Vous savez, mon cher collègue et bon ami, que nos élèves se réunissent
tous les matins et tous les soirs dans une salle d'étude, pour préparer
ou repasser leurs devoirs, et que je remplis religieusement la promesse
que je vous fis, un jour, chez vous. L'administration avait bien senti
les avantages de ces études, et l'expérience l'a confirmé, il est donc
important de le rendre aussi profitable que possible aux élèves; et
c'est ce qu'on ne pourra obtenir si elles sont exclusivement destinées
aux surveillants qui ne peuvent s'intéresser assez aux progrès des
élèves et n'ont pas assez de force pour les maintenir.
M. Macé Mauclerc qui vient de partir avait bien voulu s'en charger,
quoique ce fût hors de ses attributions de venir aider les surveillants.
Le peu d'habitude qu'il avait des signes aurait toujours laissé encore
beaucoup de choses à désirer; mais du moins sa présence faisait régner
la tranquillité et l'ordre dans les classes et dans l'étude.
Maintenant si nous abandonnons les surveillants à eux-mêmes, nul doute
que ces études si importantes n'offrent bientôt le spectacle de
quelques-uns de nos ateliers.
Il est donc urgent d'y placer quelqu'un qui puisse montrer aux
surveillants la manière de diriger ces études et qui ait l'oeil sur
eux, en même temps que sur les élèves, pour m'en rendre compte.
J'ai jeté, pour cet emploi si nécessaire, les yeux sur M. Bébian. Son
zèle et son amour pour les sourds-muets sont de sûrs garants qu'il le
remplira à merveille, et qu'il acceptera avec plaisir ce surcroît de
travail. Mais pour lui donner toute l'autorité nécessaire, vous jugerez
sans doute ainsi que moi que nous devons le faire nommer par le ministre
_censeur des études_. Cette place n'est pas une nouveauté, elle fait
partie de l'organisation des colléges royaux. On lui doit la discipline
et le bon ordre qu'on y voit régner. Ce moyen qui n'augmenterait pas
d'un centime la masse des traitements, nous attacherait un sujet
précieux que nous sommes sur le point de perdre si nous négligeons ce
moyen, et cette perte serait incalculable. Vous connoissez l'inanité de
tout ce qui m'entoure et l'immense supériorité de ce bon jeune homme.
Personne n'a mieux saisi l'esprit de ma méthode.
Quoique cette demande n'ait rapport qu'aux études et me regarde plus
personnellement, le zèle qui anime mes honorables collègues pour le bien
de cet établissement, me fait espérer qu'ils ne refuseront pas de se
joindre à moi pour cela. Qu'en pensez-vous? Daignez m'écrire un mot à ce
sujet et agréer mes respectueuses et tendres amitiés.
L'abbé SICARD.