Il y a quelques années, un de nos amis partant pour la Suisse nous
chargea de ranger des papiers qu'il avait laissés à la campagne, chez
sa mère, bonne femme peu lettrée, qui nous donna le tout, pêle-mêle, à
débrouiller. Beaucoup des manuscrits de Jacques Laurent avaient déjà
servi à faire des sacs pour le raisin, et c'était peut-être la première
fois qu'ils étaient bons à quoique chose. Cependant nous eûmes le
bonheur de sauver deux cahiers qui nous parurent offrir quelque intérêt.
Quoiqu'ils n'eussent rien de commun ensemble, en apparence, la même
ficelle les attachait, et nous prîmes plaisir à mettre en regard les
interruptions d'un de ces manuscrits avec les dates de l'autre; ce qui
nous conduisit à en faire un tout que nous livrons à votre discrétion
bien connue, amis lecteurs. Nous avons désigné ces deux cahiers par les
numéros 1 et 2, et par les titres de _Travail_ et _Journal_. Le premier
était un recueil de notes pour un ouvrage philosophique que Jacques
Laurent n'a pas encore terminé et qu'il ne terminera peut-être jamais.
Le second était un examen de son coeur et un récit de ses émotions qu'il
se faisait sans doute à lui-même.