27, minuit.
Quel temps à porter la mort dans l'âme!... Encore ce soir, j'ai trop
lu et trop peu travaillé. Héloïse, sainte Thérèse, divines figures,
créations sublimes du grand artiste de l'univers!
Des sons lamentables assiègent mon oreille. Ce n'est pas une voix
humaine, ce grognement sourd. Est-ce le bruit d'un métier?
J'ai ouvert ma fenêtre, malgré le froid, pour essayer de comprendre ce
bruit désagréable qui m'eût empêché de dormir si je n'en avais découvert
la cause.
J'ai entendu plus distinctement: c'est le son d'un instrument qu'on
appelle, je crois, une contre-basse.
La voix plus claire des violons m'a expliqué que cela, faisait partie
d'un orchestre jouant des contredanses. Il y a des gens qui dansent par
un temps pareil! quand la, mort semble planer sur cette ville funeste!
Comme elle est triste, entendue ainsi à distance, et par rafales
interrompues, leur musique de fête!
Cette basse, dont la vibration pénètre seule, par le courant d'air de ma
cheminée, et qui répète à satiété sa lugubre ritournelle, ressemble au
gémissement d'une sorcière volant sur mon toit pour rejoindre le sabbat.
Je m'imagine que ce sont des spectres qui dansent ainsi au milieu d'une
nuit si noire et si effrayante!