qu'ils
font eux-mêmes.--Mais commençons par mettre de notre côté la
chance que l'étranger s'abstiendra d'établir de tels droits.
(Approbation.) Ouvrons nos ports, et s'il se rencontre un
gouvernement qui taxe le blé destiné à l'Angleterre, il sera
victime de son impéritie, car nous irons chercher nos
approvisionnements ailleurs.
Il est un autre sophisme qui a fait son entrée dans le monde sous
le nom de _traités de commerce_[26]. On nous dit: «N'abrogez pas
les lois-céréales jusqu'à ce que l'étranger réduise les droits
sur nos produits manufacturés.» Ce sophisme repose sur l'opinion
que le gouvernement d'un pays est disposé à modifier son tarif à
la requête des étrangers; il tend à subordonner toute réforme
chez un peuple à des réformes chez tous les autres.
[Note 26: En 1842, sir Robert Peel, en présentant au Parlement la
première partie de cette réforme commerciale que nous voyons se
développer en 1845, disait qu'il n'avait pas touché à plusieurs
articles importants, tels que le sucre, le vin, etc., pour se
ménager les moyens d'obtenir des traités de commerce avec le
Brésil, la France, l'Espagne, le Portugal, etc.; mais il
reconnaissait en principe, que si les autres nations refusaient
de recevoir les produits britanniques, ce n'était pas une raison
pour priver les Anglais de la faculté d'aller acheter là où ils
trouveraient à le faire avec le plus d'avantage. Ses paroles
méritent d'être citées:
«We have reserved many articles from immediate reduction in the
hope that ere long we may attain what is just and right, namely
increased facilities for our exports in return; at the same time,
I am bound to say, that it is for the interest of this country to
buy cheap, whether other countries will buy cheap from us or no.
We have right to exhaust all means to induce them to do justice,
but if they persevere in refusing, the penalty is on us if we do
not buy in the cheapest market.» (Speech of Sir Robert Peel, 10th
May 1842.)
Toute la science économique, en matière de douanes, est dans ces
dernières lignes.]
Mais quelle est, au sein d'un peuple, la force capable de
détruire la protection? Ce n'est pas les prétentions de
l'étranger, mais l'union et l'énergie du peuple, fatigué d'être
victime d'intérêts privilégiés. Voyez ce qui se passe ici.
Qu'est-ce qui maintient les lois restrictives? C'est l'égoïsme et
la résolution de nos monopoleurs, les Knatchbull, les Buckingham,
les Richmond. Si l'étranger venait leur demander l'abandon de ces
lois, adhéreraient-ils à une telle requête? Certainement non. Les
exigences de l'étranger ne rendraient nos seigneurs ni plus
généreux, ni plus indifférents à leurs rentes, ni moins soucieux
de leur prépondérance politique. (Applaudissements.) Eh bien, en
cela les autres pays ne diffèrent pas de celui-ci; et si nous
allions réclamer d'eux des réductions de droits, ils ont aussi
des Knatchbull et des Buckingham engagés dans des priviléges
manufacturiers, et on les verrait accourir à leur poste pour y
défendre vigoureusement leurs monopoles. Ailleurs, comme ici, ce
n'est que la force de l'opinion qui affranchira le commerce.
(Écoutez! écoutez!) Je vous conseille de ne pas vous laisser
prendre à ce vieux conte de _réciprocité_; de ne point vous
laisser détourner de votre but par ces histoires d'ambassadeurs
allant de nation en nation pour négocier des traités de commerce
et des réductions réciproques de tarifs. Le peuple de ce pays ne
doit compter que sur ses propres efforts pour forcer
l'aristocratie à lâcher prise. (Acclamations.)--La question
maintenant est de savoir sous quelle forme nous nous adresserons
à la législature. Demanderons-nous aux landlords l'abrogation des
lois restrictives comme un acte de charité et de condescendance?
solliciterons-nous à titre de faveur, ou exigerons-nous comme un
droit la libre et entière disposition des fruits de notre
travail, soit que nous les devions à nos bras ou à notre
intelligence? (Bravos prolongés.) On a dit, je le sais, que le
joug de l'oppression avait pesé si longtemps sur la classe
moyenne, qu'elle avait perdu jusqu'au courage de protester, et
que son coeur et son esprit avaient été domptés par la servilité.
Je ne le crois pas. (Applaudissements.) Je ne puis pas croire que
les classes moyennes et laborieuses, du moment qu'elles ont la
pleine connaissance des maux que leur infligent les nombreuses
restrictions imposées à leur industrie par la législature,
reculent devant une démonstration chaleureuse et unanime
(bruyantes acclamations), pour demander d'être placées, avec les
classes les plus favorisées, sur le pied d'une parfaite
égalité.--Les propriétaires terriens me demanderont si, lorsque
je réclame l'abolition de leurs monopoles, je suis autorisé par
les manufacturiers à abandonner toutes les protections dont ils
jouissent. Je réponds qu'ils sont prêts à faire cet abandon
(applaudissements), et je rougirais de paraître devant cette
assemblée pour y plaider la cause de l'abrogation des
lois-céréales, si je ne réclamais en même temps l'abolition
radicale de tous les droits protecteurs, en quoi qu'ils puissent
consister. (Applaudissements.) C'est sur ce terrain que nous
avons pris position et que nous entendons nous maintenir. Les
lois-céréales, aussi bien que les autres droits protecteurs, ont
passé au Parlement alors que les classes manufacturières et
commerciales n'y étaient pas représentées, à une époque où ce
corps nombreux et intelligent, qui forme la grande masse de la
communauté, ne pouvait s'y faire entendre par l'organe de ses
députés. Vainement reproche-t-on aux manufacturiers de jouir des
bienfaits de la protection, comme par exemple de droits à
l'entrée des étoffes de coton à Manchester, ou de la houille à
Newcastle. (Rires.) N'est-il pas clair que les landlords ont
admis ces priviléges illusoires pour faire passer les leurs?
(Approbation.) Ce ne sont pas les manufacturiers qui ont établi
ces droits, c'est l'aristocratie, qui, pénétrant dans leurs
comptoirs, a la prétention de leur dicter quand, où et comment
ils doivent accomplir des importations et des échanges. Il est
puéril de reprocher à l'industrie ces droits protecteurs, car les
lois existantes n'émanent pas d'elle; et la responsabilité en
appartient tout entière, ainsi que celle de la détresse
nationale, au Parlement britannique. (Acclamations prolongées.)
On a dit que, si la cité de Londres était lente à entrer dans ce
mouvement, c'est qu'elle ne voulait pas recevoir de lois. Je n'ai
jamais compris que la Ligue ait cherché à s'imposer à qui que ce
soit. Nous sommes ici pour un objet commun, le bien-être de la
communauté, et, par-dessus tout, celui du commerce de Londres.
Est-il possible, par une interprétation absurde, de nous accuser
d'outrecuidance, lorsque nous nous bornons à venir dire aux
classes laborieuses: «Votre industrie sera mieux placée sous
votre direction que sous celle des chasseurs de renards de la
Chambre des communes (rires et applaudissements); elle prospérera
mieux sous le régime de la liberté que sous le contrôle
oppresseur de ces gentilshommes que des votes corrompus ont
transformés en législateurs.» (Tonnerre
d'applaudissements.)--J'arrive maintenant à cette question:
L'abrogation de la loi-céréale est-elle une mesure praticable? Si
nous pouvons convaincre le premier ministre et l'administration
que l'opinion publique est favorable à cette mesure, je suis
convaincu qu'elle sera proposée au Parlement; elle n'est pas
hors de notre portée, nous ne courons pas après un objet
impraticable. Des réformes plus profondes ont été préparées et
amenées par la discussion, par l'appel à la raison publique et au
moyen de ce qu'on nomme aujourd'hui _agitation_. Je crois que
l'aristocratie elle-même, si elle voit que le pays est décidé,
acquiescera par pudeur, et, sinon par pudeur, du moins par
crainte. (Bruyantes acclamations.) Vous redoutez la Chambre des
lords. Mais, quoi! il n'y a pas dans tout le pays un corps plus
complaisant! (Rires.) Il n'y a pas dans toute la métropole quatre
murs qui renferment une collection d'hommes si timides! Que le
pays manifeste donc sa résolution, et l'administration proposera
la mesure, les communes la renverront aux lords qui la voteront à
leur tour. Peut-être n'obtiendra-t-elle pas les suffrages du banc
des évêques, mais Leurs Révérences en seront quittes pour aller
se promener un moment en dehors de la salle. (Rires.) Les grands
propriétaires ont déjà montré d'autres sympathies de docilité,
par exemple en votant l'admission des bestiaux étrangers, ce
qu'ils se sont hâtés de faire lorsqu'ils ont vu qu'abandonner le
ministère, c'était renoncer à la portion d'influence que, par
certains arrangements, le cabinet actuel leur a assurée. Les
promesses solennelles faites aux fermiers ne les ont pas arrêtés.
En parcourant ces jours derniers un livre d'histoire naturelle,
je suis tombé sur la description d'un oiseau, et j'en ai été
frappé, tant elle s'applique aussi à ces gentilshommes
campagnards envoyés au Parlement comme monopoleurs, et qui
néanmoins admettent enfin les principes de la liberté
commerciale. Le naturaliste dit, en parlant du rouge-queue
(bruyants éclats de rires): «Son chant sauvage n'a rien
d'harmonieux; mais lorsqu'il est apprivoisé, il devient d'une
docilité remarquable. Il apprend des airs à la serinette; il va
même jusqu'à parler.» (Rires prolongés.) Que l'administration
présente donc une mesure décisive, et les grands seigneurs s'y
soumettront, car tout le monde peut avoir remarqué que, dans la
dernière session, leurs discours ont eu une teinte apologétique,
et semblent avoir été calculés plutôt pour excuser que pour
soutenir les lois-céréales. Quelques personnes pourront penser
que je vais trop loin en demandant l'abrogation totale (non,
non); mais je les prie d'observer qu'une _protection modérée_
empêcherait l'entrée d'une certaine quantité de blé, et que,
relativement à cette quantité, elle agirait comme une
_prohibition absolue_. C'est donc un sophisme de dire que la
protection diffère en principe de la prohibition. La différence
n'est pas dans le principe, mais dans le degré. La Ligue a
répudié le principe même de la protection. Elle proclame que
toutes les classes ont un droit égal à la liberté des échanges et
à la rémunération du travail. (Approbation.) Je sais qu'on me
dira que l'Angleterre est un pays favorisé, et qu'elle devrait se
contenter de ses avantages; mais je ne puis voir aucun avantage à
ce que les ouvriers de l'Angleterre ne soient pas pourvus des
choses nécessaires à la vie aussi bien que ceux des États-Unis ou
d'ailleurs. On peut se laisser éblouir et séduire par les parties
ornementales de notre constitution et l'antiquité vénérable de
nos institutions; mais la vraie pierre de touche du mérite et de
l'utilité des institutions, c'est, à mon sens, que le grand corps
de la communauté atteigne à une juste part des nécessités et du
confort de la vie. Je dis que, dans un pays comme celui-ci, qui
possède tant de facilités industrielles et commerciales, tout
homme sain de corps et de bonne volonté, doit pouvoir atteindre
non-seulement à ce qui soutient, mais encore à ce qui améliore,
je dis plus, à ce qui embellit l'existence. (Applaudissements.)
C'est ce qu'admet la cité de Londres, dans le mémoire qu'elle a
récemment soumis au premier ministre, au sujet de la
colonisation. N'ayant pas lu ce mémoire, je ne m'en fais pas le
juge, mais je sais qu'il a été signé par des adversaires comme
par des partisans de la liberté commerciale. Quant aux premiers,
je leur demanderai, avec tout le respect que je leur dois,
comment ils peuvent, sans tomber en contradiction avec eux-mêmes,
nous engager à créer au loin et à gros frais de nouveaux marchés
pour l'avenir, quand ils nous refusent l'usage des marchés déjà
existants. Je ne puis concilier le refus qu'on nous fait du
libre-échange avec les États-Unis, où il existe une population
nombreuse, qui a les mêmes besoins et les mêmes goûts que celle
de ce pays, avec l'ardeur qu'on montre à créer de nouveaux
marchés, c'est-à-dire à provoquer l'existence d'une population
semblable à celle des États-Unis, et cela pour ouvrir dans
l'avenir des débouchés à notre industrie. C'est là une
inconséquence manifeste. Quant à ceux qui soutiennent à la fois
et les principes de la Ligue et le projet de colonisation,
n'ont-ils pas à craindre de s'être laissé entraîner à appuyer une
mesure que le monopole considère certainement comme une porte de
secours, comme une diversion de ce grand mouvement que la Ligue a
excité dans le pays? (Écoutez!) Je ne veux pas contester les
avantages de la colonisation; mais il me semble qu'il faut
savoir, avant tout, si l'ouvrier veut ou ne veut pas vivre sur sa
terre natale. (Approbation.) Je sais bien que les personnes
auxquelles je m'adresse n'entendent pas appuyer l'_émigration
forcée_; je suis loin de leur imputer une telle pensée. Mais il y
a deux manières de forcer les hommes à l'exil. (Écoutez!
écoutez!) La première, c'est de les prendre pour ainsi dire corps
à corps, de les jeter sur un navire, et de là sur une plage
lointaine; la seconde, c'est de leur rendre la patrie si
inhospitalière qu'ils ne puissent pas y vivre (acclamation), et
je crains bien que l'effet des lois restrictives ne soit de
pousser à l'expatriation des hommes qui eussent préféré le foyer
domestique. (Applaudissements.) Messieurs, j'ai abusé de votre
patience. (Non, non, parlez, parlez.) On vous dira que les autres
nations sont, comme celle-ci, chargées d'entraves et de droits
protecteurs; cela n'affaiblit en rien mon argumentation. Nous
devons un exemple au monde. C'est à nous, par notre foi en nos
principes, à déterminer les autres peuples à se débarrasser des
liens dont les gouvernements les ont chargés. Notre exemple
sera-t-il suivi? C'est ce que nous ne saurions prédire. Notre but
est le bien général, notre moyen un grand acte de justice. C'est
ainsi que déjà nous avons émancipé les esclaves; et puisque les
lois-céréales sont aussi l'esclavage sous une autre forme, je ne
puis mieux terminer que par ces paroles de Sterne, car il n'y en
a pas de plus vraies: «Déguise-toi comme il te plaira, esclavage,
ta coupe est toujours amère, et elle n'a pas cessé de l'être
parce que des milliers d'êtres humains y ont trempé leurs
lèvres.» (L'orateur s'assoit au bruit d'applaudissements
prolongés.)
Le président, en introduisant M. Bright, dit que quoiqu'il ne puisse
pas le présenter à l'assemblée comme représentant de Durham, il n'est
personne qui mérite plus de sa part un chaleureux et gracieux accueil.
M. Bright raconte qu'étant à Nottingham pour y poser en face des
électeurs la question commerciale, qui, selon toute apparence,
triomphera dans la personne d'un membre de la Ligue, M. Gisborne
(applaudissements), il apprit qu'une réélection allait avoir lieu à
Durham, où un grand nombre d'électeurs étaient disposés en faveur d'un
candidat _free-trader_[27]. Je m'empressai de m'y rendre, continue M.
Bright, sans la moindre intention de me présenter moi-même aux
suffrages des électeurs, mais pour appuyer tout candidat qui
professerait nos principes. Par suite de quelques malentendus, aucun
candidat libéral ne se présentant, des hommes graves et réfléchis me
pressèrent de me porter moi-même. Le temps me manquait pour prendre
conseil de mes amis politiques; je me déterminai à publier une adresse
qui parut à huit heures; à onze l'élection commença.--Lorsqu'on
considère que Durham est une ville épiscopale (rires); que le marquis
de Londonderry exerce sur ce bourg une influence énorme quoique
très-inconstitutionnelle, disposant de cent électeurs qui votent comme
un seul homme sous ses inspirations; que mon adversaire est un homme
d'un rang élevé; qu'il a déjà représenté Durham, et qu'il a eu tout le
temps qu'il a voulu pour préparer l'élection, je crois qu'on peut voir
dans ce qui vient de se passer le présage certain d'un prochain
triomphe, puisque j'ai obtenu 406 suffrages contre 507, ce qui
constitue la plus forte minorité que le parti libéral ait jamais
obtenue à Durham depuis le bill de réforme, etc.
[Note 27: _Free-trader_, partisan de la liberté commerciale.]
L'orateur continue son discours au milieu d'applaudissements
réitérés.
Le président, en fermant la séance, renouvelle à tous les assistants
la recommandation de propager autant que possible les journaux qui
inséreront le procès-verbal dans leurs colonnes.