La Géométrie est si cultivée de nos jours, qu'il n'est presque plus
permis d'en ignorer les principes. Nos ouvrages modernes les présentent
avec une netteté et une précision qui ne laisse rien à désirer. Mais
plus ils sont conçus aisément, moins ils se gravent dans la mémoire; et
quelques années de distraction, ou d'une étude étrangère, suffisent
ordinairement pour les faire oublier.
C'est à cet inconvénient que j'ai voulu remédier[1]. Attaché à une
maison d'étude, où, conjointement avec les plus solides instructions,
l'art des vers est si heureusement cultivé[2], j'ai bien osé appeler cet
art au secours de la Géométrie; et, à force de lutter contre le plus
rebelle de tous les sujets, je suis parvenu à exprimer assez clairement
les principes les plus élémentaires. Heureux si l'utile se trouve où
l'agréable ne saurait être.
[1] Sans doute, il y a de la folie à une pareille entreprise; mais si
mes vers n'apprennent pas beaucoup de Géométrie à nos jeunes
Français, peut-être apprendront-ils un peu de français à nos jeunes
Géomètres: car on les accuse de négliger cette partie que nous
regardions autrefois comme essentielle, et dont on fait encore
beaucoup de cas à Juilly.
[2] Nous avons vu cette année des Rhétoriciens de quinze ans mettre
Virgile en vers français, dont nos Poëtes les plus consommés se
feraient honneur. De tels Elèves font assez l'éloge du Collége de
Juilly. Mais la plus grande gloire de cette maison célèbre, c'est
d'avoir été de tous temps l'école des bonnes moeurs, et de ces
principes salutaires qui sont les seuls garans incorruptibles de
toute sagesse et de toute vertu.