NOTES

[1: Je dois prévenir une fois pour toutes que là-même où je ne cite pas

mon auteur, je lui emprunte assez souvent des expressions et des

phrases. Il m'a semblé que le meilleur moyen de le faire connaître était

de m'effacer le plus possible et de lui laisser la parole.]

[2: Les preuves du contraire éclatent à chaque pas; il faut avoir les

yeux obstinément fermés à l'évidence pour ne pas les voir. Afin de

couper court à la malveillance de telles insinuations, j'emprunte à la

Correspondance une déclaration formelle: «Vous savez, mon cher ami, à

quel fond de vérités je crois, autant qu'un tel mot est applicable au

faible esprit de l'homme; les années m'affermissent dans cette manière

de voir et d'envisager le monde, la nature et ses lois, et notre courte

et passagère apparition sur une scène immense où les formes se succèdent

au sein d'un grand tout dont nous saisissons à peine quelques aspects et

dont l'incompréhensible secret, nous échappe. Ce n'est ni triste ni gai,

mais c'est grave; et, quand on en est là, on peut laisser avec leurs

airs de dédain tous ces esprits disciples et superficiels, qui se

flattent de tenir la clef des choses, parce qu'ils ont dans la main

quelques bibelots chrétiens, païens ou autres, qu'ils adorent. Au diable

les fétiches, de quelque bois qu'on les fasse!» (Lettre au docteur

Veyne, 22 octobre 1866)]

[3: Termes empruntés à M. Taine. On a dit encore avec bien, de l'esprit:

«C'est un thésauriseur qui a enterré son or dans une foule de petits

coins, et qui, n'ayant dit que la moitié de son secret, a laissé le

reste à deviner.»]

[4: Le même sentiment se trouve exprimé en termes plus nobles, dans un

article sur Ch. Magnin, à propos de ceux qui ont défriché le terrain du

moyen âge: «Venu tard dans cette étude et à leur suite, je recueillais

les fruits de leur labeur, et je leur en étais reconnaissant. Cela ne

m'empêchait pourtant pas, tout en rendant justice à ces excellents

travailleurs, de noter quelques-uns de leurs défauts.»]

[5: _Iliade_, chant XIV, vers 174 et suivants, toilette de Junon

N'est-ce pas ce qu'on a appelé _odor della femina_?]

[6: C'est à peu près le vers d'Alfred de Musset, dans les _Contes

d'Espagne et d'Italie_.]

[7: Voici la traduction qu'en donne Delille:

Elle dit; et voyant sa faible résistance,

Elle échauffe son coeur d'un doux embrassement;

Son époux, que séduit son tendre empressement,

De ses premiers désirs sent palpiter son âme;

Il reconnaît Vénus à l'ardeur qui l'enflamme,

Et le rapide éclair des amoureux transports

Pénètre chaque veine, et court par tout son corps.

Tel, du ciel enflammé parcourant l'étendue,

L'éclair part, fend les airs, et sillonne la nue.

]

[8: _Limes erat tenuis, longa sub nubibus umbra_. (Ovide.)]

[9: La dame en question était douée par nature d'une douce impartialité

qui n'excluait pas la justesse des jugements. Toutefois, une note des

_Cahiers_ donnerait à croire qu'elle n'avait pas l'esprit aussi aimable

que le reste: «Jeune, on se passe très-aisément d'esprit dans la beauté

qu'on aime et de bon sens dans les talents qu'on admire.» Du même coup,

le mari y attrape son égratignure.]

[10: Je ne tiens pas compte des _Pensées d'août_, publiées plus tard, en

1837, et qui ne sont que de la prose rimée, sans rien de poétique.]

[11: Homère. _Iliade_, XIV].

[12: Sainte-Beuve n'y a jamais répondu, trouvant que c'était là une

méchante et trop facile littérature. Il s'est contenté de réfuter d'une

manière générale certaines théories sur l'adultère: «Nos auteurs

dramatiques et nos romanciers sont uniques. Ils vivent, la plupart,

comme de gais et spirituels chenapans, avec des filles, avec des

cocottes, avec des femmes mariées; ils ne se gênent en rien et s'en

donnent à _tire-larigot_. Mais dès qu'il s'agit, dans leurs inventions

littéraires, d'un adultère, cela devient une affaire de tous les diables

et comme si le cas était pendable au premier chef. Ils oublient qu'il

n'y a rien de plus commun en fait, et rien qui, dans le train ordinaire

de la vie, tire moins à conséquence.»

(_Cahiers_, page 133.)]

[13: Les gens de lettres le sont jusqu'au bout. Oublier ses passions dès

qu'on les a satisfaites ou n'en garder qu'un vague souvenir au fond du

coeur, cela est bon pour le vulgaire. Avec les poëtes et les romanciers,

tout ne finit pas ainsi. Restent les lettres et les témoignages écrits.

Voilà de quoi composer des livres; c'est un texte de copie tout trouvé.

Les deux amoureux le savaient si bien qu'ils décidèrent, en rompant, de

confier leurs billets doux à un notaire, pour être remis au dernier

survivant. Après la mort de Musset, Mme Sand hérita du paquet. Mais

avant de le livrer à l'impression, elle consulta le confident.

Sainte-Beuve, peu flatté d'avoir à relire ces vieux poulets, me chargea

de la besogne. Étais-je d'un sens trop grossier? Le fait est que tout

cela me parut fort déclamatoire et vide. Il me semblait feuilleter un

tome de _la Nouvelle Héloïse_, et je l'avouai franchement. Sans doute

mon impression fut transmise telle quelle à Mme Sand, car elle brûla,

dit-on, ces lettres,--après en avoir laissé prendre quelques copies.]

[14: Le fait paraît moins surprenant quand on lit l'article dans le

numéro du 24 juin 1829. Il y est parlé avec éloge de l'ancien ministre

des relations extérieures; de plus, les idées en sont empruntées d'un

mémoire publié par M. d'Hauterive sous la dictée de Talleyrand.]

[15: Le pauvre diable avait conscience de son infirmité. Il écrivait à

Béranger: «Quand je suis ainsi empêtré dans un monde d'idées et de faits

soulevés dans ma tête, je deviens une brute, incapable de toute antre

chose.» Et le malin chansonnier, écrivant à son tour à Hippolyte

Fortoul, à propos d'une visite que J. Reynaud lui avait faite à

Fontainebleau, ajoutait: «Il m'a promis de m'envoyer Leroux. Vous feriez

bien de le conduire jusqu'ici, pour qu'il ne se perde pas en route.»]

[16: Barbey d'Aurevilly ne l'a pas oublié. À son tour, il est injuste et

se refuse à reconnaître la supériorité de son ancien auditeur: «C'était

pour son article qu'il conversait, cet homme qui n'aimait pas tant la

conversation qu'on l'a dit, si ce n'est dans l'intérêt de son article...

Enfin, il aurait gratté la terre avec ses ongles pour son article. Il en

eût fait sur n'importe quoi... Il en aurait fait sur le diable et même

sur Dieu, auquel il ne croyait pas.»]

[17: Abbadon ou Abbadona est un ange fidèle de _la Messiade_ de

Klopstock, entraîné dans la révolte de Lucifer et dont la harpe résonne

au milieu des hurlements du concert infernal. Même parmi les démons, il

reste triste et malade du regret des cieux.]

[18: Cet ouvrage a un autre inconvénient. Par la perfection et le

complet de ses renseignements, il nous rassasie comme un panier de

pêches trop mûres. En général, le Français préfère les primeurs ou les

fruits verts.]

[19: L'habitude persiste; mais, avec l'âge, le niveau des hauteurs a

baissé. Ne pouvant plus escalader les tours et les beffrois, le grand

poëte, afin d'être toujours haut perché, grimpe aujourd'hui sur

l'impériale des omnibus].

[20: Pas de malentendu, s'il vous plaît. Le privilège de la naissance

est un fait que je ne conteste pas. Dans notre société, à moins de

changements profonds et peu probables, le fils d'un homme célèbre aura

toujours une foule d'avantages sur un inconnu. Je ne m'insurge donc que

contre la prétention de vouloir ériger ce _fait_ en une sorte de

_droit_].

[21: Pour ceux qui voudraient plus de détails sur Mme d'Arbouville,

j'ajoute qu'elle est auteur de poésies fort tristes et de cinq nouvelles

publiées par la _Revue des Deux-Mondes_. Ses oeuvres ont été réunies en

deux volumes in-12, chez Amyot. Sainte-Beuve mettait tant de réserve

dans ses relations avec elle, que lorsque la _Revue_ inséra _le Médecin

de Village_, le 15 mai 1843, ce ne fut pas lui, mais son ami Ch.

Labitte, qui écrivit, pour encadrer la nouvelle et lui servir

d'introduction, un morceau intitulé: _Le Roman dans le monde_. Après la

mort de Mme d'Arbouville, il refusa de se charger de l'article que l'on

désirait consacrer à sa mémoire, ne voulant pas, dit M. d'Haussonville,

«élever son tombeau de ses propres mains».]

[22: Tout lui déplaît en ce roi, jusqu'à ses discours du trône, ces

phrases embourbées dont on ne voyait pas la fin et qui étaient comme

l'apanage de la branche cadette.]

[23: Il reconnaît le profit que son talent retira de cet emploi nouveau:

«J'avais une _manière_; je m'étais fait à écrire dans un certain tour, à

caresser et à raffiner ma pensée; je m'y complaisais. La nécessité,

cette grande muse, m'a forcé brusquement d'en changer: cette nécessité

qui, dans les grands moments, fait que le muet parle et que le bègue

articule, m'a forcé, en un instant, d'en venir à une expression nette,

claire, rapide, de parler à tout le monde et la langue de tout le monde:

je l'en remercie.» L'homme de bon sens va se retrancher net toute

prétention au laurier de poëte pour s'en tenir à sa seule et véritable

vocation.]

[24: Son hésitation provenait de la rétention d'urine dont il souffrait

et de la crainte de ne pas trouver les commodités nécessaires pour y

p... à l'aise. La princesse daigna le rassurer.]

[25: Elle l'était lorsque ces articles parurent dans _le Nain jaune_;

depuis, on l'a comprise dans la Correspondance.]

[26: Ceux qui seront curieux de voir de quoi il s'agit, n'ont qu'à

prendre le tome V des _Causeries du Lundi_, page 334.]

[27: H. Taine.]

[28: Le propos n'est qu'une boutade. Il avait néanmoins à ce sujet des

idées fort ingénieuses qu'il expliquait à ravir. Ainsi, d'après lui, on

ne devrait donner le nom de _vertu_ qu'à celles de nos qualités qui sont

un principe de force et d'action, qui grandissent l'individu, et non à

celles qui tendent à le rapetisser. Une des maximes de cette théorie

était que _la modestie est un aveu d'impuissance_. Il bâtissait

là-dessus toute une refonte de la morale et du Code pénal excessivement

neuve et hardie.]

[29: Lui-même le sentait. Consulté par le ministre, lors de la vacance

de la chaire, il proposa M. de Laprade. Mais Fortoul, condisciple et ami

du poëte lyonnais, qui le connaissait bien, l'ayant reçu docteur,

répondit: «Non, il me ferait trop mal Horace.» Et il insista pour que

Sainte-Beuve acceptât de s'en charger.]

[30: Plerosque dies et amantes carmina noctes. (Stace.)]

[31: Ce que La Fontaine traduit gaillardement en deux vers:

Elle était fille à bien armer un lit,

Pleine de suc et donnant appétit.

]

[32: Fréquentée par les matelots les jours de paie.]

[33: Il offrait volontiers à ceux qui le visitaient, à l'issue de son

dîner, un mélange de curaçao et de rhum dont M. Edmond About lui avait

appris la recette.]

[34: Dès 1852, il semble avoir voulu discrètement indiquer à l'Empire,

qui n'en tint nul compte, le moyen de se concilier la littérature: «Les

gens de lettres, ceux qui sont vraiment dignes de leur nom et de leur

qualité, ont été de tout temps sensibles à de certains procédés, à

certaines choses faites à temps et d'une manière qui honore... Qu'on

veuille bien m'entendre: une distinction, une louange juste et bien

placée, de l'attention, ce sont de ces faveurs qui rattachent les âmes,

même les plus libres. Dans mon parfait désintéressement, j'ai peut-être

le droit de dire ces choses.»]

[35: Mme de Sévigné.]

Sainte Beuve et ses inconnues · 第 30 / 31 题