Qu'on peut, sans qu'on s'en émerveille,
Dire un vrai chef-d'œuvre de l'art,
Sans aucun mais, ni si, ni car,
Est fort suivie et fort louée,
Et même à merveille jouée
Par la digne troupe du Roi,
Sur son théâtre en noble arroi.
Mademoiselle de Molière
Des mieux soutient le caractère
De cette reine dont le cœur
Témoigne un amour plein d'honneur.
Cette autre admirable chrétienne[191],
Cette rare comédienne,
Mademoiselle de Beauval,
Savante dans l'art théâtral,
Fait bien la fière Domitie;
Et Mademoiselle de Brie,
Qui tout joue agréablement
Comme judicieusement,
Y pare grandement la scène[192],
Parlant avec cette Romaine,
Qui l'entretient confidemment
Dessus l'incommode tourment
Que lui cause, au fond de son âme,
Son ambition et sa flamme.
La Thorillière fait Titus,
Empereur orné de vertus,
Et remplit, dessus ma parole,
Dignement cet auguste rôle.
De même le jeune Baron,
Héritier, ainsi que du nom,
De tous les charmes de sa mère
Et des beaux talents qu'eut son père,
Y représente, en son air doux,
Domitian, au gré de tous,
Dans l'amour tendre autant qu'extrème
Dont ladite Romaine il aime.
Enfin leurs confidents aussi,
Dont à côté les noms voici, (_Les Srs Hubert, du Croisi et la Grange._)
Y font très-bien leur personnage,
Et dans un brillant équipage.
Environ un mois après, la pièce était représentée à Vincennes
devant la cour. C'est la _Gazette_ qui nous l'apprend en ces
termes: «Le 21, Leurs Majestés, avec lesquelles étoient
Monseigneur le Dauphin, Monsieur, Mademoiselle d'Orléans, Mme de
Guise et la duchesse d'Enghien, allèrent au château de Vincennes,
continuer les divertissements du carnaval: y ayant eu le soir la
représentation de la _Bérénice_ du sieur Corneille, par la troupe
du Roi dans l'antichambre de la Reine, puis le bal, où les
seigneurs et les dames parurent en un ajustement des plus
superbes et des plus brillants: ce qui fut précédé d'une
très-magnifique collation et suivi d'un souper non moins
splendide.»
Corneille ne partageait pas l'enthousiasme de Robinet, et n'était
nullement satisfait de la façon dont sa pièce avait été jouée; il
en conserva même un si pénible souvenir, que six ans plus
tard il écrivait à Louis XIV, en le remerciant d'avoir fait
reparaître certains de ses ouvrages et en le priant d'étendre à
d'autres la même faveur, que s'il daignait leur accorder quelque
attention:
.... _Bérénice_ enfin trouveroit des acteurs.
Avouons, du reste, que les comédiens qui jouaient dans cette
pièce devaient être assez embarrassés pour exprimer certains
sentiments factices, et même pour comprendre quelques passages
obscurs. Cizeron Rival raconte à ce sujet une anecdote[193] dont
nous n'oserions pas garantir l'exactitude, mais qui est tout à la
fois trop piquante et trop connue pour qu'il soit permis de la
passer sous silence. «M. Despréaux distinguoit ordinairement deux
sortes de galimatias: le _galimatias simple_, et le _galimatias
double_. Il appeloit galimatias simple, celui où l'auteur
entendoit ce qu'il vouloit dire, mais où les autres n'entendoient
rien; et le galimatias double, celui où l'auteur ni les lecteurs
ne pouvoient rien comprendre.... Il citoit pour exemple ces
quatre vers de la tragédie de _Tite et Bérénice_ du grand
Corneille (acte I, scène II):
Faut-il mourir, Madame? et si proche du terme,
Votre illustre inconstance est-elle encor si ferme,
Que les restes d'un feu que j'avois cru si fort
Puissent dans quatre jours se promettre ma mort?
Baron, ce célèbre acteur, devoit faire le rôle de Domitian dans
cette même tragédie, et comme il étudioit son rôle, l'obscurité
des vers rapportés ci-dessus lui donna quelque peine, et il en
alla demander l'explication à Molière, chez qui il demeuroit.
Molière, après les avoir lus, lui dit qu'il ne les entendoit pas
non plus: «Mais, attendez, dit-il à Baron; M. Corneille doit
venir souper avec nous aujourd'hui, et vous lui direz qu'il vous
les explique.» Dès que Corneille arriva, le jeune Baron alla lui
sauter au cou, comme il faisoit ordinairement, parce qu'il
l'aimoit, et ensuite il le pria de lui expliquer ces quatre
vers, disant à Corneille qu'il ne les entendoit pas. Corneille,
après les avoir examinés quelque temps, dit: «Je ne les entends
pas trop bien non plus; mais récitez-les toujours: tel qui ne les
entendra pas les admirera.»
Ce reproche d'obscurité est le principal que les critiques aient
adressé à Corneille dans les écrits composés à l'occasion des
deux tragédies. La première brochure publiée à ce sujet,
intitulée: _la Critique de Bérénice_, par l'abbé de Villars, se
rapporte entièrement à la _Bérénice_ de Racine; elle a suivi la
première représentation de très-près, et nous serions même
embarrassé par la date du 17 novembre qu'elle porte, puisque la
pièce n'est que du 21, si un adversaire de l'abbé de Villars
n'avait relevé cette erreur au commencement de sa _Réponse_[194].
En paraissant prendre la défense de la pièce de Racine, l'abbé de
Villars fait assez finement ressortir tous les défauts qu'on y
peut trouver. «Je ne puis souffrir, dit-il en terminant, que l'on
accuse le poëte de n'entendre pas le théâtre, qu'on le blâme
d'avoir voulu entrer en lice avec Corneille, et que Monsieur
***** s'écrie:
_Infelix puer atque impar congressus Achilli[195]._»
Après une telle conclusion, Corneille pouvait, ce semble, attendre avec
confiance la suite de cet examen ainsi annoncée par l'abbé de Villars:
«La semaine prochaine on verra la seconde partie de cette critique, qui
est sur la _Bérénice_ du Palais-Royal[196].» Mais notre poëte dut être
fort désagréablement surpris en voyant la façon dont commence cette
«seconde partie» de _la Critique_. La muse du cothurne, dit l'auteur, «a
refusé à Corneille ses faveurs accoutumées, au lieu de lui en accorder
de nouvelles; et par un caprice impitoyable, elle l'a fait entrer en
lice avec un aventurier qui ne lui en contoit que depuis trois jours;
elle l'a abandonné à sa verve caduque au milieu de la course, et s'est
jetée du côté du plus jeune[197].»
Notre intention n'est pas d'analyser cette critique; elle
présente fort peu d'intérêt, et l'auteur paraît surtout
occupé de refaire à sa façon le plan de l'ouvrage qu'il examine.
Contentons-nous de constater que le dénoûment de _Tite et
Bérénice_ était alors généralement approuvé. Quoique le censeur
le blâme, il convient ainsi de l'effet qu'il produisait: «Vous
m'allez dire, je le vois bien, qu'il (_Corneille_) a été loué
universellement d'avoir bien fini; qu'on dit qu'il s'est surpassé
lui-même dans le dénoûment; et que sa catastrophe a été admirée
de tout le monde, en un sujet où elle étoit si difficile[198].»
Dans la _Réponse à la Critique de la Bérénice de Racine_, par
Subligny[199], nous n'avons rien à recueillir, si ce n'est
peut-être une fade épigramme contre Corneille, qui a tout l'air
d'être de Subligny lui-même; voici le passage où elle se trouve:
«On dit de M. Corneille qu'il a voulu copier son Tite sur notre
invincible monarque et qu'il y a très-mal réussi, comme on voit
par la comparaison qui en a été faite en vers:
Tite, par de grands mots, nous vante son mérite;
Louis fait, sans parler, cent exploits inouïs;
Et ce que Tite dit de Tite,
C'est l'univers entier qui le dit de Louis[200].»
_Tite et Titus ou les Bérénices_, comédie en trois actes,
imprimée à Utrecht en 1673, est une critique beaucoup plus
délicate que les précédentes des pièces de nos deux illustres
tragiques. Le Tite de Corneille avec sa Bérénice viennent
implorer Apollon contre le Titus et la Bérénice de Racine, qu'ils
traitent d'imposteurs. Les plaidoyers prononcés de part et
d'autre font bien ressortir les défauts des deux pièces et
surtout les invraisemblances et les obscurités de la tragédie de
Corneille. Après avoir vainement tenté un accommodement, Apollon
rend enfin le jugement que nous allons rapporter: «Quant au
principal, à la vérité il y a plus d'apparence que Titus et sa
Bérénice soient les véritables, que non pas que ce soient les
autres; mais pourtant, quoi qu'il en soit, et toutes choses bien
considérées, les uns et les autres auroient bien mieux fait de
se tenir au pays d'Histoire, dont ils sont originaires, que
d'avoir voulu passer dans l'empire de Poésie, à quoi ils
n'étoient nullement propres, et où, pour dire la vérité, on les a
amenés, à ce qu'il me semble, assez mal à propos[201].»
L'édition originale de la pièce de notre poëte a pour titre: TITE
ET BÉRÉNICE. _Comédie héroïque. Par P. Corneille. A Paris, chez
Loüis Billaine, au Palais.... M.DC.LXXI, auec priuilege du
Roy...._ Le volume, de format in-12, se compose de 4 feuillets et
de 44 pages. L'Achevé d'imprimer pour la première fois est du 3e
de février 1671. Le privilége, accordé à Corneille, mentionne la
«traduction en vers françois de _Thébaïde_ de Stace,» aujourd'hui
perdue, dont nous avons déjà parlé[202] et sur laquelle nous
aurons à revenir; il porte la date du «dernier jour de décembre,
l'an de grâce mil six cens soixante-dix.» Une note qui le termine
porte que «ledit sieur Corneille a cédé son droit de Privilége à
Thomas Jolly, Guillaume de Luyne, et Louis Billaine, pour la
Comédie de _Tite et Bérénice_ seulement.»
Contre son habitude, Corneille n'a placé en tête de cette pièce
aucun avis au lecteur, mais seulement deux extraits de Xiphilin,
l'abréviateur de Dion Cassius. Il ne cite pas ce célèbre
passage de Suétone que Racine rapporte en l'abrégeant au
commencement de sa préface: «_Titus, reginam Berenicen, cui
etiam nuptias pollicitus ferebatur.... statim ab Urbe dimisit
invitus invitam_[203] C'est-à-dire que Titus, qui aimoit
passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu'on croyoit, lui
avoit promis de l'épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et
malgré elle, dès les premiers jours de son empire.»
Ce mot que Racine rappelle ici, il ne l'a pas imité, tandis qu'on
lit dans la dernière scène de la pièce de Corneille:
L'amour peut-il se faire une si dure loi?
--La raison me la fait malgré vous, malgré moi.
La préface de Racine contient plus d'un passage qu'on pourrait
regarder, que l'auteur y ait pensé ou non, comme une allusion
désobligeante à l'ouvrage de son concurrent. Corneille avait cru
devoir ajouter des épisodes au sujet qui lui avait été donné: «Ce
qui m'en plut davantage, dit au contraire Racine, c'est que je le
trouvai extrêmement simple;» et il ajoute: «Il y en a qui pensent
que cette simplicité est une marque de peu d'invention. Ils ne
songent pas qu'au contraire toute l'invention consiste à faire
quelque chose de rien, et que tout ce grand nombre d'incidents a
toujours été le refuge des poëtes qui ne sentoient dans leur
génie ni assez d'abondance ni assez de force pour attacher durant
cinq actes leurs spectateurs par une action simple, soutenue de
la violence des passions, de la beauté des sentiments et de
l'élégance de l'expression. Je suis bien éloigné de croire que
toutes ces choses se rencontrent dans mon ouvrage; mais aussi je
ne puis croire que le public me sache mauvais gré de lui avoir
donné une tragédie qui a été honorée de tant de larmes, et dont
la trentième représentation a été aussi suivie que la première.»
Faire sonner si haut ces trente représentations si bien suivies,
c'était, à dessein ou non je le répète, appeler l'attention sur le peu
de succès de _Tite et Bérénice_, qui ne fut joué en tout que vingt et
une fois. L'ensemble de ces vingt et une représentations produisit une
somme totale de quinze mille trois cent soixante-seize livres dix sous,
qui se trouva fort inégalement répartie; car si la première recette fut
de dix-neuf cent treize livres dix sous, la dernière ne fut plus que de
deux cent six livres dix sous; encore faut-il remarquer que Molière
avait pris soin de faire jouer une seconde pièce avec celle de
Corneille à chacune des quatre dernières représentations, pour tâcher
d'attirer un peu plus de monde. Les registres de Lagrange, d'où sont
tirés ces renseignements, nous en fournissent encore un autre plus
précieux: ils nous font connaître le montant de la somme touchée par
Corneille. On y lit sous la date du 28 novembre 1670: «_Bérénice_, pièce
nouvelle de M. de Corneille l'aîné, dont on lui a payé deux mille
livres.»
Outre cette interprétation maligne à laquelle peut se prêter la
préface de Racine, il semble qu'on puisse découvrir ou du moins
soupçonner une intention du même genre dans une des scènes de sa
tragédie même. Tite s'exprime ainsi chez Corneille (acte III,
scène V, vers 1027-1034):
Eh bien! Madame, il faut renoncer à ce titre (_d'empereur_),
Qui de toute la terre en vain me fait l'arbitre.
Allons dans vos États m'en donner un plus doux;
Ma gloire la plus haute est celle d'être à vous.
Allons où je n'aurai que vous pour souveraine,
Où vos bras amoureux seront ma seule chaîne,
Où l'hymen en triomphe à jamais l'étreindra;
Et soit de Rome esclave et maître qui voudra!
Titus, au contraire, dit chez Racine (acte V, scène VI):
Je dois vous épouser encor moins que jamais:
Oui, Madame; et je dois moins encore vous dire
Que je suis prêt, pour vous, d'abandonner l'empire,
De vous suivre, et d'aller, trop content de mes fers,
Soupirer avec vous au bout de l'univers.
Vous-même rougiriez de ma lâche conduite:
Vous verriez à regret marcher à votre suite
Un indigne empereur, sans empire, sans cour,
Vil spectacle aux humains des foiblesses d'amour.
Est-ce un simple hasard qui a produit entre le langage de Tite et
celui de Titus une opposition si vivement marquée? On pourrait
être tenté d'en douter; car il n'est pas absolument impossible
qu'une indiscrétion ait fait connaître à Racine ce passage de la
pièce de son rival, et qu'il se soit plu à réfuter d'avance les
idées qui y sont exprimées.
[186] Henriette-Anne d'Angleterre, fille de Charles Ier,
roi d'Angleterre, et de Henriette-Marie de France, fille de Henri
IV; née à Exeter en 1644, mariée en 1661 à Philippe d'Orléans,
frère de Louis XIV, morte en 1670.
[187] Fontenelle raconte le même fait, mais beaucoup
plus brièvement. Toutefois comme il est, à notre connaissance, le
premier qui en ait parlé, nous croyons utile de reproduire ici
son témoignage: «_Bérénice_ fut un duel dont tout le monde sait
l'histoire. Une princesse, fort touchée des choses d'esprit et
qui eût pu les mettre à la mode dans un pays barbare, eut besoin
de beaucoup d'adresse pour faire trouver les deux combattants sur
le champ de bataille, sans qu'ils sussent où on les menoit. Mais
à qui demeura la victoire? Au plus jeune.» (_Vie de Corneille_
dans l'_Histoire de l'Académie françoise_ de Pellisson, publiée
par l'abbé d'Olivet en 1729, in-4º, p. 195.) En 1742, lorsque la
_Vie de Corneille_ parut pour la première fois dans les _Œuvres
de Fontenelle_, le passage que nous venons de citer ne subit
qu'un fort léger changement: «Feue Madame, princesse,» au lieu de
«une princesse.» (Tome III, p. 116 et 117.) Du reste, dans l'une
et l'autre publication, le mot _princesse_ est expliqué par cette
note au bas de la page: «Henriette-Anne d'Angleterre.» En 1747,
Louis Racine, dans ses _Mémoires_, rappelle fort sommairement le
même fait; il dit en parlant de _Bérénice_: «M. de Fontenelle,
dans la _Vie de Corneille_, son oncle, nous dit que _Bérénice_
fut un duel.... Une princesse fameuse par son esprit et par son
amour pour la poésie avait engagé les deux rivaux à traiter le
même sujet.» (Pages 87 et 88.)
[188] Chapitre XXV.
[189] Marie Mancini, nièce du cardinal Mazarin, née à
Rome en 1639, épousa en 1661 le prince Colonna, connétable de
Naples; elle mourut vers 1715. Dans la tragédie de Racine (acte
IV, scène V), Bérénice dit à Titus:
Vous êtes empereur, Seigneur, et vous pleurez!
Au sujet de cette parole, on lit parmi les notes de Voltaire, qui
dans son _Théâtre de Corneille_ a commenté les pièces des deux
poëtes rivaux, la remarque suivante: «Ce vers si connu faisait
allusion à cette réponse de Mlle Mancini à Louis XIV: «Vous
m'aimez, vous êtes roi, vous pleurez, et je pars!»
[190] «Pierre du Ryer, dit Jolly dans son
_Avertissement_ du _Théâtre de P. Corneille_ (p. LXX), fit
imprimer, en 1645, _Bérénice_, tragi-comédie en prose.» C'est
sans doute ce qui a amené l'auteur du _Dictionnaire portatif des
théâtres_ à dire: «Outre la tragédie de _Tite et Bérénice_ de
Pierre Corneille, ce sujet en a fourni deux autres sous le titre
simple de _Bérénice_: l'une de du Ryer, donnée en 1645, et qui
est en prose, et l'autre de l'illustre Racine.» Rien n'est plus
faux que cette assertion. La _Bérénice_ de du Ryer est un sujet
purement romanesque remis au théâtre en 1657 par Thomas
Corneille, sous le même titre de _Bérénice_.
[191] Ce n'est pas simplement pour la rime, comme on
pourrait être tenté de le croire, que Robinet donne cette qualité
à Mlle de Beauval; il se préoccupe toujours beaucoup des
sentiments religieux des personnes de théâtre, et annonçant dans
son numéro du 6 décembre de la même année la mort d'une autre
actrice, il nous dit:
Cette illustre comédienne,
Et non moins illustre chrétienne,
Par son décès des plus pieux,
Qui fait croire que dans les cieux
On aura colloqué son âme,
De de Villiers étoit la femme,
Qui fut aussi tout singulier
Dedans le comique métier,
Composant même en vers et prose,
Mais maintenant il se repose,
Faisant, je crois, tout ce qu'il faut
Pour monter à son tour là-haut.
[192] Dans le rôle de Plautine, confidente de Domitie.
[193] _Récréations littéraires ou Anecdotes et remarques
sur différents sujets_, recueillies par M. C. R*** (Cizeron
Rival). Paris et Lyon, 1765, in-12, p. 67-69.
[194] _Recueil de dissertations_.... publié par Granet,
tome II, p. 223.
[195] Virgile, _Énéide_, livre I, vers 475.
[196] _Recueil_ de Granet, tome II, p. 206 et 207.
[197] _Ibidem_, p. 209.
[198] _Recueil de dissertations_.... publié par Granet,
tome II, p. 219.
[199] _Ibidem_, tome II, p. 223 et suivantes.
[200] _Ibidem_, tome II, p. 242 et 243.
[201] _Recueil_ de Granet, tome II, p. 311 et
312.--L'histoire en effet nous montre Bérénice, fille d'Agrippa,
roi de Judée, née l'an 28 de Jésus-Christ, comme une femme
corrompue, qui, après avoir épousé d'abord son oncle Hérode, roi
de Chalcis, puis Polémon, roi de Cilicie, lequel s'était fait
juif pour elle, fut répudiée par lui, à cause des débordements
auxquels elle se livrait. Titus, parvenu à l'empire à trente-neuf
ans, jugea indispensable de s'en séparer; elle était alors âgée
de cinquante et un ans. Il y a loin de là à l'héroïne de
Corneille et de Racine. On a prétendu il est vrai que la Bérénice
de Titus était une nièce de celle dont nous venons de parler,
mais cette interprétation ne s'est pas accréditée. Voyez le
_Dictionnaire historique_ de Bayle au nom de _Bérénice_, et la
_Dissertation sur Bérénice_, par M. Rey, dans les _Mémoires de la
Société des antiquaires de France_, nouvelle série, tome I, p.
235 et suivantes.
[202] Voyez l'_Avertissement_, tome I, p. XIII et XIV.
[203] Suétone, _Vie de Titus_, chapitre VII.
EXTRAIT DE XIPHILIN
XIPHILINUS EX DIONE
IN VESPASIANO,
GUILLELMO BLANCO INTERPRETE[204].
Vespasianus a senatu absens imperator creatur, Titusque et
Domitianus Cæsares designantur.
Domitianus animum ad amorem Domitiæ filiæ Corbulonis
applicaverat, eamque, a Lucio Lamio Æmiliano viro ejus abductam,
secum habebat in numero amicarum, eamdemque postea uxorem duxit.
Per id tempus Berenice maxime florebat, ob eamque causam cum
Agrippa fratre Romam venit. Is prætoriis honoribus auctus est;
ipsa habitavit in palatio, cœpitque cum Tito coire. Spes
erat eam Tito nuptum iri; jam enim omnia, ut si esset uxor,
gerebat. Sed Titus, quum intelligeret populum Romanum id moleste
ferre, eam repudiavit, præsertim quod de iis rebus magni
rumores[205] perferrentur.
IN TITO.
Titus, ex quo tempore principatum solus obtinuit, nec cædes
fecit, nec amoribus inservivit; sed comis, quamvis insidiis
peteretur, et continens, Berenice licet in urbem reversa, fuit.
Titus moriens se unius tantum rei pœnitere dixit: id autem quid
esset non aperuit, nec quisquam certo novit, aliud aliis
conjicientibus. Constans fama fuit, ut nonnulli tradunt, quod
Domitiam uxorem fratris habuisset. Alii putant, quibus ego
assentior, quod Domitianum, a quo certo sciebat sibi insidias
parari, non interfecisset, sed id ab eo pati maluisset, et quod
traderet imperium romanum tali viro.
[204] L'abrégé de l'histoire de Dion Cassius par
Xiphilin a été imprimé pour la première fois en 1551, par Robert
Estienne, avec la traduction latine de Guillaume Blanc d'Alby, en
un volume in-4º. Il y a entre les extraits de Corneille et le
texte de 1551 deux ou trois différences insignifiantes, qu'il est
inutile de relever. Les phrases qu'il cite ne se suivent pas dans
Xiphilin: elles se trouvent aux p. 159, 160, 163, 164, 165, 169,
de l'édition princeps de Robert Estienne. En 1589 a paru chez
Lucas Bregel, à Paris, la traduction du même ouvrage par Antoine
Canque, «conseiller du Roy au siege presidial de Clermont en
Auvergne.» Nous en extrayons les passages qui correspondent à
ceux que Corneille a cités:
«Estans les choses en tel estat, Vespasien fut par le Senat
declaré Empereur, et Titus et Domitianus Cæsars....
«Domitianus.... se tenoit la pluspart du temps en sa maison au
pont d'Alba, estant du tout affollé et asserui de l'amour de
Domitia fille de Corbulo, laquelle il auoit enleuee par force à
son mary Lucius Lamius Æmilianus, et pour lors il la tenoit
seulement auec luy comme sa concubine, mais du depuis il
l'espousa....
«En ce temps aussi le renom et bruict de Berenice estoit grand:
elle s'en alla à Rome en la compagnie de son frere Agrippa, auquel
on donna la dignité honoraire de Preteur, et elle eut pour sa
maison et demeure le Palais, où Titus l'entretenoit, et cuidoit-on
qu'il la deut espouser, car desia elle se comportoit comme son
espouse et femme legitime, mais Titus ayant senty le vent que les
Romains estoient malcontens de telles choses la renuoya en son
pays: aussi murmuroit-on fort à Rome de leur accointance.»
* * * * *
«Tout le temps que Titus iouyt seul de l'Empire se passa sans
meurtres et effusion de sang, il ne commit aucun acte par lequel
on peut iuger qu'il se laissast plus aller aux passions d'Amour.
Tellement que iaçoit qu'on luy eut machiné trahisons, il se
monstra neantmoins tousiours doux et clement mesmes enuers les
trahistres, et Berenice estant derechef venuë à Rome il se monstra
homme chaste et continent....
«Comme Titus rendit l'esprit, il dit qu'il auoit commis vn seul
peché duquel il se repentoit, mais il ne declaira pas quel, ny
personne ne le peut oncques asseurement sçauoir, les vns imaginans
vne chose, les autres vne autre[204-a]. On tient pour asseuré, à
ce que aucuns disent, qu'il se repentit d'auoir entretenu la femme
de son frere nommée Domitia: les autres, ausquels i'adioute foy,
de ce qu'ayant surprins Domitianus en manifeste trahison contre
luy, il ne l'auoit pas occis, ains auoit plustost choisi de
souffrir le malheur qui luy estoit aduenu, que de le faire tuer.
Ou bien de ce qu'il laissoit l'Empire Romain entre les mains d'vn
homme tel....»
[204-a] Suétone, dans sa _Vie de Titus_, chapitre X, parle
aussi de ce regret de Titus mourant, et rejette, comme Xiphilin,
la première interprétation: _Suspexisse dicitur.... cœlum,
multumque conquestus eripi sibi_ _vitam immerenti: neque enim
exstare ullum suum factum pænitendum, excepto duntaxat uno. Id
quale fuerit, neque ipse tunc prodidit, neque cuiquam facile
succurrat. Quidam opinantur consuetudinem recordatum quam cum
fratris uxore habuerit; sed nullam habuisse persancte Domitia
jurabat, haud negatura, si qua omnino fuisset; imo etiam
gloriatura, quod illi promptissimum erat in omnibus probris._
[205] L'édition de 1679 a la faute étrange de _numero_,
pour _rumores_.
* * * * *
LISTE DES ÉDITIONS QUI ONT ÉTÉ COLLATIONNÉES POUR LES VARIANTES
DE _TITE ET BÉRÉNICE_.
ÉDITIONS SÉPARÉES.
1671 in-12; | 1679 in-12.
RECUEIL.
1682 in-12[206].
[206] Le recueil de 1668 se termine par _Attila_.
ACTEURS[207].