Ma chère cousine,
Tu me demandes s'il est vrai que j'aie répondu à la brochure de M. le
duc d'Aumale? Fi donc! Je ne suis pas un bravo, pour venger les injures
d'autrui. Les personnages attaqués sont assez grands pour se défendre
eux-mêmes. M. le duc d'Aumale ne m'a jamais rien fait, à moi, et je n'ai
aucune raison de le haïr; mais, fussé-je son plus mortel ennemi,
j'aurais les mains liées par la saisie de sa brochure. On ne frappe pas
un homme à terre, on ne réplique pas à un contradicteur bâillonné, on ne
réfute pas un ouvrage saisi.
Au demeurant, toutes les fois que les imbéciles de Quévilly m'imputeront
des pamphlets anonymes, tu pourras leur répondre hardiment que je signe
tout ce que j'écris.
Puisque j'ai commencé cette lettre par une réclamation contre la sottise
des hommes, je veux relever ici une réclamation qui m'est arrivée dans
la semaine. Elle vient du Mont-de-Piété, ou des environs.
Les désordres ont peut-être plus de gravité que je ne te l'avais dit.
Les nantissements perdus ou dérobés, dans le trajet entre les bureaux
auxiliaires et le chef-lieu, représentent, me dit-on, une valeur
considérable. Pour remédier à ces accidents de force majeure sans mettre
à nu le vice de la nouvelle organisation, on m'assure que l'honorable
directeur du Mont-de-Piété a trouvé plus simple et plus expéditif de
déduire quelques billets de mille francs sur les recettes.
On ne demandait pas l'argent au caissier central, qui l'aurait
certainement refusé; on s'adressait tantôt à l'un, tantôt à l'autre des
sept receveurs du chef-lieu. Ces employés subalternes et dépendants
livraient les fonds demandés contre des _bons de déduction_ qu'ils
annexaient à leur bordereau de la journée, et l'irrégularité prenait
ainsi une couleur de comptabilité.
Si mon correspondant ne ment pas, c'est quelqu'un de ces pauvres
receveurs si dépendants et si timides qui a pris sur lui d'avertir M. le
préfet de la Seine. Il craignait que l'usage des _bons de déduction_ ne
dégénérât en abus, et que la facilité de prélever une somme indéterminée
sur la recette de chaque jour ne portât au bien des pauvres un préjudice
grave.
Fondée ou non, cette accusation méritait un sérieux examen. Nul ne met
en doute la délicatesse de M. le directeur du Mont-de-Piété; mais la
comptabilité a des lois inviolables, et personne en France ne doit
éluder le contrôle de la Cour des comptes.
M. le préfet de la Seine, au milieu des grands travaux qui l'occupent,
n'a pu s'empêcher d'accorder une certaine importance à cette misère.
Pour un homme qui nage dans les millions comme le poisson dans l'eau,
les centaines de mille francs ne sont que des gouttes. Cependant il
fallait montrer quelques égards à la loi, cette divinité aveugle qui
pèse dans la même balance les millions et les centimes.
On ouvrit donc une enquête, et trois personnages importants, choisis
dans la commission municipale, trois hommes de la capacité la plus
incontestable et de la plus haute intégrité, furent commis au soin de
recueillir les témoignages.
J'ai une confiance absolue dans le résultat de cette instruction
extra-légale. Mais je me demande cependant pourquoi les tribunaux n'ont
pas été saisis. Il y a des magistrats à Paris, et tous les juges ne sont
pas à Berlin. A quoi bon rétablir les juridictions exceptionnelles? On
n'a pas fait la révolution de 89 pour que le maire de Paris s'attribue
les prérogatives du pouvoir judiciaire.
Je suppose que la commission, après avoir constaté des irrégularités
regrettables, mais considérant que la direction était de bonne foi,
qu'il faut éviter le scandale et laver le linge sale en famille, renvoie
tous les accusés avec une réprimande paternelle. Qu'arrivera-t-il? Les
hommes courageux qui ont provoqué cette enquête, les témoins qui ont
déposé selon leur conscience, seront livrés à la rancune de leurs chefs.
Et les choses reprendront le même train que devant, avec un peu moins de
courage chez les subalternes et un peu plus de hardiesse chez les
supérieurs.
Le résultat serait bien différent si l'affaire s'était étalée au grand
jour, devant les juges ordinaires. C'est dans le domicile des lois que
la vérité s'exprime librement, que les innocents marchent la tête haute.
Il n'y a point de ténèbres administratives qui ne se dissipent aux
rayons de cette admirable lumière. Non-seulement les gens de bien
auraient été rassurés et les coupables confondus, mais l'institution
même eût montré ses bons et ses mauvais côtés, ses avantages et ses
vices. Qui sait si, au lendemain d'un tel procès, le gouvernement
n'aurait pas fermé les bureaux auxiliaires, sources premières de tout le
mal?
Peut-être eût-on fait mieux encore. La plupart des abus, c'est une
justice qu'il faut rendre à notre temps, ne subsistent que parce qu'ils
sont ignorés. Pour abattre les monstres les plus invincibles, il n'est
pas besoin d'emprunter la massue d'Hercule: la lanterne de Diogène
suffit. Lumière! lumière! Un rayon de lumière a mis à nu les turpitudes
de nos moines et de nos ignorantins, et la société recule d'horreur à
l'aspect de leurs antres. Un rayon de lumière montrerait au gouvernement
qu'il est absurde de prêter à 10 pour 100 sur les matelas des pauvres,
pour le plaisir de verser un demi-million tous les ans dans la caisse
des hospices. Rendez ce demi-million à la classe indigente avant qu'elle
soit réduite à l'hôpital. Abaissez le taux de vos prêts; les hôpitaux
auront moins de locataires.
Si pourtant vous craignez de diminuer les revenus de l'assistance
publique, je vais vous fournir un moyen de combler le vide. Il y a tous
les ans un millier d'individus qui donnent ou lèguent tout ou partie de
leur fortune aux églises, aux couvents, aux hospices. Sur ces
libéralités, les hospices ont la petite part et les couvents la grande.
A qui la faute? A vous, gouvernement, qui accroissez en richesses et en
puissance vos plus mortels ennemis.
Relisez le _Bulletin des Lois_; vous verrez qu'en douze ans ils se sont
enrichis de cent millions par votre complaisance. Ces subsides ont servi
à bâtir de petites forteresses, d'où l'on vous fusille impunément à
coups de pamphlets et de sermons. Vos ennemis sont puissants parce
qu'ils sont riches, et ils sont riches parce que vous l'avez bien voulu.
Arrêtez ce courant qui entraîne les capitaux de la nation vers la
tanière des moines, ou plutôt détournez-le vers les hospices et les
hôpitaux.
Mais pardon, ma chère cousine. L'exposition des Beaux-Arts ouvre le 1er
mai. Le jury termine ses opérations cette semaine, et c'est de ce sujet
intéressant que je voulais t'entretenir.
On m'en parle beaucoup, à moi, et les rigueurs du jury m'ont attiré bon
nombre de visites.
--Monsieur, me dit un peintre en enfonçant ma porte, vengez-moi de ces
animaux-là! Ingres et Delacroix sont jaloux de moi, parce que j'ai plus
de dessin que l'un et plus de couleur que l'autre. Ils se sont entendus
pour me refuser.
--Monsieur, s'écrie un autre, il y a des abus intolérables. Le jury se
compose, soi-disant, de tous les membres de l'Institut. Mais les grands
et les bons n'y mettent pas le pied. M. Ingres, M. Delacroix, M. Horace
Vernet, M. Léon Cogniet n'ont point assisté aux séances. Nous sommes
jugés par M. Picot, qui ne connaît que ses élèves, et par des gens du
monde, académiciens libres, qui ne connaissent que leurs amis.
--Monsieur, dit une dame, j'ai fait pour trente mille francs de
sculpture, quatre groupes de bronze, rien que cela! Je ne puis vendre
mes ouvrages qu'au Salon; mais M. de Nieuwerkerke, qui ne me connaît
pas, m'a voué une haine mortelle. Il prévoit que son _Guillaume
d'Orange_, une statue de pacotille, comme vous le savez bien, sera mis
au rebut lorsqu'on aura vu mes groupes.
--Monsieur, reprend une jeune fille très-gentille et très-spirituelle,
ma foi! je suis une malheureuse enfant sans protection, et tous mes
tableaux ont été repoussés! J'ai fait agir la bonne duchesse de B..., et
madame la princesse de H..., et ce bon vieux baron de Z..., et le comte
A..., deux présidents à la Cour, trois députés, quatre sénateurs, deux
ministres! Mais, parce que je suis une pauvre enfant livrée à ses
propres forces, que je ne fais pas de visites et que je reste dans mon
coin, je n'ai pas pu résister à la brigue. Je m'y attendais, d'ailleurs,
et je ne voulais pas exposer. Le livret est imprimé depuis quinze jours!
Vous voyez bien que le jury ne s'assemble que pour la forme.
--Monsieur, dit un artiste chevelu, je ne me plains pas pour moi; je
suis accoutumé aux rigueurs du jury. Ce qui m'étonne, c'est qu'il ne
trouve pas le moyen de me renvoyer six tableaux quand j'en envoie cinq.
Mais ils ont refusé Millet! Y en a-t-il un seul à l'Institut qui aille à
la cheville de Millet?
Je congédie mes visiteurs avec de bonnes paroles, désolé de n'avoir rien
de mieux à leur offrir. Il y a de tout dans ces doléances: du faux, du
vrai, de l'absurde. Dans tous les cas, c'est matière à réflexion.
Mais voici bien une autre affaire. Avant de me lancer en don Quichotte
dans une campagne contre l'Institut, j'interroge un peintre de quelque
renom, pour qui l'examen du jury n'est qu'une question de forme.
--Le jury? me répond-il. Il a été, cette fois, d'une complaisance
honteuse, et les bons tableaux, comme les miens, seront perdus dans la
multitude des croûtes.
En présence de tels renseignements, ma chère cousine, je ne me charge
pas de décider si le jury de 1861 s'est montré indulgent ou sévère. Tout
me porte à croire qu'il a été l'un et l'autre à la fois, comme toujours.
Je tiens que l'Institut, dans son ensemble, est compétent en matière
d'art. Je sais pourtant que des préjugés d'école peuvent, dans certain
cas, faire exclure un ouvrage remarquable. Je vois aussi que diverses
influences font admettre souvent des croûtes scandaleuses. J'ai constaté
que l'admission ou l'expulsion d'un artiste était quelquefois soumise au
hasard.
Il se peut qu'en l'absence de M. Ingres, de M. Delacroix, de M. Cogniet
et de M. Horace Vernet, qui s'abstiennent généralement, un tableau soit
jugé par deux graveurs, trois sculpteurs et un architecte. Le public et
les artistes imputent quelquefois à l'Académie tout entière les bévues
ou les mauvais vouloirs de quelques-uns de ses membres. D'ailleurs, je
n'ai pas vu le Salon de cette année, et je n'y entrerai que le 1er mai
au matin, avec la foule. C'est pourquoi je laisse de côté tous les faits
particuliers, et je me jette à corps perdu dans la question générale.
Est-il bon que les oeuvres d'art, avant d'être exposées au public,
soient soumises à l'examen d'un jury?
Il me vient à l'esprit une assimilation qui me paraît frappante. Tu la
prendras pour ce qu'elle vaut.
Que penserions-nous du gouvernement impérial si nous lisions au
_Moniteur_ le décret suivant:
«Considérant que les lettres, aussi bien que les arts, ont contribué,
contribuent, et contribueront toujours à la gloire de la France;
«Qu'elles ont droit, comme les arts et dans une égale mesure, à notre
haute protection;
«Que ces deux genres de production de l'esprit doivent être soumis au
même régime,
«Avons décrété et décrétons ce qui suit:
«Article premier.--La publication des ouvrages de l'esprit, tels que
livres d'histoire et de genre, romans, nouvelles, brochures, articles
de journal, etc., aura lieu tous les deux ans.
«Art. 2.--Aucun ouvrage de l'esprit ne pourra être exposé devant le
public, c'est-à-dire publié, sans l'autorisation de l'Académie
française.
«Art. 3.--Ne seront pas soumis à l'examen du jury les écrivains
décorés de la Légion d'honneur à l'occasion de leurs ouvrages.»
Le lendemain, les écrivains semi-officiels célébreraient ce nouveau
décret dans un ingénieux commentaire:
«Tous les amis d'une sage liberté applaudiront à la haute initiative
qui soumet les lettres françaises à un régime qui a déjà fait ses
preuves et donné les plus heureux résultats. Si, des bas-fonds de la
démagogie, quelque voix mécontente osait s'élever contre le nouveau
décret, nous répondrions avec assurance: Nos arts ont prospéré sous un
régime paternellement restrictif; pourquoi refuserait-on la même
faveur aux lettres françaises? Sans le frein salutaire du jury, la
face de la terre serait couverte de méchants tableaux, hérissée de
mauvaises statues!
«Il était temps aussi d'opposer une digue à ce flot d'encre qui menace
de noyer le genre humain. Ne dites pas que la littérature sera
désormais entravée: on se contente de la protéger contre ses propres
excès. L'Académie française offre à la liberté des écrivains les mêmes
garanties que l'Académie des beaux-arts a toujours offertes à la
liberté des artistes. M. Mérimée a-t-il moins de style que M. Ingres?
M. Victor Hugo moins de couleur que M. Delacroix? M. Thiers n'est-il
pas l'Horace Vernet des lettres? M. Guizot en est le Robert Fleury; M.
de Laprade, le Signol, et M. Lebrun, le Picot! Inclinons-nous donc
avec reconnaissance devant une mesure sagement révolutionnaire et
hardiment conservatrice, qui soumet les oeuvres du ciseau, de la plume
et du pinceau à ce grand principe de 89: l'égalité devant la loi!»
Voilà ce qu'on lirait peut-être dans _la Patrie_; mais, jour de Dieu! ma
pauvre cousine, quel cri d'horreur et de réprobation dans toute la
France! Tout ce qui écrit, tout ce qui lit, tout ce qui pense se
couvrirait la tête de cendre et croirait que la dernière heure du peuple
a sonné. Je dis plus: pour peu que le temps fût au beau, et que l'on pût
sortir sans parapluie, on ferait une révolution.
Pourquoi n'en a-t-on jamais fait contre le jury de peinture? Ce n'est
pas que cette institution soit plus équitable ou plus libérale dans son
principe. C'est parce qu'elle est aussi ancienne que les Expositions et
que «l'accoutumance nous rend tout familier.»
N'est-ce pas au Louvre, sous Louis XIV, en 1699, que les peintres ont
exposé leurs tableaux pour la première fois? En ce temps-là,
non-seulement le Louvre, mais les peintres aussi, et les autres Français
pareillement, et toute la France, corps et biens, appartenait au roi. Il
daignait, dans sa bonté, prêter à ses artistes une salle de son palais.
N'avait-il pas le droit de repousser les uns et d'admettre les autres?
Il était chez lui, que diable! aussi vrai que maintenant nous sommes
chez nous. Ce n'est plus le souverain qui prête ses palais à la nation,
c'est la nation qui les prête au souverain.
Cette halle de l'industrie qui n'embellit pas précisément les
Champs-Élysées appartient à trente-huit millions de propriétaires.
L'infortuné Barbanchu en a sa part, aussi bien que M. Brascassat.
N'est-il pas singulier que M. Brascassat, parce qu'il est de l'Académie
des beaux-arts, ait le droit de dire à Barbanchu:
--La maison t'appartient comme à moi; mais je te défends d'y montrer tes
tableaux, et j'y étalerai les miens.
--Et pourquoi, s'il vous plaît? répond le pauvre diable.
--Parce que tes tableaux sont mauvais et que les miens sont excellents.
Si j'étais l'infortuné Barbanchu, je répondrais à M. Brascassat, de
l'Académie des beaux-arts:
--Mes tableaux vous paraissent mauvais; mais les vôtres ne me semblent
pas bons. Lequel de nous est dans le vrai? lequel se trompe? Il faut un
tiers arbitre pour nous départager; je choisis le public! Pourquoi ne
voulez-vous pas qu'il nous juge?
«La halle est vaste; on y a exposé plus de six mille animaux l'été
dernier; on peut bien y exposer un millier de peintres. Si j'insiste sur
mon droit, ce n'est pas seulement par amour de la gloire: il y a aussi
une question de pain. Voici trois tableaux qui m'ont coûté dix-huit mois
de travail et huit cents francs de bordure. Je ne peux les vendre
qu'ici, parce que mon atelier est au sixième, rue Guénégaud, et que le
beau monde n'y monte pas. En vertu de quel principe me défendez-vous de
gagner ma vie? Qui vous dit que, dans la foule des bourgeois qui
viendront visiter le Salon, il ne s'en trouvera pas un assez bête ou
assez intelligent pour acheter mes toiles et me sauver de la misère?
Cela s'est vu plus d'une fois. Demandez à Delacroix, à Théodore
Rousseau, à Courbet, à Troyon... vous savez bien, Troyon! le plus grand
de nos peintres d'animaux... Il commence à gagner sa vie depuis qu'il a
forcé les portes de l'Exposition, et j'entends dire qu'il a vendu pour
cent cinquante mille francs de tableaux dans son année. Mais il n'y a
pas encore longtemps que le jury le repoussait à coups de fourche, comme
Delacroix, Courbet et Théodore Rousseau, qui ont été les Barbanchus de
leur temps.
«J'avais envoyé deux portraits, avec mes tableaux. Bons ou mauvais, ce
n'est pas la question. Vous les avez refusés. Savez-vous ce qui arrive?
Les bourgeois qui me les avaient commandés en étaient satisfaits; nous
avions fait un prix, payable fin courant. Aujourd'hui, ces braves gens
se persuadent que je les ai volés. Ils m'opposent des fins de
non-recevoir; ils prétendent que je n'ai pas employé des couleurs fines,
et que je les trompais sur la qualité de la marchandise vendue. Pour un
rien, ils me traîneraient devant le tribunal de commerce. «Il faut,»
disent-ils, «que votre peinture soit bien mauvaise, pour qu'elle ne soit
pas même reçue au Salon, où l'on voit tant de croûtes.»
A ces raisons, qui sont excellentes, le membre de l'Institut répond:
--Je ne suis pas un méchant homme, et je ne tiens nullement à vous
mettre sur la paille. Mais il y a un règlement. Je ne l'ai pas fait, je
l'exécute. On m'invite à recevoir les tableaux qui me semblent bons; les
vôtres m'agacent. Je ne peux pas me refaire; obtenez qu'on change la
loi, si vous pouvez. Mais je crains bien que les mauvais tableaux, qui
seront désormais en majorité, n'étouffent les bons, comme l'ivraie tue
le bon grain. Rappelez-vous l'Exposition de 1848, et ce débordement de
peinture détestable.
--L'Exposition de 48! Elle a porté aux nues une demi-douzaine de vrais
artistes qui, sans elle, n'auraient jamais percé. Elle vous a forcé la
main pour les Expositions suivantes. Elle a permis au public de juger
les talents que vous étrangliez dans vos oubliettes; elle a fait briller
les lumières que vous cachiez sous le boisseau. Gloire à David, à
Drolling et à Jeanron, qui ont été les promoteurs de cette révolution
démocratique!
--Mais rappelez vos souvenirs! Le public oubliait d'admirer les tableaux
de l'Institut. Il n'attachait son attention qu'à cinq ou six toiles
scandaleuses ou ridicules. Jamais nous ne consentirons à compromettre
nos ouvrages dans la cohue des vôtres!
--Eh bien, exposez séparément les tableaux qui vous semblent bons; mais
exposez aussi, dans une autre aile du palais, tous les ouvrages que vous
avez refusés. Permettez au public, notre maître à tous, de contrôler vos
jugements. La place ne manque pas, Dieu merci! dans le palais de
l'Industrie. Je donnerais cent sous, moi qui ne suis pas riche, pour que
le peuple et les critiques fussent admis à comparer ce que vous avez
refusé et ce que vous avez reçu. Et je parie qu'avant la clôture du
Salon, nous vous verrions vous-mêmes, corrigés et penauds, reporter en
enfer bien des gens que vous aviez logés en paradis.
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