DE QUELQUES IMPOTS SINGULIERS: LE POURBOIRE, LES ÉTRENNES, ETC.

Le premier de mes devoirs aujourd'hui serait de vous décrire

l'exposition de Barbedienne, ou les magasins de Lafontaine. Ces

messieurs étalent, au jour de l'an, tout ce que l'art du bronzier a

produit ou reproduit de plus artistique, et leurs collections méritent

sans doute un coup d'oeil. Je devrais aussi vous recommander quelques

beaux livres d'étrennes, comme le _Perrault_, ou _le Savant du foyer_,

de mon spirituel ami M. Louis Figuier, ou _la Comédie enfantine_ de

Louis Ratisbonne, ou les _Récréations instructives_ de M. Jules

Delbruch, ou l'_Histoire d'une bouchée de pain_, véritable chef-d'oeuvre

de M. Macé, ou même cette belle édition du _Roi des montagnes_, que Doré

a illustrée avec tant de verve et tant d'esprit...; mais non. La

perspective du jour de l'an me paralyse, et le seul nom des étrennes me

fait horreur.

Je veux bien vous parler de Castellani, mais à une condition: c'est que

vous n'irez point acheter des étrennes dans son musée. Décompléter une

collection comme celle-là serait un crime. Heureusement, les

chefs-d'oeuvre qu'il expose ne sont pas de ceux qui plaisent au bon

public de Paris; heureusement encore, on les vend cher, très-cher,

absurdement cher. Bravo, Castellani! repoussez, chassez, découragez la

bourgeoisie parisienne. Dites-lui clairement que vous n'êtes pas un

industriel, mais un archéologue et un artiste; que vous ne travaillez

pas pour la vente, mais pour la gloire. Et gardez votre collection au

grand complet, pour la joie de quelques adeptes et l'admiration de

quelques amis.

Ceci n'est point une plaisanterie. Tout le monde connaît l'histoire de

ce fameux Cardillac qui assassinait ses clients en plein Paris, pour

reprendre les bijoux qu'il leur avait vendus. Castellani ne pousse pas

si loin la jalousie; mais je suis persuadé qu'il trouve cent fois plus

de plaisir à garder ses ouvrages qu'à les vendre. J'ai surpris son

secret dès notre première entrevue. C'était à Rome, il y a quatre ans.

J'étais entré dans cette maison, dans ce musée, où l'on ressuscite,

depuis trente ans et plus, tous les miracles de l'orfévrerie antique.

Lorsque j'abordai Alexandre Castellani, il me prit pour un acheteur, et

fronça légèrement le sourcil. Je le rassurai bien vite, en lui disant

que j'étais un simple curieux, un amateur platonique. Alors il s'attacha

gracieusement à moi, et me retint deux heures au milieu de ses

merveilles. Il me montra, par le menu, tout ce qu'il possédait de plus

beau en couronnes, en colliers, en bracelets, en épingles, anneaux et

pendants d'oreilles; ses bijoux sacerdotaux, conjugaux, militaires,

funéraires, religieux; la série grecque, la série étrusque, la série

romaine, la série byzantine et le moyen âge jusqu'à la renaissance; il

m'apprit à déchiffrer toutes ses inscriptions, me fit voir à la loupe

toutes ses pierres gravées, et retourna tous ses scarabées sur le dos.

C'était plaisir de voir avec quelle sensualité charmante il aspirait les

parfums du passé! Lorsqu'il allait prendre au fond d'un tiroir quelqu'un

de ses précieux modèles, une bulle de Cumes, un collier de Kertch ou un

bracelet de Tarquinie, ses yeux s'allumaient d'une flamme sacrée et

renvoyaient étincelle pour étincelle à chacun des petits granules d'or.

C'est qu'il est savant comme l'Académie des inscriptions, cet orfévre!

Un des petits bonheurs de sa vie, c'est d'avoir retrouvé au fond d'un

tombeau les boucles d'oreilles _triglene_ qu'Homère avait décrites dans

le portrait de Junon. Les procédés de soudure employés par les Étrusques

semblaient perdus depuis longtemps. Il a eu l'idée de chercher jusqu'au

fond des Apennins si la tradition ne les aurait pas conservés dans

quelque bourgade; et il a découvert, à Sant'Angelo in Vado, des paysans

qui soudaient l'or à la mode étrusque! N'est-ce pas prodigieux?

Il me fit remarquer que, dans les bijoux chrétiens de l'époque

byzantine, on trouvait de tout, excepté des pendants d'oreilles: les

Pères de l'Église les avaient proscrits, comme des ornements païens.

--Le clergé d'aujourd'hui n'est plus si sévère, ajoutait-il; la madone

de Loreto n'a-t-elle pas à chaque oreille une girandole de diamants?

Je me rappellerai toute ma vie cette longue et charmante conversation,

qui m'initia pour la première fois aux mille petits secrets de l'art le

plus délicat et le plus friand. Mais je n'oublierai pas non plus

l'expression de reconnaissance qui se peignit sur le visage de l'artiste

lorsque je pris congé de lui sans rien emporter de son trésor. Il me

salua d'un regard qui semblait dire: «Vous étiez libre de tout prendre

ici pour quelques centaines de mille francs. La société est si mal

organisée, la loi si brutale, que j'aurais été sans défense contre une

telle spoliation: vous renoncez généreusement à votre droit, merci!»

A quelque temps de là, je pris la liberté d'écrire au bas du _Moniteur_

toute l'admiration que j'avais éprouvée chez Castellani. J'appris

ensuite que le pauvre Alexandre avait été exilé de Rome par le ministère

Antonelli. Chaque gouvernement encourage les arts à sa manière.

L'orfévre romain avait commis un crime politique en ciselant la poignée

d'une épée pour l'empereur Napoléon III. A Dieu ne plaise que je blâme

la logique de Son Éminence le cardinal Antonelli! mais enfin l'empereur

Napoléon III a besoin d'une épée, ne fût-ce que pour défendre le

saint-siége et le saint-père.

Alexandre Castellani, chassé de Rome, vint à Paris. Il employa son temps

à écrire des vers et à faire de la musique; car il est poëte et

dilettante, et l'un des meilleurs amis de Rossini. Ce n'est guère que

depuis un an qu'on l'a décidé à importer ici quelques bijoux de Rome. Il

s'est fait un petit cabinet au rez-de-chaussée du nº 120, avenue des

Champs-Élysées. Pas d'enseigne, pas d'annonces; la prudence d'un

conspirateur! Il aurait volé ses bijoux, qu'il ne les cacherait pas

mieux. Quelques amis, quelques savants, quelques clients, triés dans

l'aristocratie européenne, connaissent seuls le chemin. Il faut sonner à

la porte; il faut presque un mot de passe pour entrer. Entré, l'on ne

voit rien que trois tables couvertes de velours. Mais, si votre figure

inspire une certaine confiance; si vous ressemblez plus à un érudit qu'à

un financier; si l'on peut espérer que vous ne ferez point une razzia de

merveilles, on écarte les tapis de velours, et vous contemplez l'art

antique face à face.

Peu de personnes ont pénétré dans cet intérieur: l'album où les

empereurs et les gens de lettres écrivent leurs noms à la file est à

peine à la quinzième page. Ah! je vous ai prévenu qu'on n'entrait pas là

comme au moulin! La porte ne s'ouvre jamais avant midi; on ferme

rigoureusement à quatre heures. Toutes les précautions ont été prises

pour écarter la grosse foule. Quelques gens du monde, quelques

académiciens, quelques princes, quelques lettrés, rien de plus. On veut

rester entre soi, et l'on fait bien.

Je ne crois pas que le succès de Castellani puisse faire aucun tort à la

bijouterie parisienne. L'illustre Romain est trop exclusif et trop cher;

mais j'espère que ses petites expositions et la prochaine arrivée de la

collection du musée Campana amèneront une sorte de révolution dans l'art

français. Le premier Empire, après l'expédition d'Égypte et quelques

études sommaires sur l'antiquité grecque et romaine, a produit, en

sculpture, en architecture et en orfévrerie, une école un peu roide, un

peu froide, et légèrement gourmée. C'est le faux antique; aujourd'hui,

grâce à Dieu, à Castellani et à l'infortuné Campana, nous arriverons

peut-être au vrai. On ne tardera guère à s'apercevoir que les anciens,

nos maîtres en tous arts, ont travaillé avec une liberté très-légère et

très-élégante. On abandonnera le _rococo_ régnant, qui était magnifique

dans les oeuvres du Bernin, mais qui, réduit à des proportions

mesquines, est tombé peu à peu dans la mollesse et la pommade. J'espère

que les Lemonnier, les Mellerio, les Fontana, tous ces artistes de haute

valeur qui font encore trop de concessions à une école décrépite,

apprécieront, avant deux ans, les beaux modèles de l'antiquité. Déjà, à

Londres, les Mortimer et les Hancock travaillent dans le solide et dans

le grand, et la France, qui va se parer chez eux, leur pardonne un

certain excès de robustesse pesante. Le temps approche où nos maîtres,

retrempés aux sources pures de l'antiquité, deviendront, comme Achille,

invulnérables à la concurrence. En avant, messieurs les orfévres!

essayez dans votre art une de ces révolutions généreuses que les frères

Ponon entreprennent avec tant de succès dans l'ameublement. J'ai

rencontré deux visiteurs, en tout, chez mon ami Castellani. L'un était

M. Beulé, de l'Institut, mon cher compagnon de l'école d'Athènes; il

venait chercher un collier étrusque pour sa jeune femme. L'autre était

un jeune Valaque terriblement riche, et pourtant homme de goût, M. A...,

qui vient de se meubler un appartement grec en plein coeur de Paris.

Voilà des signes du temps, si je ne m'abuse. Si la science et la

naissance se donnent rendez-vous au même rez-de-chaussée, ce n'est pas

sans de bonnes raisons. _Amen!_

Mais je me rappelle un peu tard que j'avais trempé ma plume dans

l'encrier pour foudroyer l'abominable institution des étrennes. Je les

déteste autant que vous, et pour cause. Les étrennes sont un impôt

progressif, qui pèse sur le pauvre bien plus lourdement que sur le

riche.

Le pourboire, institution parisienne (car le _trinkgeld_ des Allemands

et la _buona mano_ des Italiens ne sont que des jeux d'enfant), le

pourboire, dis-je, est aussi un impôt progressif en sens inverse. Les

riches, qui vont au bois de Boulogne dans leur voiture, qui dînent chez

eux, prennent le café chez eux et se font raser par leur valet de

chambre, ne connaissent que de réputation l'odieuse tyrannie du

pourboire. Mais le pauvre diable qui dîne mal et cher au restaurant, et

qui est condamné, par l'usage, à payer un surplus de cinq à dix pour

cent aux garçons qui l'ont fait attendre; le malheureux qui paye dix

sous une tasse de café de quarante centimes, ajoute vingt pour cent au

tarif normal de la consommation, et fournit ainsi, de sa grâce, cent ou

cent vingt mille francs par an à la recette de quelques estaminets!

Voilà un homme qu'il faut plaindre. Et personne ne le plaint! et, ce que

j'admire par-dessus tout, il est tellement acoquiné à son mal, que

l'infortuné oublie de se plaindre lui-même!

Les cochers de Paris recevaient, il y a dix ans, deux sous de pourboire,

et remerciaient le voyageur. Il y a cinq ans, on a pris l'habitude de

leur donner vingt-cinq centimes par heure ou par course, et ils ont bien

voulu dire merci. Aujourd'hui, je leur donne dix sous, et vous aussi,

probablement, et ils ne nous remercient que pour la forme. Dans deux

ans, si rien ne change, ils accableront d'injures le mal-appris qui ne

leur donnera pas un franc. A qui la faute? A vous, à moi, à l'usage, à

ce despote que les démocrates les plus purs n'ont pas encore mis hors la

loi.

On pourrait s'affranchir de cette contribution; mais il faudrait d'abord

être riche. Je connais un jeune homme qui donne aux cochers de remise le

prix du tarif, et rien de plus. Un jour qu'il avait devant moi payé deux

francs pour une course, je ne pus me défendre de laisser voir un certain

étonnement.

--Mon cher ami, me dit-il, les cochers oubliaient trop souvent de me

dire merci, quand je leur mettais en main une aumône de dix sous. J'ai

pris un grand parti, et supprimé le pourboire: mes moyens me le

permettent, car j'ai quatre-vingt mille francs de rente. Vous n'oseriez

jamais en faire autant, vous qui n'êtes qu'un ouvrier de la plume, et

qui vivez de votre travail. On dirait: «Cet homme est pauvre; donc, il

est mal payé; donc, il n'a point de talent.» Et vous ne vous consoleriez

jamais de laisser une telle idée dans l'esprit d'un cocher qui ne sait

pas votre nom et qui ne vous reverra probablement jamais. C'est la

vanité qui donne pour boire aux êtres les moins intéressants de la

société. Moins on a de quoi donner, plus on donne; car le plaisir de

paraître est le luxe des pauvres, dans notre glorieux pays. Quant à moi,

je n'ai pas besoin de paraître, puisque j'ai quatre-vingt mille francs

de rente; c'est pourquoi je paye la course du cheval sans acheter

l'estime du cocher.

--Mais si le cocher vous disait des injures?

--J'écrirais quatre mots à la préfecture de police, et l'on

s'empresserait de faire droit à ma réclamation, puisque j'ai

quatre-vingt mille francs de rente. Notez, d'ailleurs, que le pourboire,

si quelques riches comme moi n'y mettaient bon ordre, deviendrait un

abus trop abusif. Dans la plupart des hôtels, le service se paye à part,

et le voyageur se soumet encore à l'obligation de donner pour boire aux

gens de service. A la taverne britannique de la rue de Richelieu, le

service est coté sur la carte payante; mais oubliez ensuite de donner

pour boire au garçon, vous verrez s'il vous aide à passer les manches de

votre paletot!

Mon ami riche avait raison, je suis forcé d'en convenir; et pourtant je

n'oserai jamais faire comme lui, parce que je ne serai jamais aussi

riche. Moins on a, plus on donne; c'est la devise du peuple français, le

plus spirituel peuple du monde, comme dit le _Guide des Voyageurs_.

Le pire est qu'un malheureux, après s'être épuisé toute l'année en

pourboires, est tenu de payer, au jour de l'an, un pourboire

supplémentaire à tous ceux qui l'ont mal servi. En vérité, les riches

sont bien heureux: d'abord, parce qu'ils ont de l'argent; ensuite, parce

que nul n'a le droit de le leur prendre. Toutes les grandes familles de

Paris demeurent à la campagne jusqu'au milieu du mois de janvier. Elles

économisent sur leurs revenus, tandis que le rentier modeste ou le petit

employé d'un ministère se laisse plumer sans résistance par les garçons

de sa gargote, les clercs de son coiffeur, le facteur, qui lui fait

acheter cinq francs un almanach de deux liards, et le commis du

pâtissier voisin, et le porteur de pain, et le porteur du journal, et le

porteur d'eau, et le conducteur de l'omnibus, et la laitière, et vingt

autres! S'il avait au moins un domestique pour expulser tous ces

importuns! Mais non: l'infortuné ouvre sa porte lui-même, et il reste

désarmé, sans cuirasse, devant ces malfaiteurs privilégiés qui lui

demandent la bourse ou la vie! Les Anglais ont inscrit dans la loi

l'inviolabilité de la personne, l'_habeas corpus_. Ne pourrait-on y

ajouter l'inviolabilité de la bourse, surtout pour ceux qui ont la

bourse vide? Messieurs du Corps législatif, donnez-nous, pour nos

étrennes de l'an prochain, un bon _habeas pecuniam_!

J'avoue que, pour les riches vraiment riches, pour les Sina, les

Rothschild et les Péreire, le premier jour de l'année doit être un

heureux moment. Il est si doux de faire des heureux, et surtout des

heureuses! Avoir ses entrées au foyer de l'Opéra, et envoyer, le 31

décembre, deux parures de cent mille francs à mademoiselle Thibert et à

mademoiselle Savel, c'est faire le métier d'un dieu sur la terre; c'est

jouer le rôle de Jupiter dans l'incomparable féerie de _Danaé_! Mais

porter soi-même, dans les poches d'un gros paletot, un kilogramme de

bonbons à douze francs chez une jolie femme qui en a reçu deux cent

cinquante, quelle pitié! quelle déception! quelle duperie! A quoi bon,

juste ciel? A faire ressortir la misère du donateur et à frapper

d'indigestion quelque femme de chambre au nez retroussé; car les bonbons

durent huit jours, au maximum, et la dame la mieux constituée ne saurait

en manger plus de cinq ou six kilogrammes dans la semaine.

Il est vrai que les kilogrammes de bonbons ne pèsent pas beaucoup plus

de sept cents grammes. On n'a jamais su pourquoi. C'est encore une des

friponneries du nouvel an, et celle-là s'abrite derrière les immunités

les plus anciennes: la police n'y prend garde, ni les acheteurs non

plus. Nous faisons condamner à quinze jours de prison et à cinquante

francs d'amende un boulanger qui a triché de six grammes sur un pain de

quatre livres; personne ne conduit au _poids public_ les confiseurs, qui

nous trompent d'un quart ou d'un cinquième sur la quantité de la

marchandise livrée. Est-ce parce que le bénéfice des confiseurs est dix

fois plus considérable que celui des boulangers? Non; c'est tout

bêtement parce que les boulangers servent un besoin, et que les

confiseurs à la mode exploitent une vanité.

Il y a encore un impôt progressif que je voudrais signaler au public.

Celui-là se prélève toute l'année, non sur la vanité, mais sur la

gloire. Qu'un homme fasse un beau trait, un beau livre, un beau drame,

une comédie charmante, le lendemain du succès il a contre lui

non-seulement ses confrères, par esprit de concurrence, et les

critiques, par esprit de dénigrement, mais le public lui-même. On réagit

contre son bonheur, on s'ennuie de l'entendre appeler brillant, comme

les Athéniens se fâchaient contre Aristide le Juste. Ce phénomène ne

s'est jamais vu que dans deux villes: Athènes et Paris. A Rome, les

triomphateurs étaient insultés, mais bassement, et par des esclaves. A

Paris, c'est l'homme libre qui veut montrer son indépendance en

s'insurgeant contre sa propre admiration.

Je n'ai pas beaucoup voyagé, mais j'ai pu remarquer que la Grèce,

l'Italie, l'Allemagne et l'Angleterre brûlaient des feux de Bengale

autour de leurs enfants plus ou moins illustres. Nous avons un autre

système: nous brûlons un feu de paille en l'honneur de nos jeunes

talents, et nous les y précipitons le jour même, pour leur griller le

poil.

* * * * *

_Le lecteur impartial reconnaîtra que les pages précédentes ne sentent

point l'apostasie. Mais une jeunesse soi-disant intelligente et lettrée

en jugea autrement, sans avoir lu. Elle se laissa persuader que j'avais

été enrôlé à prix d'or pour guerroyer contre la démocratie dans les

colonnes du _Constitutionnel_. Si bien que, le 3 janvier 1862, au nom de

la justice et de la liberté, quelques centaines de petits messieurs

très-spirituels empêchèrent la représentation d'une pièce en cinq actes

que je pensais faire jouer à l'Odéon._

_Le lendemain de cet événement, j'envoyai au _Constitutionnel_ l'article

que vous allez lire_.

V

Dernières lettres d'un bon jeune homme à sa cousine Madeleine · 第 67 / 75 题