NOTES

[1: Le général Reynier était chef d'état-major de l'armée du Rhin; il

n'était pas connu du général Bonaparte, qui n'en avait entendu parler

que depuis l'arrivée d'Augereau au commandement de l'armée du Rhin, et

qui avait demandé au Directoire d'en retirer le général Reynier.]

[2: Le même qui depuis a commandé à Corfou et à la Martinique.]

[3: Les autres convois étaient composés et organisés de même.]

[4: Officier du génie qui avait perdu une jambe à l'armée de

Sambre-et-Meuse; il perdit un bras au siége d'Acre en Syrie, et mourut

regretté de l'armée et du général Bonaparte, qui ne cessait d'en parler,

quand il voulait comparer le zèle de quelqu'un à quelque chose

d'extraordinaire.]

[5: Ils en partirent aussitôt que notre flotte mit à la voile, et

allèrent rejoindre l'amiral Nelson à Syracuse.]

[6: Il existe une distance assez grande, toute remplie de ruines et de

décombres, entre l'enceinte de la ville et les maisons habitées.]

[7: En Égypte les récoltes de chaque village sont mises en commun, par

tas, autour du village; chacun y prend le grain dont il a besoin; on n'y

connaît pas les granges ni les greniers, et à peine empêche-t-on les

oiseaux et les volailles de s'en gorger, parce que les enfans que l'on

aposte pour les chasser sont le plus souvent à jouer ou à dormir.]

[8: Les mamelouks ne connaissaient point l'arme de l'infanterie, et

regardaient comme déshonorant de combattre autrement qu'à cheval. Ils

étaient excellens cavaliers, mais d'une ignorance complète sur tout ce

qui concernait l'art de la guerre et la composition des armées.]

[9: Le mirage est un effet produit par l'ardeur du soleil, qui condense

les vapeurs que la terre exhale, et les empêche de s'élever; elles

forment un nuage qui tout le jour couvre la surface de la terre, et

ressemble à une mer calme vue de loin. La nuit, elles tombent en rosées

abondantes, en sorte qu'après le coucher du soleil on découvre de plus

loin que pendant la chaleur du jour.]

[10: Gizé est un gros bourg situé sur la rive gauche du Nil, en face de

l'île de Roda, qui est entre le Caire et la rive gauche. Ce bourg est

clos par une bonne muraille qui se termine aux deux extrémités par le

bord du fleuve.]

[11: Après que les Anglais furent maîtres d'Alexandrie, deux ans plus

tard, ils firent sonder les passes du port, et ils trouvèrent que celle

du milieu avait dans sa moindre profondeur cinq brasses d'eau. Si notre

escadre n'avait pas perdu un mois sans chercher à s'en assurer, elle se

serait sauvée et aurait été d'un grand poids dans les destinées de

l'avenir.]

[12: Il est remarquable que ce vaisseau anglais était ce même

_Bellérophon_, qui, constamment armé depuis ce temps, semblait destiné à

poursuivre les débris de l'expédition d'Égypte jusque dans son auteur.

C'est le même qui reçut l'Empereur seize ans après: il y avait encore à

bord des matelots de cette époque, parce que ce vaisseau n'avait pas été

désarmé pendant la paix d'Amiens.]

[13: La meilleure huile de rose d'Égypte se fait à Faouë.]

[14: Le medin ou parat est une petite pièce d'argent fortement allié

avec du cuivre, et qui vaut deux liards; elle est ronde et large comme

un très petit pain à cacheter, et en même temps si mince qu'on ne

s'expose pas à les compter au vent, qui les disperserait.]

[15: Cheik, homme de la loi.]

[16: Bâtiment du Nil.]

[17: Le petit garçon entra dans l'escadron des mamelouks après

l'évacuation de l'Égypte, et il fut tué le jour de la révolte de Madrid,

le 2 mai 1808. Le capucin s'attacha à l'administration de l'armée.]

[18: On l'a sans doute appelé ainsi, parce que, dans cet endroit, le

fleuve est si étroit qu'on a pu autrefois en arrêter la navigation par

une chaîne tendue d'un bord à l'autre. Là, le Nil est d'une profondeur

extrême: les gens du pays nous disaient naïvement qu'on n'en trouvait

pas le fond.]

[19: Le pacha qui gouverne aujourd'hui l'Égypte a été occupé d'un projet

qui ferait honneur au gouvernement le plus civilisé d'Europe. Il a fait

venir d'Italie de jeunes ingénieurs qui avaient fait leurs cours à

l'école fondée par Napoléon à Modène, et les a envoyés reconnaître la

cataracte qui sépare l'Égypte de l'Éthiopie, et celle qui, cent

cinquante lieues plus haut, sépare l'Éthiopie du royaume de Sennaar. Son

but était de savoir si l'on pouvait faire disparaître ces cataractes et

rendre le fleuve navigable. Le rapport des ingénieurs a été tout-à-fait

favorable. L'énormité de la dépense a seule obligé le pacha à ajourner

l'exécution de son projet, parce que, dans ce moment-là, il faisait

recreuser le canal qui porte les eaux du Nil à Alexandrie, et que la

plus grande partie de ses finances était absorbée par d'autres dépenses.

S'il peut revenir un jour à cette pensée, et qu'elle s'exécute par lui

ou ses successeurs, le Sennaar sera mis en communication avec la

Méditerranée par une bonne route de navigation. Ce pays, qui est, comme

l'Égypte, une vallée du Nil composée de terre d'alluvion, est fertile en

coton et en plantes médicinales; il fournit en outre de la poudre d'or

et des bois de construction magnifiques dont les montagnes sont

couvertes; ce qui se comprend, parce qu'il pleut beaucoup dans le

Sennaar, tandis qu'il ne pleut pas en Égypte. Un pareil projet, s'il

s'exécute jamais, doublera la puissance du pacha et de l'Égypte.]

[20: _Lettre adressée par le général Bonaparte au général Kléber, en

partant d'Égypte pour retourner en France._

«Vous trouverez ci-joint, général, un ordre pour prendre le

commandement en chef de l'armée. La crainte que la croisière

anglaise ne reparaisse d'un moment à l'autre, me fait précipiter

mon voyage de deux ou trois jours. J'emmène avec moi les généraux

Berthier, Andréossy, Murat, Lannes et Marmont, et les citoyens

Monge et Berthollet.

«Vous trouverez ci-joints les papiers anglais et de Francfort

jusqu'au 10 juin. Vous y verrez que nous avons perdu l'Italie, que

Mantoue, Turin et Tortone sont bloquées. J'ai lieu d'espérer que la

première tiendra jusqu'à la fin de novembre. J'ai l'espérance, si

la fortune me sourit, d'arriver en Europe avant le commencement

d'octobre.

«Vous trouverez ci-joint un chiffre pour correspondre avec le

gouvernement, et un autre chiffre pour correspondre avec moi.

«Je vous prie de faire partir, dans le courant d'octobre, Junot,

ainsi que mes domestiques et tous les effets que j'ai laissés au

Caire. Cependant je ne trouverais pas mauvais que vous engageassiez

à votre service ceux de mes domestiques qui vous conviendraient.

«L'intention du gouvernement est que le général Desaix parte pour

l'Europe dans le courant de novembre, à moins d'événemens majeurs.

«La commission des arts passera en France sur un parlementaire que

vous demanderez à cet effet, conformément au cartel d'échange, dans

le courant de novembre, immédiatement après qu'elle aura achevé sa

mission. Elle est maintenant occupée à voir la Haute-Égypte;

cependant ceux des membres que vous jugerez pouvoir vous être

utiles, vous les mettrez en réquisition sans difficulté.

«L'effendi fait prisonnier à Aboukir est parti pour se rendre à

Damiette. Je vous ai écrit de l'envoyer en Chypre; il est porteur,

pour le grand-visir, d'une lettre dont vous trouverez ci-jointe la

copie.

«L'arrivée de notre escadre de Brest à Toulon, et de l'escadre

espagnole à Carthagène, ne laisse plus de doute sur la possibilité

de faire passer en Égypte les fusils, les sabres, les pistolets,

les fers coulés dont vous pourriez avoir besoin, et dont j'ai

l'état le plus exact, avec une quantité de recrues suffisante pour

réparer les pertes des deux campagnes.

«Le gouvernement vous fera connaître alors ses intentions lui-même;

et moi, comme homme public et comme particulier, je prendrai des

mesures pour vous faire avoir fréquemment des nouvelles.

«Si, par des événemens incalculables, toutes les tentatives étaient

infructueuses, et qu'au mois de mai vous n'eussiez reçu aucun

secours ni nouvelles de France, et si, malgré toutes les

précautions, la peste était en Égypte cette année, et vous tuait

plus de quinze cents soldats, perte considérable, puisqu'elle

serait en sus de celle que les événemens de la guerre vous

occasionneront journellement, je pense que, dans ce cas, vous ne

devez pas hasarder de soutenir la campagne, et que vous êtes

autorisé à conclure la paix avec la Porte ottomane, quand même la

condition principale serait l'évacuation de l'Égypte. Il faudrait

seulement éloigner l'exécution de cette condition jusqu'à la paix

générale.

«Vous savez apprécier aussi bien que moi combien la position de

l'Égypte est importante à la France: cet empire turc, qui menace

ruine de tous côtés, s'écroule aujourd'hui, et l'évacuation de

l'Égypte serait un malheur d'autant plus grand, que nous verrions

de nos jours cette belle province passer en des mains européennes.

«Les nouvelles des succès ou des revers qu'aura la république

doivent aussi entrer puissamment dans vos calculs.

«Si la Porte répondait, avant que vous eussiez reçu de mes

nouvelles de France, aux ouvertures de paix que je lui ai faites,

vous devez déclarer que vous avez tous les pouvoirs que j'avais, et

entamer les négociations persistant toujours dans l'assertion que

j'ai avancée, que l'intention de la France n'a jamais été d'enlever

l'Égypte à la Porte; demander que la Porte sorte de la coalition,

et nous accorde le commerce de la mer Noire; qu'elle mette en

liberté les prisonniers français, et enfin six mois de suspension

d'armes, afin que, pendant ce temps-là, l'échange des ratifications

puisse avoir lieu.

«Supposant que les circonstances soient telles que vous croyiez

devoir conclure un traité avec la Porte, vous ferez sentir que vous

ne pouvez pas le mettre à exécution qu'il ne soit ratifié; et,

suivant l'usage de toutes les nations, l'intervalle entre la

signature d'un traité et sa ratification doit toujours être une

suspension d'hostilités.

«Vous connaissez, citoyen général, quelle est ma manière de voir

sur la politique intérieure de l'Égypte: quelque chose que vous

fassiez, les chrétiens seront toujours nos amis. Il faut les

empêcher d'être insolens, afin que les Turcs n'aient pas contre

nous le même fanatisme que contre les chrétiens, ce qui nous les

rendrait irréconciliables; il faut endormir le fanatisme, afin

qu'on puisse le déraciner. En captivant l'opinion des grands cheiks

du Caire, on a l'opinion de toute l'Égypte; et de tous les chefs

que ce peuple peut avoir, il n'y en a aucun de moins dangereux que

les cheiks, qui sont peureux, ne savent pas se battre, et qui,

comme tous les prêtres, inspirent le fanatisme sans être

fanatiques.

«Quant aux fortifications, Alexandrie, El-Arich, voilà les clefs de

l'Égypte. J'avais le projet de faire établir cet hiver des redoutes

de palmiers, deux depuis Salahié à Catiëh, deux de Catiëh à

El-Arich; l'une se serait trouvée à l'endroit où le général Menou a

trouvé de l'eau potable.

«Le général Samson, commandant du génie, et le général Songis,

commandant de l'artillerie, vous mettront chacun au fait de ce qui

regarde sa partie.

«Le citoyen Poussielgue a été exclusivement chargé des finances. Je

l'ai reconnu travailleur et homme de mérite. Il commence à avoir

quelques renseignemens sur le chaos de l'administration de

l'Égypte.

«J'avais le projet, si aucun nouvel événement ne survenait, de

tâcher d'établir cet hiver un nouveau mode d'imposition, ce qui

nous aurait permis de nous passer à peu près des Cophtes;

cependant, avant de l'entreprendre, je vous conseille d'y réfléchir

long-temps: il vaut mieux entreprendre cette opération un peu plus

tard qu'un peu trop tôt.

«Des vaisseaux de guerre français paraîtront indubitablement cet

hiver à Alexandrie, Bourlos ou Damiette. Faites construire une

bonne tour à Bourlos; tâchez de réunir cinq ou six cents mamelouks,

que, lorsque les vaisseaux français seront arrivés, vous ferez en

un jour arrêter au Caire et dans les autres provinces, et embarquer

pour la France. Au défaut de mamelouks, des otages d'Arabes, des

cheiks-belets, qui, pour une raison quelconque, se trouveraient

arrêtés, peuvent y suppléer. Ces individus, arrivés en France, y

seront retenus un ou deux ans, verront la grandeur de la nation,

prendront quelques idées de nos moeurs et de notre langue, et, de

retour en Égypte, y formeront autant de partisans.

«J'avais déjà demandé plusieurs fois une troupe de comédiens; je

prendrai un soin particulier de vous en envoyer. Cet article est

très important pour l'armée, et pour commencer à changer les moeurs

du pays.

«La place importante que vous allez occuper en chef va vous mettre

à même enfin de déployer les talens que la nature vous a donnés.

L'intérêt de ce qui se passe ici est vif, et les résultats en

seront immenses pour le commerce, pour la civilisation; ce sera

l'époque d'où dateront de grandes révolutions.

«Accoutumé à voir la récompense des peines et des travaux de la vie

dans l'opinion de la postérité, j'abandonne avec le plus grand

regret l'Égypte. L'intérêt de la patrie, sa gloire, l'obéissance,

les événemens extraordinaires qui viennent de se passer, me

décident seuls à passer au milieu des escadres ennemies pour me

rendre en Europe. Je serai d'esprit et de coeur avec vous; vos

succès me seront aussi chers que ceux où je me trouverai en

personne; et je regarderai comme mal employés tous les jours de ma

vie où je ne ferai pas quelque chose pour l'armée dont je vous

laisse le commandement, et pour consolider le magnifique

établissement dont les fondemens viennent d'être jetés.

«L'armée que je vous confie est toute composée de mes enfans; j'ai

eu dans tous les temps, même au milieu de mes plus grandes peines,

des marques de leur attachement. Entretenez-les dans ces sentimens;

vous le devez à l'estime toute particulière que j'ai pour vous, et

à l'attachement vrai que je leur porte.

«BONAPARTE.»]

[21: Le premier qui y fut envoyé fut le chef de bataillon Morand, du

quatre-vingt-huitième régiment; il était déjà distingué dans l'armée à

cette époque, et annonçait devoir être un jour ce qu'il est

effectivement devenu depuis, un des lieutenans-généraux les plus

distingués de l'armée de l'Empereur.]

[22: Cet émigré est venu depuis demander du service à l'Empereur, et

sert aujourd'hui dans l'armée du roi de France.]

[23: Par la suite, cette vivandière est devenue la protectrice des

établissemens chrétiens de la Syrie, qui lui ont dû de grands services.

Sous le consulat, on s'est servi d'elle, et on lui a donné les moyens de

soutenir son crédit.]

[24: Il avait lieu de se tourmenter, car il se rappelait bien ce qu'il

avait écrit au Directoire après le départ du général Bonaparte. On m'a

de plus assuré qu'à la mort de Kléber, le général Menou avait trouvé

dans ses papiers une lettre du général Moreau, qui ne laissait aucune

équivoque sur les intelligences de Kléber et de ce général pour ruiner

la puissance du premier consul; mais je ne puis le croire, parce que la

mort de Kléber est survenue trop tôt pour que cette intelligence ait pu

s'établir.]

[25: J'ai vu depuis des officiers de la marine anglaise qui m'ont assuré

que les deux frégates avaient bien été aperçues, mais que l'amiral les

avait prises pour celles de son escadre, attendu qu'elles gouvernaient

sur lui, et qu'il savait que nous n'en avions qu'une dans toute la

Méditerranée; encore était-elle dans Toulon. Il était bien loin

d'imaginer que celles qu'il discernait eussent le général Bonaparte à

bord.]

[26: Ces détails m'ont été donnés pendant mon administration publique.]

[27: Un des officiers de l'armée dont j'ai entendu le général Bonaparte

se louer le plus à l'occasion du 18 brumaire, est le général Sébastiani;

colonel à cette époque du neuvième régiment de dragons, il comptait sous

ses ordres mille cavaliers qui tous avaient servi en Italie. Le général

Bonaparte lui fit part de son projet, avant de sonder les autres

colonels de la garnison. Non content de se prêter à ses vues, Sébastiani

se chargea de lui amener une foule d'officiers que le Directoire

laissait dans le dénûment.

Au signal donné, Sébastiani brûla le premier son vaisseau en distribuant

à ses dragons dix mille cartouches à balles qui étaient déposées chez

lui, et qui ne pouvaient être délivrées que sur un ordre du commandant

de Paris. Il fit monter son régiment à cheval, et le conduisit dans la

rue de la Victoire pour servir d'escorte au général Bonaparte, qui

partait pour Saint-Cloud. Celui-ci passa dans les rangs des dragons et

voulut leur adresser quelques paroles. «Nous ne demandons pas

d'explication, lui répliquèrent ces braves. Nous savons que vous ne

voulez que le bien de la France. Comptez sur nous.» L'exemple de ce

régiment servit à décider les autres.

Dans la suite, la calomnie s'attacha au général Sébastiani et voulut le

perdre dans l'esprit de son souverain, mais celui-ci répondit sans

cesse: «Je n'oublierai jamais le 18 brumaire, il m'a fait connaître mes

amis.»]

[28: On a prétendu que ce fait était faux. J'ai même entendu dire à des

compatriotes du député qu'on en chargea qu'il était incapable de se

porter à un tel excès.

L'opinion contraire était néanmoins si bien établie, qu'il fut obligé de

se retirer à Livourne, d'où il en appela à l'équité du premier consul.

«Vous savez mieux que personne, lui dit-il dans sa lettre, combien

l'accusation dont je me plains est peu fondée.»

Le premier consul ne lui répondit pas; mais je ne lui ai jamais entendu

dire qu'il eût remarqué le geste qu'on attribue à ce député. Toutefois,

j'ai vu le grenadier honoré pour son dévoûment et gratifié d'une pension

qu'il n'a perdue qu'en 1815.]

[29: Georges Cadoudal était né à Auray près de Lorient. Il avait été

ecclésiastique avant la révolution et peu estimé dans la prêtrise.

Hypocrite dangereux, incapable d'obéissance, ambitieux à l'excès, il ne

détestait pas moins les nobles que les républicains. Napoléon avait dit

avec raison que c'était une bête féroce. Du reste, il était doué d'un

grand courage moral et physique et ne manquait pas d'une certaine

capacité. Au total il méritait de mieux finir qu'il n'a fait.]

[30: La deuxième division du général Desaix, celle du général Monnier,

avait été dirigée la veille sur Castel-Seriolo, à la droite de l'armée.]

[31: Il n'avait que deux cents hussards du premier régiment.]

[32: Le général Berthier a fait faire le tableau de cette bataille. Le

peintre, officier de l'armée, est sans nul doute un homme de grand

talent; mais il a obéi aux règles de son art, il a transporté la charge

sur le flanc droit de la colonne, tandis que c'est sur le flanc gauche

qu'elle a eu lieu. Cela ne fait rien au mérite du tableau; ce n'est que

dans l'intérêt de la vérité historique que je fais cette observation.]

[33: Suchet commandait quelques bataillons sur le Var, avec lesquels il

avait couvert la Provence pendant le siége de Gênes.]

[34: J'y rencontrai le général autrichien Saint-Julien, qui se rendait

d'Italie à Paris, sous l'escorte d'un aide-de-camp de Masséna.]

[35: Le général Clarke était issu d'une famille irlandaise réfugiée en

France avec les Stuarts. Il entra de bonne heure dans la maison du duc

d'Orléans en qualité de secrétaire, ce qui lui valut le grade de

capitaine de remplacement au régiment de colonel-général des hussards,

qui appartenait au duc.

Dans la révolution, il se plia aux principes politiques de ce prince.

Devenu par l'ordre du tableau lieutenant-colonel du deuxième régiment de

cavalerie, il fut employé sous M. de Custine à l'armée du Rhin, et fit

en cette qualité la première retraite de Mayence à Weissembourg. Après

le départ de ce général, qui avait été appelé au commandement du Nord,

les représentant du peuple élevèrent Clarke aux fonctions de chef

d'état-major; mais ces proconsuls, qui chaque jour prenaient les

déterminations les plus bizarres, le destituèrent presqu'aussitôt, et le

renvoyèrent à vingt lieues des frontières. La révolution qui avait

constitué le Directoire le réhabilita. Clarke fut mis à la tête du

bureau topographique de la guerre. Il en dirigeait le travail, et

n'ignorait rien de ce qui concernait les dispositions militaires de la

république.

Le Directoire, ayant pris ombrage du général Bonaparte, envoya Clarke en

Italie, sous prétexte de chercher à ouvrir des communications avec

Vienne. Son objet n'était pas de le faire accréditer, mais d'avoir au

quartier-général un agent sûr, qui lui rendît compte des dispositions

politiques du général en chef.

En conséquence, Clarke passa les monts, et fut momentanément remplacé au

bureau topographique par le général Dupont, avec lequel il

correspondait. (Je parlerai plus tard de cette correspondance que j'ai

eue dans les mains.) Le général Bonaparte ne se méprit pas sur la

mission de cet officier. Il mit son secrétaire en campagne, et ne tarda

pas à acquérir la preuve de ce qu'il n'avait fait que soupçonner. Il

manda l'émissaire, et le fit expliquer. Clarke ne chercha pas à

dissimuler; il avoua tout, et engagea au général de l'armée d'Italie la

foi qu'il avait déjà promise au Directoire. Il ne se crut pas néanmoins

obligé de renoncer aux rapports qu'il faisait passer à Paris. Il

continua de correspondre avec Dupont, auquel il se garda bien de confier

la manière dont il avait été accueilli, et lui transmit régulièrement

des notes sur les vues et les projets du général en chef. Le Directoire,

cependant, ne fut pas long-temps dupe de l'artifice. Le 18 fructidor eut

lieu, et Clarke fut destitué. Généreux pour l'observateur en disgrâce,

le général Bonaparte le couvrit de sa puissance, et le garda en Italie

jusqu'au moment où il repassa les monts. Il l'avait sauvé des rigueurs

du Directoire après les négociations de Campo-Formio, il le sauva de

l'indigence après les événemens de Saint-Cloud. Le 18 brumaire consommé,

il le tira d'une petite terre où il vivait près de Strasbourg, et

l'appela par le télégraphe auprès de sa personne. Il lui rendit son

bureau topographique, le logea, l'établit aux Tuileries, et l'employa

dans toutes les circonstances qui pouvaient flatter son ambition. Il le

nomma plus tard ambassadeur, le fit gouverneur de Vienne, de Berlin,

ministre de la guerre, duc; enfin, à son mariage, il le dota de sa

cassette. Voilà ce que Clarke reçut à ma connaissance de la munificence

de Napoléon. La suite de ces Mémoires nous dira ce qu'il fit au jour du

danger pour son bienfaiteur.]

[36: «Sa Majesté n'a consenti à ne plus occuper l'île de Malte qu'à la

condition expresse de son indépendance de la France, ainsi que de la

Grande-Bretagne. Le seul moyen d'y parvenir est de la placer sous la

garantie ou protection de quelque puissance en état de la maintenir. Sa

Majesté ne persistera point à vouloir entretenir garnison anglaise dans

cette île, jusqu'à l'établissement du gouvernement de l'ordre de

Saint-Jean. Elle sera prête au contraire à l'évacuer dans le délai qui

sera fixé pour les mesures de ce genre en Europe, pourvu que l'empereur

de Russie, comme protecteur de l'ordre, ou toute autre puissance

reconnue par les parties contractantes, se charge efficacement de la

défense et de la sûreté de Malte.»

«HAWKESBURY.»]

[37: Plusieurs jeunes gens perdus par la fréquentation de la mauvaise

compagnie se virent conduits à l'échafaud.]

[38: Cet aide-de-camp arriva heureusement à Alexandrie, mais après la

mort de Kléber.]

[39: Paris, le 11 ventose an IX de la république française.

«Le chef de brigade Savary partira en toute diligence pour se rendre à

Lorient; il remettra la lettre du ministre de la marine au préfet

maritime. Il restera dans cette ville jusqu'à ce que _l'Argonaute_,

_l'Union_ et une des trois frégates soient partis pour Rochefort. Il

verra tous les jours le préfet maritime et le contre-amiral Ledoux pour

en presser le départ, après quoi il se rendra à Rochefort, où il restera

jusqu'après le départ de l'escadre. Dans l'un et l'autre port, il

m'écrira tous les soirs pour me faire connaître l'état des

approvisionnemens et de l'armement, quel aura été le vent et l'état des

croisières.

«Lorsque l'état des croisières sera douteux, il se mettra lui-même en

mer, ou ira sur des caps pour connaître lui-même la force et le nombre

des vaisseaux.

«Toutes les fois qu'il y aura un événement extraordinaire, il pourra

m'expédier un courrier.

«À la seconde dépêche qu'il m'écrira de Lorient, il me fera connaître

l'état de situation de tous les vaisseaux en construction, et ce qu'il

faudra pour l'activer.

«En arrivant au port, il aura toujours soin de faire une visite au

préfet maritime, au commandant de la place, au sous-préfet et au maire.

«Dans tous les lieux où il séjournera, il prendra des notes sur les

principaux fonctionnaires publics et sur l'état de l'esprit public.

«Avant de partir, il verra le ministre de la marine.»

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 1 · 第 43 / 44 题