BOSSUET ÉVÊQUE ET DIRECTEUR DE CONSCIENCE

Est-ce parce qu’il fut évêque? Mais nous aurions peine à concevoir qu’il

ne l’ait pas été. Il nous semble prédestiné à l’être, comme Louis XIV

naquit pour être roi. Sa vocation voulait qu’il commandât, qu’il occupât

le premier plan de la hiérarchie, que son autorité eût l’altitude et

l’éclat d’un phare. Un simple chanoine n’aurait pu prononcer le discours

sur l’Unité de l’Église, essayer le rapprochement des sectes

protestantes avec l’orthodoxie, et, vis-à-vis de l’erreur quiétiste,

entraîner au combat des évêques hésitants. Même avant d’être élevé à

l’épiscopat, Bossuet, grand archidiacre, puis grand doyen du chapitre de

Metz, se comportait déjà comme un _defensor civitatis_, relevant les

courages abattus par les fléaux, négociant pour ses concitoyens une

sécurité honorable, préparant des missions, apaisant de son mieux les

noises de ses confrères, réformant des abbayes en désarroi.

L’âpreté des tempéraments lorrains opposait à son esprit de conciliation

des résistances parfois intraitables.

Entre le princier du chapitre, Bruillart de Coursan et l’évêque

suffragant, Bedacier, il pensa ramener la concorde en décidant Bedacier

à reconnaître par un acte écrit qu’il n’avait dans la cathédrale aucun

droit d’officier, à moins que le chapitre ne l’y conviât expressément.

Le jour du _Te Deum_ qu’on allait chanter pour la guérison du Roi (18

septembre 1658), le suffragant crut pouvoir, sans être invité, pénétrer

dans la cathédrale, avec sa crosse et sa mitre, en habit de célébrant.

Le princier, furieux, pour empêcher l’évêque de monter en chaire, s’y

élança. L’évêque se dressa en face de lui, d’un air menaçant. Le

princier et les chanoines de son parti se précipitèrent, le

bousculèrent, jetèrent au loin les carreaux de velours, renversèrent le

fauteuil. Coursan traita l’évêque de coquin, de fripon. Le lieutenant de

roi intervint, défendit à tous deux l’accès de la chaire; mais Coursan

eut le dernier mot; ce fut lui qui entonna le _Te Deum_. Après des mois

de dispute, il fallut que Mazarin lui-même contraignît le chapitre à

céder.

Metz possédait une abbaye de Bénédictines, Sainte-Glossinde, où nulle

moniale ne pouvait être admise sans prouver devant témoins ses quartiers

de noblesse. Une abbesse, Louise de Foix de Candale, y autorisait par

son exemple d’incroyables dérèglements. Elle dispensait les religieuses

du jeûne et de l’abstinence, à condition qu’une seule, à tour de rôle,

jeûnerait. Il lui parut bientôt plus simple de ne faire jeûner personne.

Plus de clôture; l’abbesse traversait les rues dans un carrosse à quatre

chevaux, allait aux jeux de marionnettes, aux «ébattements» mondains.

Ces dames vivaient chacune à leur guise dans leur ménage; elles avaient

une maison de plaisance où elles dansaient, recevaient galante

compagnie. Au temps du carnaval, l’abbesse déguisait le portier du

couvent avec son propre habit et lui mettait sa crosse en main; elle se

costumait en conseiller au parlement et les autres prenaient des

uniformes d’officiers. Leurs folies réduisaient aux abois la communauté;

elles avaient dû vendre même les cloches, les châsses et les reliques.

Bossuet, avec le vieux chanoine Jean Royer, fut nommé commissaire

apostolique aux fins d’informer de ces scandales. Après une longue

enquête, il décida qu’une nouvelle communauté serait établie à

Sainte-Glossinde, selon l’observance réformée de la règle de

Saint-Benoît; et on ne tiendrait plus compte de la noblesse; l’abbaye se

devait ouvrir «pour toutes personnes ayant bonne vocation et les autres

qualités requises». L’abbesse protesta contre cette sentence auprès du

Saint-Siège; la noblesse lorraine prit feu pour sa cause, des libelles

circulèrent contre Bossuet. L’abbesse prolongea _seize ans_ sa défense,

jusqu’à ce qu’enfin une lettre de cachet la jetât hors du couvent; elle

fut transférée à Ligny dans un monastère d’Ursulines pour n’en sortir

jamais.

Bossuet n’avait rien oublié de ces désordres, quand il devint évêque de

Condom. Son premier soin fut de réprimer ceux que son mandataire, l’abbé

Jannon, lui signala dans le diocèse. Son prédécesseur, en lutte avec les

Clarisses de Nérac, avait jeté l’interdit sur le couvent. Il avait même

excommunié la Supérieure; elle en appela comme d’abus au parlement de

Bordeaux. L’évêque porta sa plainte au Roi; et le Roi ordonna que ledit

couvent serait soumis à l’évêque.

Bossuet approuva la rigueur du traitement infligé à la Clarisse rebelle;

il regretta néanmoins qu’on eût suivi à son égard une procédure peu

régulière. Il écarta de l’évêché l’official, personnage qui lui fut

dépeint comme un despote encombrant.

Le clergé de Gascogne avait grand besoin d’être redressé vers les saines

disciplines: les curés des campagnes passaient pour ignorants et

paresseux, peu sévères dans leur conduite; ils laissaient tomber leurs

églises en ruines, ne faisaient ni catéchismes ni instructions, ne

payaient pas leurs vicaires, disaient sans raison deux messes par jour,

afin de grossir leurs gains.

Bossuet dressa des statuts conformes à la tradition; mais le chapitre en

fut outré. Sa démission calma le conflit.

A Meaux, de même, il suivit, dans le gouvernement spirituel, les

principes d’unité que Louis XIV appliquait aux affaires du royaume. Il

supprima, partout où elles subsistaient, les exemptions des couvents et

les réduisit sous la juridiction de l’ordinaire. Faremoutiers transigea

sans résistance. Jouarre, lorsqu’il intervint, dépérissait dans

l’anarchie. L’abbesse, Henriette de Lorraine, ne résidait presque

jamais; elle vivait fastueusement à Paris, retenait auprès d’elle des

religieuses pour la servir. Elle dilapidait les revenus du monastère. A

Jouarre, des prêtres plus que douteux s’étaient installés et poussaient

le couvent à d’absurdes dépenses. Depuis six ans on n’avait pas arrêté

de comptes avec Louvain, boucher; il déclarait que c’était fini; qu’il

ne fournirait plus de viande.

Nous avons dit quelle rébellion M. de Meaux dut mater par la force.

Ayant contraint à se démettre Henriette de Lorraine, il eut encore des

difficultés avec l’abbesse qui lui succéda, Mme de Rohan-Soubise. Il

exigea que les postulantes fussent admises au scrutin secret, et non sur

la simple approbation de l’abbesse. Ses décisions étaient conformes à

toute justice; mais comme on y retrouve bien l’homme de robe en lutte

avec les féodaux! Sa fermeté patiente, appuyée sur les arrêts du

Parlement, vint à bout de ces grandes dames obstinées. Il compta

d’ailleurs, dans cette maison, ses plus fidèles et saintes «filles», Mme

de Luynes, Mme d’Albert, Mme Cornuau, Mme de la Guillaumie, Mme Dumans.

Rebais, abbaye de bénédictins, tenait sous son obédience cinq paroisses.

M. de Meaux prétendit que les paroisses fussent toutes soumises à

l’ordinaire. Les moines contestèrent son droit; le débat fut porté au

Parlement; un arrêt donna raison à l’évêque.

Le diocèse de Meaux ne valait guère mieux que celui de Condom. Les

procès-verbaux des visites pastorales accumulent les preuves d’un

extrême délabrement religieux. En maint village les curés déplorent

l’indifférence des paroissiens: les dimanches et les fêtes sont profanés

par la fréquentation des cabarets; le catéchisme est négligé; ni les

parents n’envoient leurs enfants, ni les maîtres leurs domestiques aux

instructions et au service divin.

Bossuet se mit en devoir de combattre les superstitions, les habitudes

vicieuses des campagnards. En chaire, il les tançait crûment. Mais, chez

des paysans, qui, hors de la terre, du lucre et des contentements

charnels admettent peu de choses, le premier point est de vaincre

l’ignorance. A cette fin, il voulait d’abord former des prêtres

instruits; le séminaire retint sa sollicitude. Il releva les conférences

ecclésiastiques, désigna, quand il le pouvait, les sujets à traiter.

Tous les ans, au mois de septembre, il tenait à l’évêché un synode

diocésain. Il s’enquérait des maîtres d’école et des lieux où on en

manquait. Il écrivait, en 1686, à Mme de Beringhen:

«On me propose, il y a longtemps, de faire à Faremoutiers un

établissement d’une école de filles et d’y envoyer la sœur Bérin qui est

capable d’enseigner la jeunesse. On me fait entendre que vous voulez

bien donner un logement, quelques pains toutes les semaines et du

bois... _Véritablement, ce sera un bien inestimable de pouvoir procurer

une école aux filles qui sont très mal instruites._»

Il ne manquait jamais, aux fêtes importantes, d’officier dans sa

cathédrale et d’y prêcher. Toutefois, en temps de carême, il parlait,

chaque dimanche, tantôt dans une paroisse de Meaux, tantôt dans une

autre. Il créait des groupes de dames charitables et veillait au bon

état des hôpitaux.

Il composa un catéchisme admirablement clair et méthodique; il le divisa

en trois parties: l’une pour les enfants qui commencent, l’autre pour

les plus avancés, la troisième, pour le commun des fidèles. Comme plus

tard, Fénelon, il s’attachait à l’histoire des liturgies, expliquant les

fêtes et les rites: car il se rendait compte que l’éloignement des

pratiques tient, pour une lourde part, à l’inintelligence des

cérémonies. Il ne perdait aucune occasion de les commenter, spécialement

lorsqu’il administrait la Confirmation. Il la donnait quelquefois, le

même jour, à six cents, à douze cents enfants.

Il vivait en harmonie constante avec son chapitre. Dès sa venue, il

avait affirmé aux chanoines que sa maison serait leur maison; et ce ne

fut pas dans sa bouche une vaine parole. Mais il força les dignitaires

du chapitre à ne plus s’habiller en violet ou en rouge, à porter la

soutane noire.

Parmi ses diocésains, il se proposait de rétablir les bonnes mœurs et de

faire régner la concorde. Meaux fut agité près d’un an par une chanson

anonyme où les membres du présidial étaient cruellement daubés. On sut

enfin que l’auteur était un magistrat, le président en l’élection. D’où

un scandale énorme, des brouilles entre les familles, des menaces de

procès. M. de Meaux fit si bien qu’à la longue il apaisa cette grave

affaire, décida toutes les parties à signer un accord; «et ce fait, dit

Ledieu, il a donné à dîner à toute la compagnie qui s’est bien réjouie

et ont tous bu à la santé les uns des autres. Il a assemblé les curés

pour leur donner avis de l’accommodement, et les exhorter à entretenir

cette paix dans l’esprit des peuples.»

Toutes ses charges d’évêque n’arrivaient pas à ralentir son activité

d’apologiste, l’ardeur de ses polémiques. S’il voyageait, les livres

s’empilaient dans son carrosse. A table, à la promenade il lisait,

annotait, méditait; il préparait ses ouvrages de vive voix, avec les

gens doctes qui lui rendaient visite. Et il travaillait, exactement, une

partie de la nuit. Après un premier sommeil qui était de quatre ou cinq

heures, il s’éveillait de lui-même. Nous l’imaginons, dans les nuits

froides, couvert de deux robes de chambre, engagé jusqu’à la ceinture

dans un sac de peau d’ours, les oreilles sous sa calotte, ses besicles

sur le nez. Il récitait Matines et Laudes, puis reprenait son travail.

Tout, dès la veille, était disposé près de son bureau: son sac de

papiers, ses livres, ses portefeuilles. Dès qu’il sentait la fatigue, il

se recouchait, se rendormait sans peine.

Évêque, Bossuet pourra, jusqu’à la fin des temps, être offert en modèle

à tous les évêques. Une régularité si soutenue devient de l’héroïsme,

comme une longue patience tourne au génie; et l’on ne voit pas ce qui

lui manqua, si ce n’est, comme à Fénelon, de dures péripéties qu’il eût

énergiquement surmontées.

En même temps, cet évêque demeurait un homme simple se réjouissant de la

belle mine des pêches et des melons à Germigny, envoyant à son neveu des

nouvelles de ses chiens.

Hors de son diocèse, d’autres théâtres, comme on eût dit alors,

appelèrent à un plus vaste déploiement ses qualités de chef.

Après l’affaire de la régale et les agitations qu’elle prolongeait

depuis sept ans, le clergé crut devoir tenir plusieurs assemblées. Celle

de Saint-Germain, présidée par François de Harlai, plat personnage et

gallican fanatique, adressa au roi un hommage de servile attachement:

«Comme Votre Majesté, Sire, surpasse par son zèle et son autorité tous

ceux qui ont été devant nous, nous sommes si étroitement attachés à elle

que _rien_ n’est capable de nous en séparer.»

Prises à la lettre, ces dispositions pouvaient mener au schisme. Les

dissentiments avec le Saint-Siège s’irritaient, se multipliaient.

Certains parlaient d’élire _un patriarche des Gaules_. Louis XIV réunit

à Paris dix archevêques et quarante évêques pour les consulter sur ces

points:

«Que faut-il penser du droit de régale? _Appartient-il au Pape d’en

juger?..._»

Il les invitait donc à définir l’indépendance du pouvoir civil et

l’étendue de la puissance pontificale sur les choses spirituelles, les

biens ecclésiastiques. Un prince ivre de son prestige risquait d’être

induit à dresser contre la suprématie romaine une religion nationale.

Mais Louis XIV gardait un profond attachement à l’unité catholique. Son

bon sens discernait quelle opposition remueraient les Ordres mendiants

dévoués au Pape; une France schismatique renierait toutes ses

traditions. D’ailleurs, l’ensemble du clergé opinait ainsi dans le

procès-verbal qui termine l’assemblée de 1681:

«Chacun a témoigné que le clergé de France, ayant toujours conservé un

grand respect pour le Saint-Siège, une fidélité inviolable au roi, une

fermeté inébranlable pour la conservation des droits et des libertés de

l’Église gallicane, il fallait demeurer dans cet esprit qui avait rendu

l’Église de France si auguste.»

Quand Bossuet accepta d’ouvrir l’assemblée de 1681-1682, il se garda

d’imiter l’archevêque de Reims, Le Tellier, qui, dans celle de 1681,

avait chargé par un réquisitoire fougueux la cour de Rome.

Bossuet, en son privé, jugeait librement les prétentions romaines,

celles que soutenaient les apologistes ultramontains; il les estimait,

au temporel, inadmissibles:

«Quelle puissance souveraine, écrivait-il au cardinal d’Estrées,

voudrait se donner un maître qui lui pût par un décret ôter son

royaume?» Et à l’abbé de Rancé:

«Le Pape nous menace de constitutions foudroyantes et même, à ce qu’on

dit, de formulaires nouveaux. Une bonne intention avec peu de lumières,

c’est un grand mal dans de si hautes places.» Mais il se proposait le

maintien ferme de cet équilibre: «en parlant des libertés de l’Église

gallicane, en parler sans aucune diminution de la vraie grandeur du

Saint-Siège; d’autre part, les expliquer de la manière qu’entendent les

évêques, et non de la manière qu’entendent les magistrats.»

Il lut en petit comité son discours à MM. de Paris, de Reims et de

Tournay. L’archevêque de Paris suggéra qu’à l’endroit où l’orateur

déclarait qu’il fallait tout supporter plutôt que de rompre avec

l’Église romaine, mieux aurait valu mettre: plutôt que de rompre avec

l’Église. Bossuet refusa ce changement «comme introduisant une espèce de

division entre l’Église romaine et l’Église en général». Et, ajoute-t-il

dans une lettre au cardinal d’Estrées, «tous furent de mon avis, même

celui qui avait fait la difficulté».

Dans son discours Bossuet sut négliger les querelles transitoires,

certifier des principes qui ne peuvent pas vieillir. L’Église gallicane

est, en un sens, morte à présent, et son éloge résonne pour nous comme

une lointaine oraison funèbre. Mais Bossuet a raison de ne la voir belle

que dans son tout, l’Église catholique. Toute beauté réclame l’unité; or

le mystère de l’unité remonte à la promesse qu’a reçue Pierre du

Seigneur même:

«L’Église qui porte en son sein, dans ce secret principe d’orgueil

qu’elle ne cesse de réformer dans ses enfants, une éternelle semence de

division, n’aurait point de beauté si elle ne trouvait dans son unité

des moyens de s’y affermir quand elle est menacée de division... Tout

concourt à établir la primauté de Pierre, oui, tout jusqu’à ses fautes

qui apprennent à ses successeurs à exercer une si grande puissance avec

humilité et condescendance.»

Aussi, tous les évêques, au sein d’une assemblée, doivent-ils agir dans

l’esprit de l’unité catholique, «en sorte que chaque évêque ne dise

rien, ne fasse rien, ne pense rien que l’Église universelle ne puisse

avouer».

Par contre, il remémore les justes considérations de saint Bernard:

«Tout est à vous, tout dépend du Chef, mais c’est avec un certain ordre.

On ferait un monstre du corps humain si on attachait immédiatement les

membres à la tête; c’est par les évêques et les archevêques qu’on doit

tenir au Saint-Siège.»

Le plus saint des pouvoirs doit accepter des bornes. L’assemblée de 1682

prétendit les définir dans les quatre articles, dont la substance était:

l’Église a plénitude de puissance sur les choses spirituelles et qui

concernent le salut, mais non sur les choses temporelles et civiles.

En fait le patrimoine temporel de l’Église assurait, pour une forte

part, son indépendance spirituelle. La lettre où le clergé sollicitait

Innocent XI d’approuver sa soumission au Roi dans les empiètements de la

régale reçut en réponse un bref indigné. Le Pape flétrissait

l’abdication du clergé devant les puissances civiles:

«Nous n’avons pu lire sans horreur cette partie de votre lettre où vous

dites que vous abandonnez vos droits, et que vous les transmettez au

roi; comme si vous étiez les maîtres et non les gardiens des Églises qui

vous sont confiées, comme si les Églises elles-mêmes et leurs droits

spirituels pouvaient être abandonnés au pouvoir temporel par les évêques

qui devraient eux-mêmes se réduire en servitude pour leur liberté.»

Les libertés gallicanes, Fénelon n’aura pas tort de les appeler des

«servitudes». Pour moins dépendre du Pape, les évêques se vouaient à

embrasser les genoux du roi.

Si le clergé avait répliqué au bref, le conflit pouvait s’aigrir jusqu’à

une scission néfaste. Bossuet obtint de l’assemblée qu’on n’y répondrait

pas. Selon Ledieu, il approuvait médiocrement la déclaration des quatre

articles; il savait trop que le Saint-Siège en allait être ulcéré.

Colbert suggéra ce manifeste; il entraîna le Roi qui tendait à faire

déclarer son indépendance temporelle. Bossuet, pour ne point le blesser,

consentit à rédiger les articles; et il défendit la déclaration, quand

l’édit du Roi, enregistré au Parlement, devint une doctrine obligatoire

dans tout le royaume.

Il s’appuyait sur la tradition gallicane et sur les canons de l’Église.

Mais le danger d’une intrusion du temporel dans le spirituel semble lui

avoir échappé. Il était plus soucieux de prescrire des limites au

pouvoir spirituel; une pensée exclusive le dominait; il craignait les

suites que les doctrines ultramontaines produisaient dans les pays

hérétiques, l’argument qu’elles opposeraient aux conversions.

Il ne tint donc pas, comme il l’aurait voulu, la balance égale entre les

droits du Saint-Siège et ceux de l’Église gallicane ou du Roi. Son

action modératrice ne s’en exerça pas moins efficacement; elle fut une

des digues massives contre lesquelles se brisa l’esprit de schisme. Mais

il aurait pu mieux dégager l’Église des servitudes politiques. Le

cardinal d’Estrées, d’un ton amical, lui reprochait «de trop faire

l’évêque». Nous estimerons qu’alors il ne le fit pas assez.

Il le fit avec un éclat de soleil couchant, dans une autre assemblée du

clergé, celle de 1700, où sa présence ne lui ménagea que des triomphes.

Son discours du 26 août proposait à la fois la condamnation des

jansénistes qui semaient leurs doctrines par une infinité de libelles et

celle des molinistes dont il dénonçait les thèses pélagiennes, le

probabilisme et les maximes relâchées. Il parla comme étant le docteur

de l’assemblée. «C’est notre Père (de l’Église)» disait l’archevêque de

Reims. Tous les avis qu’il émettait «passaient du bonnet». Son

intransigeance coupait court «aux tortillements, aux biais, aux

embrouillements». Il répandait autour de lui la sécurité d’un simplisme

lucide: «Vous voyez, Messeigneurs, exposait-il, la claire décision de

ces choses combien elle est aisée et qu’il y a peu de difficulté.»

Sur la question de l’usure, certains voulaient ne pas condamner sans

réserves. M. de Meaux invoqua les conciles de Vienne et de Carthage; il

n’accorda au prêt usuraire aucun quartier. Les théologiens modernes

seraient moins rigides.

La censure du clergé fut rendue publique le 4 septembre. Elle atteignit

surtout les jésuites. Le péril janséniste, aussi grave, plus grave

peut-être que les mollesses des casuistes, semble avoir moins inquiété

Bossuet. Il savourait tout ensemble la joie de «voir fleurir la bonne

doctrine» et celle de se sentir si valide, jeune comme à trente ans, au

sortir de ce concile qu’il avait préparé en travaillant jour et nuit,

pour être l’âme de toutes les décisions.

Ledieu le montre au lever du roi, et y recevant mille compliments sur la

censure. «Ensuite, il a dit sa messe aux Récollets où il a donné la

communion à Mme la Duchesse de Bourgogne, puis s’en est venu dîner chez

lui, où s’est trouvée une troupe d’ecclésiastiques et d’abbés ne cessant

de lui applaudir.» Puis, il assiste au Conseil (le Roi l’avait nommé

conseiller d’État). «C’est ainsi que M. de Meaux _est à tout_, et

qu’après avoir paru sublime théologien, il devient magistrat et homme de

robe.»

* * * * *

Pour trancher avec l’abbesse de Faremoutiers un épineux conflit de

juridiction, M. de Meaux mettait en branle cet argument d’autorité: «Je

ne crois pas, au surplus, que vous trouviez rien que vous puissiez

opposer au titre d’évêque qui se soutient seul.» Mais, hors des

conjonctures critiques, le prélat n’aimait guère brandir sa crosse. Il

était moins soucieux de gouverner dans le détail les nombreux couvents

du diocèse que de soutenir en leur vie spirituelle des âmes choisies,

celles qui sollicitaient sa direction.

Tout le monde répète que Bossuet fut un directeur de conscience

admirable. On sait peu qu’il accomplissait humblement le ministère de la

confession. Sur sa manière de confesser, Mme Cornuau nous révèle des

choses émouvantes. Nous l’avons vu, d’après elle, écouter trois heures,

avec une rare patience, une pauvre fille laborieuse dans ses aveux. Au

moment de donner l’absolution, «il demeurait assez de temps les deux

mains levées sur la tête (de sa pénitente), dans un silence profond; et

quand il prononçait les paroles du sacrement, il semblait que c’était

Dieu même qui parlait par sa bouche, tant il en sortait d’onction». S’il

la sentait gênée par des fautes humiliantes à dire: «Hélas! ma fille,

murmurait-il, que craignez-vous? Vous parlez à un père et à un plus

grand pécheur que vous».

Chez les personnes que Bossuet dirigea, une singularité nous frappe: ce

sont toutes des religieuses ou des femmes sur le seuil du cloître.

Aucune mondaine, aucun homme de la cour ne mit habituellement sa

conscience entre ses mains. Les protestants qu’il mena jusqu’à

l’abjuration ne le prirent pas ensuite pour directeur.

Les avis qu’il donne au Roi, au maréchal de Bellefonds, à quelques

autres, sont comme la consultation d’un grand médecin appelé dans un cas

difficile et qu’on ne dérange plus. Le motif principal d’une clientèle

aussi restreinte, il faut le chercher dans l’étendue extraordinaire de

ses occupations. Un pénitent, et combien plus! la plupart des pénitentes

exigent d’un directeur qu’il ait du temps pour eux, qu’il suive leurs

états d’âme, comme s’il n’avait rien d’autre à faire. Fénelon, à cet

égard, devait être un directeur beaucoup plus recherché. Voyez ses

lettres au marquis de Seignelai; il entre dans la minutie de ses

faiblesses intimes; il l’avertit que, s’il veut se préserver des

rechutes, il devra défendre à ses domestiques de lui remettre les

messages d’une femme trop aimée. L’analyste anatomise si bien les

misères du cœur que son pénitent trouvera du plaisir à repasser avec lui

par les sentiers où il s’égara. De même, sa lettre à Mme de Maintenon,

lorsqu’elle lui demanda un exposé de certains défauts qu’il surprenait

en elle, est un chef-d’œuvre de tact, de perspicacité insinuante, de

franchise, d’habileté sans courtisanerie (Elle en fut mortifiée quand

même).

Bossuet, au contraire, n’a ni le goût ni le loisir d’épousseter jusque

dans les petits coins une conscience «angoisseuse» ou raffinée. Il s’y

dévoue cependant; il compatit «aux peines» de ses filles; il leur

indique les moyens de s’en guérir. Mais elles sentent bien qu’il passe

loin au-dessus d’elles; ou s’il s’abaisse à leur mesure, n’est-ce point

une aumône de simple charité?

Elles sont, d’ailleurs, assez peu nombreuses, et trois seulement donnent

l’impression de natures très personnelles: Mme Cornuau, Mme d’Albert,

Mme de la Maisonfort. Mme Cornuau disait d’elle-même, pesant ses

qualités et ses défauts:

«J’ai l’esprit plus réfléchissant qu’une autre, l’imagination vive, en

un mot une prodigieuse activité; une conscience timide, même portée au

scrupule, et un amour-propre qui veut toujours se complaire en son

ouvrage et s’assurer de faire quelque chose». Ledieu la dépeint, à tort

ou à raison, comme une femme remuante, un peu la mouche du coche à

l’évêché. On ne saurait mettre en doute la sincérité de son attachement

pour M. de Meaux. Elle lui était dévouée, corps et âme. C’était, d’autre

part, une passionnée que le veuvage exaspérait, acharnée contre

elle-même, si son confesseur l’eût laissé faire, jusqu’à «se

déchiqueter, comme disait Bossuet, à se mettre en pièces». Quand elle

lui confiait ses peines charnelles, il n’insistait pas «sur ces sortes

de questions qui ne peuvent qu’échauffer l’imagination». Selon lui, si

on était obligé d’en parler ou d’entendre ces aveux, il fallait «ne

tenir à la terre que du bout du pied.»

Mme d’Albert vivait beaucoup plus resserrée en elle-même, née pour

l’immobilité contemplative, s’examinant avec des scrupules infinis,

torturée par des idées noires. La discipline de Port-Royal, dont elle et

sa sœur, Mme de Luynes, avaient absorbé le poison, la figeait dans la

crainte, sous le poids de l’inflexible Justice. Des infirmités multiples

l’affligeaient; elle devint presque aveugle. La maladie du scrupule ne

put briser en elle un élan vers Dieu d’une pureté vraiment céleste.

Naïve et sainte dans sa tendresse pour son directeur, bien qu’elle s’en

fît un tourment: chaque fois qu’elle recevait une lettre de lui, avant

de l’ouvrir, elle priait à son intention. Elle le lui disait, et il

l’approuvait, sans songer quelle délicatesse un peu morbide se cachait

sous cette piété charmante.

Mme de la Maisonfort ne surgit dans la correspondance de Bossuet que

les dernières années, au moment où, retirée à la Visitation de Meaux,

elle semblait se dégager de la passivité quiétiste. Mais elle restait ce

qu’elle fut toujours: une coquette, visant à plaire, préoccupée de

s’attirer l’affection des autres plus qu’à se donner ingénument; elle

savait la puissance de son charme et se résignait mal à ne plus

l’exercer. Elle posait à M. de Meaux des questions sur l’amitié dont la

comblaient certaines religieuses; devait-elle se garder de rendre

jalouses celles qui lui étaient le plus attachées? A quoi l’évêque

répondait d’une façon rude, voire sèche:

«Il ne faut guère avoir d’égard à de semblables jalousies, et l’on se

doit beaucoup plaindre soi-même quand on s’y assujettit.»

Mais une de ses compagnes lui avait dit un jour à propos de ses

sentiments pour elle: «Vous devez remarquer que je ne suis pas bien

maîtresse du sensible.» Que voulait dire par là cette amie? Car Mme de

la Maisonfort n’observait dans sa conduite «qu’une grande réserve et une

grande modération». M. de Meaux bouscule ces équivoques: «Il la faut

estimer de savoir si bien gouverner le sensible que la connaissance n’en

vienne pas jusqu’à vous.» Pourtant, oppose-t-elle avec son ingénieuse

dialectique féminine, «vous êtes convenu que je peux avoir des manières

affables, ouvertes et attirantes». L’homme de Dieu renverse

l’amour-propre, comme un vase fêlé qu’il briserait d’un léger choc. «Le

tout par rapport à Dieu et au bien des autres, non pour s’attacher les

personnes.»

Mme de la Maisonfort ne fut qu’une dirigée d’_occasion_. Au lieu qu’il a

suivi près de vingt ans Mme d’Albert morte en 1699, et, davantage, Mme

Cornuau. Il répondait à leurs lettres avec une assiduité qui n’était pas

seulement d’un père, mais d’un ami. Peut-être déposa-t-il en elles ces

réserves d’humaine tendresse qu’un homme d’âge, intérieurement lié à une

austère solitude, veut enfin placer en des cœurs sûrs.

Il recevait, on s’en doute, de leur affection beaucoup moins qu’il ne

leur donnait. Il les armait contre leurs inquiétudes, les poussait dans

les chemins du sublime amour, réprimait chez l’une des agitations

indiscrètes et relevait l’autre de ses abattements.

Ses principes de direction n’avaient rien de systématique. Il appliquait

à chacune de ces âmes _la cure_ (c’était son mot) qui paraissait lui

convenir. Pour une religieuse qui se privait des sacrements, il

indiquait: «Je croirais en général qu’il faut _la traiter comme une

malade_ et songer à guérir son esprit blessé en lui expliquant les

miséricordes de Dieu.»

Mme Cornuau et surtout Mme d’Albert étaient aussi deux malades; le bon

médecin leur prescrivait un traitement simple, approprié à leurs maux.

Mme d’Albert est obsédée par l’angoisse de sa misère, suspendue sur le

gouffre du désespoir; il ne se lasse pas de l’encourager; il s’évertue à

détruire ses scrupules, bien qu’ils renaissent sans fin, mais, sans la

brusquer, d’une main toujours douce et pitoyable. Il veut la convaincre

que jamais elle ne le fatiguera; et pourtant elle mettait sa patience à

d’étranges épreuves:

«Dieu exerce votre patience à expliquer vos peines, et peut-être un peu

la mienne à y répondre et à dire la même chose.»

Parfois il s’attendrit sur ses crises affreuses:

«Ces noirceurs dans l’esprit avec des peines si aiguës dans le corps,

ah! mon Dieu! c’en est trop.» Mais, qu’au lieu de s’irriter contre ses

détresses, elle les néglige de son mieux; qu’elle laisse «couler ces

dispositions de l’humeur mélancolique», même celles qui la soulèvent

contre Dieu. «Dieu est, et vos mouvements ne lui peuvent rien ôter.»

Qu’elle ne revienne plus aux mêmes embarras, «sous d’autres couleurs».

Qu’en se confessant elle ne tremble plus à l’idée d’un péché omis: «Il

ne faut tenir pour péché mortel que l’on soit tenu de porter à la

confession que ceux où l’on est certain, jusqu’à en jurer, que l’on a

pleinement consenti.»

Dans ses lettres, point d’idéologie ni de préceptes durs. La direction,

pour lui, ne doit pas se tourner en dissertation. Ses conseils à Mme

d’Albert s’abrègent en cette large formule de guérison: «Marchez en tout

à dilatation de cœur.» Qu’elle s’abandonne aux impressions de l’amour

divin. «Ce n’est pas le plaisir d’aimer, c’est aimer que je veux»,

disait-elle par un raffinement d’abnégation. Qu’elle aime donc, et

qu’elle pleure des larmes spirituelles, si elle a besoin de pleurer.

«Laissez dissoudre votre cœur en larmes. Il n’est pas besoin de savoir

pourquoi vous pleurez, non plus que de demander (si l’on aime), pourquoi

l’on aime...»

Par dessus tout, que rien ne la rebute de la Communion fréquente. C’est

le remède absolu, efficace même si on ne le sent pas agir, et qu’il ne

faut pas interrompre, même dans l’illusion de se mortifier.

A Mme Cornuau comme à Mme d’Albert il répète hardiment: «Communiez tous

les jours». Mais il sait Mme Cornuau affamée de tendresse, insatiable de

posséder ce qu’elle désire, et il la jette toute frémissante à l’Epoux

qui la rassasiera: «Dévorez-le, engloutissez-le, incorporez-vous à lui,

et lui à vous..., je vous permets les plus violents transports de

l’amour, vous dussent-ils mener à la mort.»

Ces ardeurs spirituelles, il le discerne, en guériront d’autres plus

meurtrières; une âme violente comme celle-là ne doit avoir peur ni de

trop jouir ni de trop souffrir. Qu’elle se livre à de saintes tristesses

en s’unissant à l’agonie du Sauveur: «Si je pouvais vous y enfoncer, je

le ferais jusqu’à l’infini. Une main plus puissante vous pousse dans cet

abîme immense; laissez-vous y enfoncer sans résistance et sans bornes,

encore que vous ne sachiez pas où en sortir... Qu’importe que vous soyez

tantôt comme assoupie, et tantôt comme une bête devant Dieu? C’est alors

que sa profonde sagesse vous éclairera par quelque coin inespéré et par

quelque petite lumière qui, se replongeant tout à coup dans ces ténèbres

immenses, vous laissera étonnée, éperdue, et néanmoins, dans un fond

très reculé, invisiblement soutenue par un je ne sais quoi qui sera Dieu

même.»

Cependant, n’allons pas croire Bossuet éperdu de lyrisme et oublieux du

bon sens. Il défend à Mme Cornuau de se lever plus matin que les autres,

si cette austérité édifie mal le commun des sœurs. Il la détourne des

pénitences excessives; tout au plus autorise-t-il une discipline par

semaine ou dans le fort d’une tentation; car ce sont-là moyens,

observe-t-il trop justement, qui apaisent le mal sur l’heure, mais

l’irritent davantage dans la suite. Elle voudrait se cloîtrer aux

Clairets, maison austère, voisine de la Trappe: il s’y oppose et ne lui

permet pas même de prendre l’habit religieux, tant que son fils aura

besoin de sa tutelle. Il consentit enfin à lui donner le voile au

prieuré de Torcy; en faisant profession elle voulut s’appeler sœur

Saint-Bénigne. Mme d’Albert mérita la mort d’une sainte, surprise par

une attaque d’apoplexie entre deux oraisons, mais dans un état de

sérénité merveilleuse, ayant achevé ce qu’il appelait son «purgatoire

mystique».

Les lettres à Mme d’Albert, à Mme Cornuau, les réponses aux questions

insidieuses de Mme de la Maisonfort ou aux minuties dévotes de Mme

Dumans sont loin d’enfermer toute l’œuvre de Bossuet, directeur de

conscience. Beaucoup de ses lettres ont été détruites, celles

principalement qu’avaient reçues la Mère le Picart et la sœur Subtil de

saint Antoine. Mais, outre les lettres à telle ou telle dirigée, il

envoyait des exhortations à des communautés tout entières, entre autres

aux Ursulines de Meaux. Il composait à leur usage des Psaumes, des

paraphrases du _Cantique des cantiques_ en vers français. Il leur

destinait ses _Méditations sur l’Evangile_ et le fragment sur sainte

Madeleine retrouvé en 1909 à la bibliothèque impériale de

Saint-Pétersbourg (publié par l’abbé Bonnet), où il a mis tant de fougue

brûlante qu’on le prendrait pour un poème de sa jeunesse:

«Que vois-je ici, ô amour! Un spectacle vraiment admirable: Madeleine

captive de Jésus, et Jésus captif de Madeleine. Mettant sa tête aux

pieds de Jésus, elle se déclare assez sa captive; mais, tenant les pieds

de Jésus, elle le fait aussi son captif. Comment tient-elle les pieds de

Jésus? Elle les tient par sa bouche, en les baisant mille et mille fois;

elle les tient par ses yeux, en les arrosant de ses larmes; elle les

tient par ses mains, en les embrassant et les parfumant. «Tout cela

n’arrête pas, et il faut des chaînes. Déployez vos cheveux, ô Madeleine,

et liez-en les pieds de Jésus. O les chaînes délicates que Madeleine

prépare à son vainqueur, qu’elle veut faire son captif! Madeleine, ne

craignez pas. Celui qui confesse dans le saint Cantique qu’il laisse

prendre son cœur par un seul cheveu de son Epouse pourra-t-il démêler

ses pieds du rets de votre chevelure tout entière?...»

Ainsi, Bossuet dilate chez ses filles les hardiesses du saint amour. Il

s’applique, en les dirigeant, moins «à détruire qu’à édifier». Ni

janséniste, ni quiétiste, vigoureuse et suave, large et pourtant

précise, sa discipline veut pour fruits la santé, l’alacrité joyeuse,

«l’embonpoint spirituel». Il sait que le Maître a dit: «Je suis venu

pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient plus abondante». La vie

parfaite ne doit pas ressembler à la mort.

Bossuet · 第 13 / 24 题