I.--Non, je ne suis pas de ces êtres stupides et orgueilleux qui se
lassent du bonheur. Si j'avais le bonheur, je le savourerais comme
jamais homme ne l'a savouré. Je ne me défends pas d'aimer. Je livre mon
être et ma vie à quelqu'un qui ne veut pas ou ne peut pas s'en emparer:
voilà tout. L'amour est un échange d'abandon et de délices; c'est
quelque chose de si surnaturel et de si divin, qu'il faut une
réciprocité complète, une fusion intime des deux âmes; c'est une trinité
entre Dieu, l'homme et la femme. Que Dieu en soit absent, il ne reste
plus que deux mortels aveugles et misérables, qui luttent en vain
pour entretenir le feu sacré, et qui l'éteignent en se le disputant,
influence divine, ce n'est, pas moi qui t'ai chassée du sanctuaire!
c'est _elle_, c'est son orgueil insatiable; c'est son inquiétude
jalouse, qui t'éloignent sans cesse.