31 Mars 1819.

Vous savez, mon cher collègue et bon ami, que nos élèves se réunissent

tous les matins et tous les soirs dans une salle d'étude, pour préparer

ou repasser leurs devoirs, et que je remplis religieusement la promesse

que je vous fis, un jour, chez vous. L'administration avait bien senti

les avantages de ces études, et l'expérience l'a confirmé, il est donc

important de le rendre aussi profitable que possible aux élèves; et

c'est ce qu'on ne pourra obtenir si elles sont exclusivement destinées

aux surveillants qui ne peuvent s'intéresser assez aux progrès des

élèves et n'ont pas assez de force pour les maintenir.

M. Macé Mauclerc qui vient de partir avait bien voulu s'en charger,

quoique ce fût hors de ses attributions de venir aider les surveillants.

Le peu d'habitude qu'il avait des signes aurait toujours laissé encore

beaucoup de choses à désirer; mais du moins sa présence faisait régner

la tranquillité et l'ordre dans les classes et dans l'étude.

Maintenant si nous abandonnons les surveillants à eux-mêmes, nul doute

que ces études si importantes n'offrent bientôt le spectacle de

quelques-uns de nos ateliers.

Il est donc urgent d'y placer quelqu'un qui puisse montrer aux

surveillants la manière de diriger ces études et qui ait l'oeil sur

eux, en même temps que sur les élèves, pour m'en rendre compte.

J'ai jeté, pour cet emploi si nécessaire, les yeux sur M. Bébian. Son

zèle et son amour pour les sourds-muets sont de sûrs garants qu'il le

remplira à merveille, et qu'il acceptera avec plaisir ce surcroît de

travail. Mais pour lui donner toute l'autorité nécessaire, vous jugerez

sans doute ainsi que moi que nous devons le faire nommer par le ministre

_censeur des études_. Cette place n'est pas une nouveauté, elle fait

partie de l'organisation des colléges royaux. On lui doit la discipline

et le bon ordre qu'on y voit régner. Ce moyen qui n'augmenterait pas

d'un centime la masse des traitements, nous attacherait un sujet

précieux que nous sommes sur le point de perdre si nous négligeons ce

moyen, et cette perte serait incalculable. Vous connoissez l'inanité de

tout ce qui m'entoure et l'immense supériorité de ce bon jeune homme.

Personne n'a mieux saisi l'esprit de ma méthode.

Quoique cette demande n'ait rapport qu'aux études et me regarde plus

personnellement, le zèle qui anime mes honorables collègues pour le bien

de cet établissement, me fait espérer qu'ils ne refuseront pas de se

joindre à moi pour cela. Qu'en pensez-vous? Daignez m'écrire un mot à ce

sujet et agréer mes respectueuses et tendres amitiés.

L'abbé SICARD.

L'abbé Sicard célèbre instituteur des sourds-muets, successeur immédiat de l'abbé de l'Épée · 第 85 / 115 题