Mais je fais une hypothèse. J’admets que nous suivions tous le courant.
Je dis tous, sauf le Pape, car l’hypothèse ne peut aller jusque-là.
Qu’en résulterait-il? Il y aurait une force de moins sur la terre.
Quelle force? Ah! ce ne serait point la force barbare, ni la force
brutale...
La force qu’il y aurait de moins sur la terre serait cette force par
laquelle il a plu à Dieu jusqu’ici de vaincre le monde, et le monde
jusqu’ici est encore vaincu. Dieu triomphe par un petit nombre de
fidèles; ce petit nombre, _pusillus grex_, à qui il est dit, comme au
commencement: «Ne craignez point»; ce petit nombre qui est appelé le sel
de la terre. _Si le sel s’affadit, avec quoi salera-t-on?[15]_
[15] Matth., V. 13.
O sagesse prophétique de la parole divine! le grain de sable est la
sentinelle de Dieu sur le bord de l’Océan, et lui dit: _Non amplius!_ Le
grain de sel est la vigueur des montagnes et la fécondité des vastes
prairies.
Nous nous tournons vers le Crucifié de Jérusalem, vers le Crucifié de
Rome, vers sa vérité abandonnée et trahie; nous lui disons: Je te crois,
je t’adore et je veux bien être foulé aux pieds comme toi, tourné en
dérision comme toi; je veux bien mourir avec toi!... Nous disons cela,
et le monde est vaincu.
Il ne sera jamais vaincu autrement, jamais nous ne lui arracherons
autrement ses armes, dans le but de les transfigurer et de les
sanctifier en nous en servant pour éteindre toute voix de blasphème et
aplanir tout obstacle entre les petits de ce monde et l’éternelle
vérité. Car il faut que tout homme sache et prononce ces paroles, ce
_Credo_ qui seul peut délivrer le monde, cet _adveniat_ qui sollicite
l’éternelle paix.