VIII

LES CALAOS ET LES CRAPAUDS

(Malinké).

En ce temps-là, crapauds et calaos vivaient en bonne intelligence. Le

roi calao avait donné sa fille en mariage au roi des crapauds.

Un fils était né de cette union. Un jour, il dit à sa mère: «Je vais

rendre visite à «grand-papa calao». Il se mit en route avec un camarade

et ils arrivèrent chez le grand-père.

Le camarade du prince crapaud se prit de querelle avec un des oncles de

son ami. Celui-ci le saisit et--crac!--d'un coup de bec, il le coupa en

deux. L'oncle calao avala par mégarde un des morceaux et surpris d'y

trouver si bon goût, il porta l'autre morceau au grand-père calao en

lui disant: «Baba! la chair de ces sales bêtes est délicieuse à manger.

Goûtes-en donc!»

Grand-papa calao prit le morceau et l'avala. La chair de crapaud lui

parut d'une saveur réellement très agréable. Il y prit goût à tel point

qu'il résolut de s'en procurer de nouveau. Mais il ne voyait pas le

moyen de parvenir à ses fins.

Il alla trouver le chat[155] et lui fit part de son désir et de son

embarras. «Tu es le beau-père du roi des crapauds, lui répondit le chat.

Eh bien! tu n'ignores pas que, lorsqu'on a accordé sa fille à quelqu'un,

l'usage veut que le gendre vienne cultiver le champ de son beau-père!

Envoie inviter le roi crapaud à défricher ton lougan demain matin. Il

viendra, accompagné de tout son peuple, et tu pourras faire d'eux tout

ce qu'il te plaira».

[Note 155: Le chat joue ici le rôle de conseiller comme dans le conte:

«D'où vient le soleil.»]

Grand-père calao envoya donc mander son gendre. Et toute la gent

crapaude arriva, précédée d'un griot[156] qui frappait du dounnou[157] et

qui chantait:

Culture pour le beau-père (bis).

Culture de la gent crapaude pour le beau-père!

[Note 156: Griot: bouffon, poète et chanteur domestique.]

[Note 157: Dounnou: gros tambour bambara.]

Tous les calaos s'étaient cachés autour du lougan. Les crapauds

pénétrèrent dans le champ de grand-papa calao, sans donner d'autre avis

de leur venue--comme, d'ailleurs, le prescrivent les convenances en

pareil cas.--Et ils commencèrent à défricher.

Tous en même temps, les calaos se précipitèrent sur eux et les gobèrent.

Depuis lors jamais plus crapauds et calaos ne redevinrent d'accord.

Bogandé 1911.

KAMORY KEÏTA dit SAMBA DIALLO, 1911.

Interprété par SAMAKO NIEMBÉLÉ

dit SAMBA TARAORÉ.

ÉCLAIRCISSEMENTS:

Comparer à la fable de La Fontaine. Le chat et les 2 moineaux.

[Illustration: (une frise)]

Essai sur la littérature merveilleuse des noirs, suivi de Contes indigènes de l'Ouest africain français - Tome premier · 第 58 / 69 题